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Cherchons hommes de bonne volonté…
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Les épées de Mahomet, palais Topkapi,
Istanbul
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Les tempêtes succèdent aux tempêtes,
semant invectives, « bûchers » et aussi le sang d’innocents.
Tout est prétexte pour attiser la haine. L’élévation
de l’esprit n’a plus de prise sur le Mal du monde. Notre Saint
Père vient de passer l’épreuve du feu. Benoît
XVI et l’Islam…
Islam, religion d’amour, qui signifie « soumission »
et dans certains cas Paix…
Depuis 661, année où fut assassiné
Ali, pendant sa prière, combien de massacres, de morts innocents ?
Les musulmans, ceux qui à la fin du verset 136 de la sourate 2,
en arabe : « Wa Nahˆnu Lahu
Muslimna » qui signifie « Et
à Lui nous nous soumettons » se massacrent. Sunnites
et Chiites sont un vivant témoignage d’amour réciproque…
Nous ne nous posons pas en donneur de leçon. Notre
histoire chrétienne à son lot d’amour dont le témoignage
par le fil de l’épée ou le bûcher n’est
pas en reste. Nous l’acceptons. Nous acceptons tout notre héritage.
Tout au cours de notre histoire nous avons essayé d’en tirer
les leçons.
La « Soumission » ? C’est
l'acceptation par le cœur, les actes et la parole de tout ce qui
a été révélé et transmis, même
si la personne n'applique pas toutes les obligations de l'islam.
En effet, l’islam distingue la « croyance » :
ce que le cœur accepte et ce dont il se satisfait et la « foi » :
le degré d'attachement aux croyances et aux actes spécifiques
dictés par la religion.
Est-ce au nom de cette « Soumission »
que le sang est versé ? Est-ce dans le parfait respect de
la « Sounnah », de la droite voie tracée
par le prophète Mohammad, que la violence fleurit au quotidien
en terre d’islam et ailleurs…
Est-ce donc cela la voie ? Est-ce donc la bonne direction
pour adorer au mieux Dieu ?
Des mauvais esprits pourraient nous répondre qu’après
tout, en terre d’islam, que les musulmans fassent ce que bon leur
semble… Qu’ils s’entretuent, ma foi, si c’est
leur foi…
Mais chaque interrogation que nous faisons, nous chrétiens,
sur cet islam qui endeuille et prépare son cortège d’orphelins
à la vengeance, déchaîne des rictus de haine.
C’est de cela que le pape Benoît XVI s’est
inquiété et plus encore. Il ne s’adressait pas
tant aux musulmans qu’au monde occidental et la France aurait pu
être citée en exemple… Et ce n’est pas nouveau,
comme le rappelait si justement Philippe de Saint Germain dans un excellent
article.
« Il existe des pathologies de
la religion — nous le voyons, et il existe des pathologies
de la raison — et cela aussi nous le voyons ; et
les deux pathologies constituent des dangers mortels pour la paix, et
je dirais même, à l'époque de nos structures globales
de puissance, pour l'humanité dans son ensemble. »
(Extraits de la conférence prononcée par Joseph Ratzinger
à l’occasion du 60 e anniversaire du Débarquement
allié en Normandie).
Lors de sa conférence, celle qui restera pour longtemps
« La Conférence de Ratisbonne » Joseph Ratzinger
devenu Benoît XVI ne disait pas autre chose se référant
au texte de l’empereur Manuel II Paléologue dans sa controverse
avec un docte persan, qui aurait eu lieu en 1391.
Et le Père Samir Khalil Samir, s.j. de préciser
« que les paragraphes qui traitent
tant soit peu de l’islam correspondent à environ 10% du texte
global. Le pape y cite un verset coranique : « Il
n’y a pas de contrainte en matière de religion »
(la Vache 2, 256) [...] Si le pape avait voulu attaquer l’islam
sur ce point, il lui aurait été facile de citer d’autres
versets, à commencer par les versets 190-193 de la même sourate
[...]. » : «
Tuez-les là où vous les rencontrez, Expulsez-les d’où
ils vous auront expulsés. [ …] Combattez-les jusqu’à
la fin de toute sédition et que croyance soit d’Allah. »
Nous pourrions rajouter également : « Nous
vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors d'Allah.
Nous vous renions. Entre vous et nous, l'inimitié et la haine sont
à jamais déclarées jusqu'à ce que vous croyiez
en Allah, seul. »
« Ce n'est pas vous qui
les avez tués : mais c'est Allah qui les a tués. »
Les chrétiens tués et
les églises brûlées apporteront-ils des pétales
d’or aux « Fleurs de l’islam » afin
d’orner les jardins d’Allah ?
Chaque parole, chaque réflexion
d’un « chrétien » sur l’islam,
entraîne son explosion de manipulation mettant mal à l’aise
bon nombre de musulmans. Et la presse « occidentale »
ou « européenne » n’est pas en reste
pour jeter de l’huile sur le feu.
Dans le genre : « Le
pape a été maladroit »… ou « Il
manque de diplomatie »...
Et cela bien sûr n’est
pas absent d’une presse dite « chrétienne »…
A ce jour, avons-nous relevé
dans notre grande presse les questions qu’il serait pourtant nécessaires
de poser ? Et que nombre de Français se posent. Le docteur
Dalil Boubakeur, Président du Conseil Français du Culte
Musulman et Recteur de la Mosquée de Paris qui n’eut de cesse
de dire que Benoît XVI ne connaissait rien à l’islam
et de demander des « clarifications », pourrait
à minima répondre à quelques questions, lui qui déclarait
à www.afrik.com/article6609.html :
« Je suis musulman, français
et cela me paraît compatible. Les deux cultures se conforment à
une même attitude d’humanisme et de progrès et leurs
valeurs sont conciliables. »
- Dans les pays où règne l’islam, peut-on changer
librement de religion, passer de l’islam au bouddhisme ou au christianisme
sans risquer la prison ou
la mort ? Acceptez-vous cela ?
- Dans des pays aussi divers que l’Arabie, l’Egypte,
l’Indonésie, le Pakistan, l’Afghanistan, l’Algérie,
le Maroc, le Soudan, le Nigéria, l’Iran, les non-musulmans
n’ont pas les mêmes droits politiques, civiques, sociaux que
les musulmans. Approuvez-vous cet état de fait ? Dans le cas
contraire, vous si attaché à l’ « umma »,
que faites-vous pour que les non-musulmans aient dans ces pays les mêmes
droits que les musulmans en Occident ?
- Dans ces pays, un non-musulman ne peut épouser
une musulmane sans devoir se convertir à l’islam alors qu’un
musulman peut librement épouser une non-musulmane dont les enfants
seront obligatoirement musulmans. Approuvez-vous cela ?
- En Arabie Saoudite, pays-phare et modèle de
l’islam, on ne peut assister à quelque discret office religieux
autre que musulman sans risquer la prison ou la mort si l’on vient
de l’islam. Etes-vous contre cela ?
- Trouvez-vous normal qu’on ne puisse construire
dans ce pays immense ne serait-ce qu’une humble chapelle pour les
centaines de milliers d’immigrés chrétiens qui y travaillent ?
- Désapprouvez-vous le mouvement toujours plus
vigoureux de renforcement de
la Charia dans les pays d’islam, la soumission des « gens
du Livre » (juifs et chrétiens) à la dhimmitude
(statut du sujet « toléré ») et la
condamnation à mort de ceux qui ne cachent pas leur athéisme
?
- Pensez-vous que comme l’Eglise catholique l’a
fait, l’islam puisse et doive se repentir des fautes et crimes commis
en son nom tel que l’esclavage qui sévit toujours en bien
des pays d’Asie et d’Afrique, tel que les immenses génocides
perpétrés jadis en Inde, tel que le génocide arménien
ou plus près de nous, ceux du Biafra, de Timor, du Soudan ?
- Vous invoquez, pour des auditeurs peu au fait, le
philosophe Averroes de Cordoue au XIIe siècle, sans mentionner
que ses écrits philosophiques furent brûlés et ses
doctrines condamnées par les « juristes »
cordouans. En revanche que faites vous face à la diffusion toujours
plus massive aujourd’hui des écrits d’Ibn Taymiyya
(XIIIe siècle), inspirateur du wahhabisme saoudien aussi bien que
des « frères musulmans » et dont les écrits
tel que « le statut des moines » ont été
utilisés pour justifier le
massacre des moines de Tibi-Hérine ?
-La doctrine théologique de la mosquée de
Paris affirme-t-elle toujours que seuls les musulmans vont au paradis
et que tous les « incroyants » vont en enfer même
si l’on peut avoir avec eux en ce monde des relations courtoises ?
- Pensez-vous qu’il faille toujours, à notre
époque, « trancher la main du voleur » (Coran,
V, 38), « tuer ou crucifier ceux qui sont contre Dieu »
(V,33), « combattre les gens du livre jusqu’à
ce qu’ils payent directement le tribut après s’être
humiliés » (IX, 30) ?
- A propos des juifs et des chrétiens, est-ce bien
Dieu dont, selon vous, le Coran est la parole, qui déclare :
« Que Dieu les anéantisse. Ils sont tellement stupides »
(IX, 30) ; ou bien ces versets seraient-ils « abrogés »
par le verset : « pas de contrainte en religion » ?
- Il y a une grande mosquée à Rome, capitale
de la chrétienté, ville ouverte à tout le monde.
Pensez-vous que l’Arabie pourrait de même accepter que des
non-musulmans puissent aller, séjourner et travailler à
la Mecque et à Médine et qu’un jour on puisse y construire
une cathédrale pour les immigrés chrétiens ?
Des esprits chagrins m’objecteront que ces questions
sont posées par un catholique militant qui ne cache pas sa croix
dans sa poche, Bernard Antony, président de Chrétien-Solidarité.
Ces questions devraient être posées par tout
homme de bonne volonté quelle que soit sa croyance.
Et Monsieur le Recteur de la Mosquée de Paris, médecin,
devrait aussi faire entendre sa voix sur les affaires qui éclatent
dans nombres d’hôpitaux. Que pensent-il des agressions que
subissent des gynécologues hommes de la part d’époux
musulmans, tout simplement parce qu’ils ont examiné leurs
femmes ? (Hôpital Robert-Debré à Paris, hôpital
d’Aulnay-sous-Bois) Que pensent-ils des demandes qui se multiplient,
demande de reconstruction d’hymen, de la part de jeunes femmes qui
finissent par se plier aux mariages « arrangés »
par leurs familles ? Que pense-t-il de la demande croissante de certificat
de virginité par des familles… ( Le Parisien du vendredi
20 octobre 2006).
Quel « humanisme » partageons nous ?
Je ne fais pas une fixation sur Monsieur le Recteur de la
Mosquée de Paris… Toutes ces questions pourraient être
posées à Tarik Ramadan et à bien d’autres…
mais à tout seigneur tout honneur : Monsieur Dalil Boubakeur
est le Président du Conseil Français du Culte Musulman.
Mais peut-être, afin de trouver une piste peu exploitée,
devrions-nous chercher du côté des symboles.
Chrétiens et musulmans ont leurs reliques.
Le bois de la « sainte » croix est dans
le cœur des chrétiens, tout comme les épines
de la couronne…
Que nous rappellent ses reliques ? Tout chrétien
sait répondre à cette question…
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La sainte Couronne d'épines
et les morceaux de la Sainte Croix sont conservés à
la cathédrale Notre-Dame de Paris. La
Couronne ainsi que les reliques du bois de la Croix et d'un clou
de celle-ci sont présentés à la vénération
des fidèles tous les premiers vendredis du mois (15h) et
le Vendredi saint du Carême catholique.
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Le prophète Mohammad a laissé neuf épées :
Al-Ma'thur ou « Ma'thur al-Fijar », Al-Battar, Hatf,
Al-Mikhdham, Al-Rasub, Al-'Adb,
Al-Qadib,Qal'i, Dhu al-Faqar.
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Al-Ma'thur, ou "Ma'thur al-Fijar",
est l'épée que possédait Mahomet avant de recevoir
sa première révélation à La Mecque.
Elle est conservée au musée Topkapi, Istanbul, Turquie |
Que rappellent ces épées à tout pieux
musulman ?
Et quelle réponse nous fait-il ?
Portemont, le 22 octobre 2006.
Ci-après, le discours du pape à l’Université
de Rastibonne et quelques déclarations.
Liste bien sûr non exhaustive…
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Discours du pape à
l’Université de Ratisbonne.
La violence est en opposition avec la nature de Dieu
et la nature de l'âme.
ROME, Vendredi 15 septembre 2006 (ZENIT.org)
Nous publions
ci-dessous le texte intégral du discours que le pape Benoît
XVI a prononcé à l’Université de Ratisbonne,
le mardi 12 septembre, dans le cadre de son voyage en Allemagne
(9-14 septembre).
" ‘Au commencement était le logos’
… Logos signifie à la fois raison
et parole — une raison qui est créatrice et capable
de se transmettre mais, précisément, en tant que raison
", affirme le pape. " C'est à ce grand
logos, à cette ampleur de la raison, que nous invitons nos
interlocuteurs dans le dialogue des cultures ".
* * *
Eminences, Messieurs les Recteurs,
Excellences, Mesdames, Messieurs !
C'est pour moi un moment de
grande émotion de me trouver une nouvelle fois dans cette
université et de pouvoir une nouvelle fois donner un cours.
Mes pensées se tournent en même temps vers ces années
où, après une belle période auprès de
l'Institut supérieur de Freising, je commençai mon
activité d'enseignant à l'université de Bonn.
C'était encore — en 1959 — l'époque de
l'ancienne université des professeurs ordinaires. Pour chacune
des chaires, il n'existait ni assistants, ni dactylographes, mais
en revanche il y avait un contact très direct avec les étudiants
et surtout aussi entre les professeurs. L'on se rencontrait avant
et après la leçon dans les salles des professeurs.
Les relations avec les historiens, les philosophes, les philologues,
et naturellement aussi entre les deux facultés de théologie
étaient très étroites. Une fois par semestre,
il y avait ce que l'on appelait le dies academicus, où les
professeurs de toutes les facultés se présentaient
devant les étudiants de toute l'université, permettant
ainsi une expérience d'universitas — une chose à
laquelle vous aussi, Monsieur le Recteur, vous avez fait récemment
allusion — c'est-à-dire l'expérience du fait
que nous tous, malgré toutes les spécialisations,
qui parfois nous rendent incapables de communiquer entre nous, formons
un tout et travaillons dans le tout de l'unique raison dans ses
diverses dimensions, en étant ainsi ensemble également
face à la responsabilité commune du juste usage de
la raison — ce phénomène devenait une expérience
vécue. Sans aucun doute, l'université était
également fière de ses deux facultés de théologie.
Il était clair qu'elles aussi, en s'interrogeant sur la dimension
raisonnable de la foi, accomplissaient un travail qui nécessairement
fait partie du " tout " de l'universitas scientiarum,
même si tous pouvaient ne pas partager la foi, dont la relation
avec la raison commune est l'objet du travail des théologiens.
Cette cohésion intérieure dans l'univers de la raison
ne fut même pas troublée lorsqu'un jour la nouvelle
circula que l'un de nos collègues avait affirmé qu'il
y avait un fait étrange dans notre université: deux
facultés qui s'occupaient de quelque chose qui n'existait
pas — de Dieu. Même face à un scepticisme aussi
radical, il demeure nécessaire et raisonnable de s'interroger
sur Dieu au moyen de la raison et cela doit être fait dans
le contexte de la tradition de la foi chrétienne: il s'agissait
là d'une conviction incontestée, dans toute l'université.
Tout cela me revint en mémoire
récemment à la lecture de l’édition publiée
par le professeur Theodore Khoury (Münster) d’une partie
du dialogue que le docte empereur byzantin Manuel II Paléologue,
peut-être au cours de ses quartiers d’hiver en 1391
à Ankara, entretint avec un Persan cultivé sur le
christianisme et l’islam et sur la vérité de
chacun d’eux. L’on présume que l’Empereur
lui-même annota ce dialogue au cours du siège de Constantinople
entre 1394 et 1402 ; ainsi s’explique le fait que ses raisonnements
soient rapportés de manière beaucoup plus détaillées
que ceux de son interlocuteur persan. Le dialogue porte sur toute
l’étendue de la dimension des structures de la foi
contenues dans la Bible et dans le Coran et s’arrête
notamment sur l’image de Dieu et de l’homme, mais nécessairement
aussi toujours à nouveau sur la relation entre - comme on
le disait - les trois « Lois » ou trois « ordres
de vie » : l’Ancien Testament - le Nouveau Testament
- le Coran. Je n’entends pas parler à présent
de cela dans cette leçon ; je voudrais seulement aborder
un argument - assez marginal dans la structure de l’ensemble
du dialogue - qui, dans le contexte du thème « foi
et raison », m’a fasciné et servira de point
de départ à mes réflexions sur ce thème.
Dans le septième entretien
(dialexis - controverse) édité par le professeur Khoury,
l’empereur aborde le thème du djihad, de la guerre
sainte. Assurément l’empereur savait que dans la sourate
2, 256 on peut lire : « Nulle contrainte en religion ! »
C’est l’une des sourates de la période initiale,
disent les spécialistes, lorsque Mahomet lui-même n’avait
encore aucun pouvoir et était menacé. Mais naturellement
l’empereur connaissait aussi les dispositions, développées
par la suite et fixées dans le Coran, à propos de
la guerre sainte. Sans s’arrêter sur les détails,
tels que la différence de traitement entre ceux qui possèdent
le « Livre » et les « incrédules »,
l’empereur, avec une rudesse assez surprenante qui nous étonne,
s’adresse à son interlocuteur simplement avec la question
centrale sur la relation entre religion et violence en général,
en disant : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté
de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et
inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée
la foi qu’il prêchait ». L’empereur, après
s’être prononcé de manière si peu amène,
explique ensuite minutieusement les raisons pour lesquelles la diffusion
de la foi à travers la violence est une chose déraisonnable.
La violence est en opposition avec la nature de Dieu et la nature
de l’âme. « Dieu n’apprécie pas
le sang - dit-il -, ne pas agir selon la raison , sun logô,
est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de
l’âme, non du corps. Celui, par conséquent, qui
veut conduire quelqu’un à la foi a besoin de la capacité
de bien parler et de raisonner correctement, et non de la violence
et de la menace... Pour convaincre une âme raisonnable, il
n’est pas besoin de disposer ni de son bras, ni d’instrument
pour frapper ni de quelque autre moyen que ce soit avec lequel on
pourrait menacer une personne de mort... »
L'affirmation décisive
dans cette argumentation contre la conversion au moyen de la violence
est : ne pas agir selon la raison est contraire à la nature
de Dieu. L’éditeur Théodore Khoury commente
: pour l'empereur, un Byzantin qui a grandi dans la philosophie
grecque, cette affirmation est évidente. Pour la doctrine
musulmane, en revanche, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté
n'est liée à aucune de nos catégories, fût-ce
celle du raisonnable. Dans ce contexte, Khoury cite une œuvre
du célèbre islamologue français R. Arnaldez,
qui explique que Ibn Hazn va jusqu'à déclarer que
Dieu ne serait pas même lié par sa propre parole et
que rien ne l'obligerait à nous révéler la
vérité. Si cela était sa volonté, l'homme
devrait même pratiquer l'idolâtrie.
Ici s’ouvre, dans la compréhension
de Dieu et donc de la réalisation concrète de la religion,
un dilemme qui aujourd’hui nous met au défi de manière
très directe. La conviction qu’agir contre la raison
serait en contradiction avec la nature de Dieu, est-elle seulement
une manière de penser grecque ou vaut-elle toujours et en
soi ? Je pense qu’ici se manifeste la profonde concordance
entre ce qui est grec dans le meilleur sens du terme et ce qu’est
la foi en Dieu sur le fondement de la Bible. En modifiant le premier
verset du Livre de la Genèse, le premier verset de toute
l’Ecriture Sainte, Jean a débuté le prologue
de son Evangile par les paroles : « Au commencement était
le logos. » Tel est exactement le mot qu’utilise
l’empereur : Dieu agit sun logô, avec logos. Logos signifie
à la fois raison et parole - une raison qui est créatrice
et capable de se transmettre mais, précisément, en
tant que raison. Jean nous a ainsi fait le don de la parole ultime
sur le concept biblique de Dieu, la parole dans laquelle toutes
les voies souvent difficiles et tortueuses de la foi biblique aboutissent,
trouvent leur synthèse. Au commencement était le logos,
et le logos est Dieu, nous dit l’Évangéliste.
La rencontre entre le message biblique et la pensée grecque
n’était pas un simple hasard. La vision de saint Paul,
devant lequel s’étaient fermées les routes de
l’Asie et qui, en rêve, vit un Macédonien et
entendit son appel : « Passe en Macédoine, viens
à notre secours ! » (cf. Ac 16, 6-10) - cette
vision peut être interprétée comme un «
raccourci » de la nécessité intrinsèque
d’un rapprochement entre la foi biblique et la manière
grecque de s’interroger.
En réalité, ce
rapprochement avait déjà commencé depuis très
longtemps. Déjà le nom mystérieux du Dieu du
buisson ardent, qui éloigne l'homme de l'ensemble des divinités
portant de multiples noms en affirmant uniquement son " Je
suis ", son être, est, vis-à-vis du mythe, une
contestation avec laquelle entretient une profonde analogie la tentative
de Socrate de vaincre et de dépasser le mythe lui-même.
Le processus qui a commencé auprès du buisson atteint,
dans l'Ancien Testament, une nouvelle maturité pendant l'exil,
lorsque le Dieu d'Israël, à présent privé
de la Terre et du culte, s'annonce comme le Dieu du ciel et de la
terre, en se présentant avec une simple formule qui prolonge
la parole du buisson : " Je suis ". Avec cette nouvelle
connaissance de Dieu va de pair une sorte de philosophie des lumières,
qui s'exprime de manière drastique dans la dérision
des divinités qui ne serait que l'œuvre de la main de
l'homme (cf. Ps 115). Ainsi, malgré toute la dureté
du désaccord avec les souverains grecs, qui voulaient obtenir
par la force l'adaptation au style de vie grec et à leur
culte idolâtre, la foi biblique allait intérieurement,
pendant l'époque hellénistique, au devant du meilleur
de la pensée grecque, jusqu'à un contact mutuel qui
s'est ensuite réalisé en particulier dans la littérature
sapientiale tardive. Aujourd'hui, nous savons que la traduction
grecque de l'Ancien Testament réalisée à Alexandrie
— la " Septante " — est plus qu'une simple
(un mot qu'on pourrait presque comprendre de façon assez
négative) traduction du texte hébreu : c'est en effet
un témoignage textuel qui a une valeur en lui-même
et une étape spécifique importante de l'histoire de
la Révélation, à travers laquelle s'est réalisée
cette rencontre d'une manière qui, pour la naissance du christianisme
et sa diffusion, a eu une signification décisive. Fondamentalement,
il s'agit d'une rencontre entre la foi et la raison, entre l'authentique
philosophie des lumières et la religion. En partant véritablement
de la nature intime de la foi chrétienne et, dans le même
temps, de la nature de la pensée grecque qui ne faisait désormais
plus qu'un avec la foi, Manuel II pouvait dire: Ne pas agir "
avec le logos " est contraire à la nature de Dieu.
Par honnêteté,
il faut remarquer ici que, à la fin du Moyen Age, se sont
développées dans la théologie, des tendances
qui rompaient cette synthèse entre esprit grec et esprit
chrétien. En opposition avec ce que l'on a appelé
l'intellectualisme augustinien et thomiste débuta avec Duns
Scott une situation volontariste qui, en fin de compte, dans ses
développements successifs, conduisit à l'affirmation
que nous ne connaîtrions de Dieu que la voluntas ordinata.
Au-delà de celle-ci, il existerait la liberté de Dieu,
en vertu de laquelle il aurait pu créer et faire tout aussi
bien le contraire de tout ce qu'il a effectivement fait. Ici se
profilent des positions qui, sans aucun doute, peuvent s'approcher
de celles de Ibn Hazn, et pourraient conduire jusqu'à l'image
d'un Dieu-Arbitraire, qui n'est pas même lié par la
vérité et par le bien. La transcendance et la diversité
de Dieu sont accentuées avec une telle exagération
que même notre raison, notre sens du vrai et du bien ne sont
plus un véritable miroir de Dieu, dont les possibilités
abyssales demeurent pour nous éternellement hors d'atteinte
et cachées derrière ses décisions effectives.
En opposition à cela, la foi de l’Église s'est
toujours tenue à la conviction qu'entre Dieu et nous, entre
son Esprit créateur éternel et notre raison créée,
il existe une vraie analogie dans laquelle — comme le dit
le IVème Concile du Latran en 1215 — les dissemblances
sont certes assurément plus grandes que les ressemblances,
mais toutefois pas au point d'abolir l'analogie et son langage.
Dieu ne devient pas plus divin du fait que nous le repoussons loin
de nous dans un pur et impénétrable volontarisme,
mais le Dieu véritablement divin est ce Dieu qui s'est montré
comme logos et comme logos a agi et continue d'agir plein d'amour
en notre faveur. Bien sûr, l'amour, comme le dit Paul, "
dépasse " la connaissance et c'est pour cette raison
qu'il est capable de percevoir davantage que la simple pensée
(cf. Ep 3, 19), mais il demeure l'amour du Dieu-Logos, pour lequel
le culte chrétien est, comme le dit encore Paul " logikè
latreia " — un culte qui s'accorde avec le Verbe éternel
et avec notre raison (cf. Rm 12, 1).
Le rapprochement intérieur
mutuel évoqué ici, qui a eu lieu entre la foi biblique
et l'interrogation sur le plan philosophique de la pensée
grecque, est un fait d'une importance décisive non seulement
du point de vue de l'histoire des religions, mais également
de celui de l'histoire universelle — un fait qui nous crée
des obligations aujourd'hui encore. En tenant compte de cette rencontre,
il n'est pas surprenant que le christianisme, malgré son
origine et quelques importants développements en Orient,
ait en fin de compte trouvé son empreinte décisive
d'un point de vue historique en Europe. Nous pouvons l'exprimer
également dans l'autre sens: cette rencontre, à laquelle
vient également s'ajouter par la suite le patrimoine de Rome,
a créé l'Europe et demeure le fondement de ce que
l'on peut à juste titre appeler l'Europe.
A la thèse selon laquelle
le patrimoine grec, purifié de façon critique, ferait
partie intégrante de la foi chrétienne, s'oppose l'exigence
de déshellénisation du christianisme — une exigence
qui, depuis le début de l'époque moderne domine de
manière croissante la recherche théologique. Vu de
plus près, on peut observer trois époques dans le
programme de la déshellénisation: même si elles
sont liées entre elles, elles sont toutefois, dans leurs
motivations et dans leurs objectifs, clairement distinctes l'une
de l'autre.
La déshellénisation
apparaît d'abord en liaison avec les postulats de la Réforme
au XVIème siècle. En considérant la tradition
des écoles théologiques, les réformateurs se
retrouvent face à une systématisation de la foi conditionnée
totalement par la philosophie, c'est-à-dire face à
une détermination de la foi venue de l'extérieur en
vertu d'une manière de penser qui ne dérive pas de
celle-ci. Ainsi la foi n'apparaissait plus comme une parole historique
vivante, mais comme un élément inséré
dans la structure d'un système philosophique. Le sola Scriptura
recherche en revanche la pure forme primordiale de la foi, comme
celle-ci est présente originellement dans la Parole biblique.
La métaphysique apparaît comme un présupposé
dérivant d'une autre source, dont il faut libérer
la foi pour la faire redevenir totalement elle-même. Avec
son affirmation d'avoir dû mettre de côté la
pensée pour faire place à la foi, Kant a agi en se
basant sur ce programme avec un radicalisme que les réformateurs
ne pouvaient prévoir. Ainsi a-t-il ancré la foi exclusivement
dans la raison pratique, en lui niant l'accès au tout de
la réalité. La théologie libérale du
XIXe et du XXe siècle représenta une deuxième
époque dans le programme de la déshellénisation :
Adolf von Harnack en est un éminent représentant.
Pendant mes études, comme au cours des premières années
de mon activité universitaire, ce programme était
fortement à l'œuvre également dans la théologie
catholique. L'on prenait comme point de départ la distinction
de Pascal entre le Dieu des philosophes et le Dieu d'Abraham, d'Isaac
et de Jacob. Dans la conférence que j'ai prononcée
à Bonn, en 1959, j'ai essayé d'affronter cet argument,
et je n'entends pas reprendre ici tout ce discours. Je voudrais
toutefois tenter de mettre en lumière, même brièvement,
la nouveauté qui caractérisait cette deuxième
époque de déshellénisation par rapport à
la première. La réflexion centrale qui apparaît
chez Harnack est le retour à Jésus simplement homme
et à son message simple, qui serait précédent
à toutes les théologisations ainsi, précisément,
qu'à toute hellénisation: ce serait ce message simple
qui constituerait le véritable sommet du développement
religieux de l'humanité. Jésus aurait donné
congé au culte en faveur de la morale. En définitive,
il est représenté comme le père d'un message
moral humanitaire. L'objectif de Harnack est au fond de ramener
le christianisme en harmonie avec la raison moderne, en le libérant,
précisément, d'éléments apparemment
philosophiques et théologiques comme, par exemple la foi
dans la divinité du Christ et dans la trinité de Dieu.
En ce sens, l'exégèse historique et critique du Nouveau
Testament, dans la vision qui est la sienne, replace la théologie
au sein du système de l'université: la théologie,
selon Harnack, est quelque chose d'essentiellement historique et
donc d'étroitement scientifique. Ce sur quoi elle enquête
à propos de Jésus à travers la critique est,
pour ainsi dire, l'expression de la raison pratique et par conséquent
peut trouver sa place dans le système de l'université.
En arrière-plan, on trouve l'auto-limitation moderne de la
raison, exprimée de manière classique dans les "
critiques " de Kant, mais par la suite ultérieurement
radicalisée par la pensée des sciences naturelles.
Cette conception moderne de la raison se fonde, pour le dire brièvement,
sur une synthèse entre platonisme (cartésianisme)
et empirisme, que le progrès technique a confirmé.
D'une part, on présuppose la structure mathématique
de la matière, sa rationalité intrinsèque,
pour ainsi dire, qui rend possible sa compréhension et son
utilisation dans son efficacité opérationnelle : ce
présupposé de fond est pour ainsi dire l'élément
platonicien dans le concept moderne de la nature. D'autre part,
on envisage l'" utilisabilité " fonctionnelle de
la nature selon nos objectifs, où seule la possibilité
de contrôler vérité et erreur à travers
l'expérience fournit une certitude décisive. Le poids
respectif de ces deux pôles peut, selon les circonstances,
pencher davantage d'un côté ou davantage de l'autre.
Un penseur aussi étroitement positiviste que Jacques Monod
a déclaré qu'il était un platonicien convaincu.
Cela comporte deux orientations
fondamentales décisives en ce qui concerne notre question.
Seul le type de certitude dérivant de la synergie des mathématiques
et de l'empirique nous permet de parler de science. Ce qui prétend
être science doit se confronter avec ce critère. Et
ainsi, même les sciences qui concernent les choses humaines,
comme l'histoire, la psychologie, la sociologie et la philosophie,
cherchaient à se rapprocher de ce canon de la science. Pour
nos réflexions est cependant aussi important le fait que
la méthode comme telle exclut la question de Dieu, la faisant
apparaître comme une question ascientifique ou pré-scientifique.
Mais cela nous place devant une réduction du domaine de la
science et de la raison, dont il faut tenir compte.Je reviendrai
encore sur ce thème. Pour le moment, il suffit d'avoir à
l'esprit que, avec une tentative faite à la lumière
de cette perspective pour conserver à la théologie
le caractère de discipline "scientifique ", il
ne resterait du christianisme qu'un misérable fragment. Mais
il nous faut aller plus loin: si la science n'est que cela dans
son ensemble, alors c'est l'homme lui-même qui devient victime
d'une réduction. Car les interrogations proprement humaines,
c'est-à-dire celles concernant les questions sur " d'où
" et " vers où ", les interrogations de la
religion et de l’ethos, ne peuvent alors pas trouver de place
dans l'espace de la raison commune décrite par la "
science " interprétée de cette façon,
et elles doivent être déplacées dans le domaine
du subjectif. Le sujet décide, à partir de ses expériences,
ce qui lui apparaît religieusement possible, et la "
conscience " subjective devient, en définitive, la seule
instance éthique. Cependant, l’ethos et la religion
perdent ainsi leur force de créer une communauté et
tombent dans le domaine de l'arbitraire personnel. C'est une situation
dangereuse pour l'humanité: nous le constatons dans les pathologies
menaçantes de la religion et de la raison — des pathologies
qui doivent nécessairement éclater, lorsque la religion
est réduite à un point tel que les questions de la
religion et de l’ethos ne la regardent plus. Ce qui reste
des tentatives pour construire une éthique en partant des
règles de l'évolution, de la psychologie ou de la
sociologie, est simplement insuffisant.
Avant de parvenir aux conclusions
auxquelles tend tout ce raisonnement, je dois encore brièvement
mentionner la troisième époque de la déshellénisation
qui se diffuse actuellement. En considération de la rencontre
avec la multiplicité des cultures, on aime dire aujourd'hui
que la synthèse avec l'hellénisme, qui s'est accomplie
dans l’Église antique, aurait été une
première inculturation, qui ne devrait pas lier les autres
cultures. Celles-ci devraient avoir le droit de revenir en arrière
jusqu'au point qui précédait cette inculturation pour
découvrir le simple message du Nouveau Testament et l'inculturer
ensuite à nouveau dans leurs milieux respectifs. Cette thèse
n'est pas complètement erronée ; elle est toutefois
grossière et imprécise. En effet, le Nouveau Testament
a été écrit en langue grecque et contient en
lui le contact avec l'esprit grec — un contact qui avait mûri
dans le développement précédent de l'Ancien
Testament. Il existe certainement des éléments dans
le processus de formation de l’Église antique qui ne
doivent pas être intégrés dans toutes les cultures.
Mais les décisions de fond qui concernent précisément
le rapport de la foi avec la recherche de la raison humaine, ces
décisions de fond font partie de la foi elle-même et
en sont les développements, conformes à sa nature.
Avec ceci, j'arrive à
la conclusion. Cette tentative, uniquement dans de grandes lignes,
de critique de la raison moderne de l'intérieur, n'inclut
absolument pas l'idée que l'on doive retourner en arrière,
avant le siècle des lumières, en rejetant les convictions
de l'époque moderne. Ce qui dans le développement
moderne de l'esprit est considéré valable est reconnu
sans réserves: nous sommes tous reconnaissants pour les possibilités
grandioses qu'il a ouvert à l'homme et pour les progrès
dans le domaine humain qui nous ont été donnés.
Du reste, l’ethos de l'esprit scientifique est — vous
l'avez mentionné, Monsieur le Recteur — la volonté
d'obéissance à la vérité, et donc l'expression
d'une attitude qui fait partie des décisions essentielles
de l'esprit chrétien. L'intention n'est donc pas un recul,
une critique négative; il s'agit en revanche d'un élargissement
de notre concept de raison et de l'usage de celle-ci. Car malgré
toute la joie éprouvée face aux possibilités
de l'homme, nous voyons également les menaces qui y apparaissent
et nous devons nous demander comment nous pouvons les dominer. Nous
y réussissons seulement si la raison et la foi se retrouvent
unies d'une manière nouvelle ; si nous franchissons la limite
auto-décrétée par la raison à ce qui
est vérifiable par l'expérience, et si nous ouvrons
à nouveau à celle-ci toutes ses perspectives. C'est
dans ce sens que la théologie, non seulement comme discipline
historique, humaine et scientifique, mais comme véritable
théologie, c'est-à-dire comme interrogation sur la
raison de la foi, doit trouver sa place à l'université
et dans le vaste dialogue des sciences.
Ce n'est qu'ainsi que nous devenons
également aptes à un véritable dialogue des
cultures et des religions — un dialogue dont nous avons un
besoin urgent. Dans le monde occidental domine largement l'opinion
que seule la raison positiviste et les formes de philosophie qui
en découlent sont universelles. Mais les cultures profondément
religieuses du monde voient précisément dans cette
exclusion du divin de l'universalité de la raison une attaque
à leurs convictions les plus intimes. Une raison qui reste
sourde face au divin et qui repousse la religion dans le domaine
des sous-cultures, est incapable de s'insérer dans le dialogue
des cultures. Toutefois, la raison moderne propre aux sciences naturelles,
avec son élément platonicien intrinsèque, contient
en elle, comme j'ai cherché à le démontrer,
une interrogation qui la transcende, ainsi que ses possibilités
méthodiques. Celle-ci doit simplement accepter la structure
rationnelle de la matière et la correspondance entre notre
esprit et les structures rationnelles en œuvre dans la nature
comme un fait donné, sur lequel se fonde son parcours méthodique.
Mais la question sur la raison de ce fait donné existe et
doit être confiée par les sciences naturelles à
d'autres niveaux et façons de penser — à la
philosophie et à la théologie. Pour la philosophie
et, de manière différente, pour la théologie,
l'écoute des grandes expériences et convictions des
traditions religieuses de l'humanité, en particulier celle
de la foi chrétienne, constitue une source de connaissance;
la refuser signifierait une réduction inacceptable de notre
capacité d'écoute et de notre capacité à
répondre. Il me vient ici à l'esprit une parole de
Socrate à Phédon. Dans les entretiens précédents,
ils avaient traité de nombreuses opinions philosophiques
erronées, et Socrate s'exclamait alors : " Il serait
bien compréhensible que quelqu'un, en raison de l'irritation
due à tant de choses erronées, se mette à haïr
pour le reste de sa vie tout discours sur l'être et le dénigrât.
Mais de cette façon, il perdrait la vérité
de l'être et subirait un grand dommage ". Depuis très
longtemps, l'occident est menacé par cette aversion contre
les interrogations fondamentales de sa raison, et ainsi il ne peut
subir qu'un grand dommage. Le courage de s'ouvrir à l'ampleur
de la raison et non le refus de sa grandeur — voilà
quel est le programme avec lequel une théologie engagée
dans la réflexion sur la foi biblique entre dans le débat
du temps présent. " Ne pas agir selon la raison, ne
pas agir avec le logos, est contraire à la nature de Dieu
" a dit Manuel II, partant de son image chrétienne de
Dieu, à son interlocuteur persan. C'est à ce grand
logos, à cette ampleur de la raison, que nous invitons nos
interlocuteurs dans le dialogue des cultures. La retrouver nous-mêmes
toujours à nouveau, est la grande tâche de l'université.
© Copyright du texte
original : Libreria editrice vaticana Traduction réalisée
par Zenit ZF06091507
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''Le musulman ne doit pas attendre du pape qu'il va les glorifier.
[Le pape n'a] ''fait que son devoir de pape'', a déclaré
Mohand Alili, recteur de la mosquée de la
porte d'Aix à Marseille, sur France Info, le 16 septembre
2006.
''La déclaration du pape, si elle a offusqué les
musulmans, c'est parce que, à un moment donné, ils
sont en errance à la recherche d'une reconnaissance. [Les]
''musulmans ont la tête à l'envers'' [en croyant] que
le pape va les reconnaître. [Le pape] n'a jamais été
musulman. Alors comment voulez-vous qu'il glorifie l'islam au contraire
de la chrétienté ? Ce serait paradoxal que les gens
puissent penser comme ça. Je ne vois pas pourquoi on va créer
un système de polémique. Je ne vois pas pourquoi les
musulmans s'en prennent au pape au lieu de s'en prendre aux leurs,
à ceux qui ont décrédibilisé l' islam.
Je ne vois pas pourquoi je vais m'emporter contre le pape''.
Mohand Alili.
|
Discours télévisé
du 4 Avril 2006 à Tombouctou. Après avoir
démontré que la venue du prophète a effacé
toutes les autres religions rendant ipso facto relaps tout ce qui
n'est pas musulman, Kadhafi nous développe
une vision de l'avenir.
Quelques parties de parties de la traduction :
« Mahomet est le prophète de tous. Il a remplacé
toutes les religions antérieures. Tout le monde doit être
musulman »
« Nous avons 50 millions de musulmans en Europe. Il y a des
signes qu'Allah accordera la victoire à l'Islam en Europe,
sans épée, sans fusil, sans conquête. Les 50
millions de musulmans d'Europe l'auront transformé en continent
musulman d'ici quelques décennies.
Allah mobilise la nation musulmane de Turquie et l'ajoute à
l'union Européenne ».
|
Résumé d'un article
de Tariq Ramadan
paru dans le "International Herald Tribune"
Le Pape et l’islam : le vrai débat
vendredi 22 septembre 2006, par Tariq Ramadan
« Il aura fallu quelques phrases du Pape Benoît XVI
pour déclencher une série de réactions d’une
intensité surprenante. A travers le monde musulman, des leaders
religieux, des présidents, des politiciens, des intellectuels
ont accompagné de leurs verbes les mouvements de foules qui
protestaient face à « l’insulte ». La plupart
n’avaient pas lu le texte, beaucoup se suffisaient d’un
compte-rendu très approximatif qui stipulait que le pape
avait associé l’islam à la violence mais tous
dénonçaient « l’inadmissible injure ».
Quel que soit le jugement des savants ou des intellectuels
sur les propos du Pape, on eut aimé que ceux-ci s’en
tiennent à une attitude raisonnable quant à l’exposition
de leurs critiques et ce pour deux raisons. On sait que certains
gouvernements instrumentalisent ce type de crise pour laisser s’exprimer
les frustrations populaires. Quand on a privé le peuple de
ses droits fondamentaux et de sa liberté d’expression,
il ne coûte rien de laisser ce dernier exprimer sa colère
contre les caricatures danoises ou les propos du Pontife. Dans les
faits, on assiste à des mouvements populaires de protestation
dont la caractéristique première est un débordement
émotionnel absolument incontrôlé. Ces masses
en ébullition donnent l’impression qu’on ne débat
pas chez les musulmans et que le verbe agressif et la violence sont
davantage la règle que l’exception. Il est de la responsabilité
des intellectuels musulmans de ne pas jouer à ce jeu dangereux
et tout à fait contre productif.
D’aucuns ont réclamé des excuses
personnelles car le Pape aurait offensé les musulmans. Ce
dernier s’est dit désolé mais la polémique
n’a pas cessé pour autant. On peut s’étonner
certes de cette obscure citation du XIVème siècle
attribuée à l’Empereur Miguel II Paleologos
et qui critique « l’œuvre malfaisante » du
Prophète de l’islam. On peut effectivement s’interroger
sur le raccourci de la réflexion sur la relation de l’islam
et de la violence. On peut être surpris de cette référence
au savant zahirite Ibn Hazm (respecté mais néanmoins
marginal) pour questionner la relation de l’islam avec la
rationalité. Tout cela est elliptique, peu clair, trop rapide
et un peu maladroit sans doute mais s’agit-il d’une
insulte dont il faille s’excuser ? Est-il sage, et juste,
que les musulmans s’offusquent du contenu de cette citation
- parce qu’elle aurait été choisie par le Pape
- et qu’ils fassent mine d’oublier que depuis cinq ans,
ils sont quotidiennement questionnés sur le sens du «
jihâd » et de l’usage de la violence. Le Pape
Benoît XVI est à l’image de son temps et il pose
aux musulmans les questions de son temps : c’est avec
de la clarté et de solides arguments qu’il faut répondre
en commençant, par exemple, par refuser que l’on traduise
« jihâd » par « guerre sainte ».
Exposer les principes de la résistance légitime et
de l’éthique islamique en situation de conflit devrait
être une priorité plutôt que d’encourager
les peuples à protester violemment contre l’accusation
d’être les fidèles d’une religion violente.
Ce qui est le plus troublant au coeur de cette crise
c’est que les commentateurs en général, et les
musulmans en particulier, semblent passer à côté
du vrai débat qu’a engagé le Pape Benoît
XVI. Dans sa leçon académique, il expose une double
thèse accompagnée de deux messages. Aux rationalistes
laïques, qui voudraient débarrasser les Lumières
de la référence chrétienne, il rappelle que
cette dernière participe de l’identité européenne
et qu’il leur sera impossible de dialoguer avec les autres
religions s’ils nient le socle chrétien de leur identité
(qu’ils soient croyants ou non). Puis, en parlant du lien
entre la foi et la raison et en insistant sur la relation privilégiée
de la tradition rationaliste grecque et de la religion chrétienne,
le Pape tente de définir l’identité européenne
qui serait d’abord chrétienne par la foi et grecque
par la raison philosophique. L’islam, qui ne connaîtrait
pas cette relation à la raison, serait en somme étranger
à l’identité européenne qui s’est
construite à travers cet héritage. C’est au
nom de cette compréhension que le Cardinal Ratzinger avait
exposé il y a quelques années son refus de l’intégration
de la Turquie à l’Europe : la Turquie, musulmane, ne
fut jamais et ne saurait être authentiquement de culture européenne.
Elle est autre, elle est l’autre.
De façon bien plus essentielle que le propos
sur le jihâd, ce sont ces messages qu’il faut entendre
et auxquels il faut répondre. Le Pape Benoît XVI est
un brillant théologien qui cherche à poser les principes
et le cadre du débat concernant l’identité passée,
présente et future de l’Europe. Il s’agit d’un
Pape très européen qui appelle les peuples du continent
à prendre conscience du caractère central et incontournable
du christianisme s’ils tiennent à ne pas perdre leur
identité. Ce message est peut-être légitime
en ces temps de crise identitaire mais il est surtout troublant
et potentiellement dangereux puisqu’il opère une double
réduction dans l’approche historique et dans la définition
de l’identité européenne.
C’est à cela que les musulmans doivent
répondre d’abord en contestant cette lecture de l’histoire
de la pensée européenne où le rationalisme
musulman n’aurait joué aucun rôle et où
on réduirait la contribution arabo-musulmane à la
seule traduction des grandes œuvres grecques et romaines. La
mémoire sélective qui tend à « oublier
» les apports décisifs de penseurs musulmans «
rationalistes » tels que al-Farâbî (Xème)
Avicenne (XIème) , Averroès (XIIème), al-Ghazâlî
(XIIème), Ash-Shatibî (XIIIème), Ibn Khaldun
(XIVème) , etc. reconstruit une Europe qui trompe et se trompe
sur son passé. A la lumière de cette nécessaire
réappropriation, les musulmans devraient montrer, raisonnablement
et loin de toute réaction émotive, qu’ils partagent
l’essence des valeurs sur lesquelles se fondent l’Europe
et l’Occident et que leur tradition a contribué à
leur émergence.
L’Europe ne saurait survivre, ni l’Occident,
si l’on s’évertue à vouloir se définir
exclusivement et à distance de l’autre - de l’islam
ou du musulman - qui nous fait peur. Peut-être que ce dont
l’Europe a le plus besoin aujourd’hui n’est point
un dialogue avec les autres civilisations mais un vrai dialogue
avec elle-même, avec les facettes d’elle-même
qu’elle s’est trop longtemps refusée à
voir et qui l’empêche encore de mettre en valeur la
richesse des traditions religieuses et philosophiques qui la constituent.
L’Europe doit se réconcilier avec la diversité
de son passé afin de maîtriser le pluralisme impératif
de son avenir. L’approche réductrice du Pape n’aide
pas à la réalisation de cette réappropriation
: une approche critique ne devrait point attendre de lui des excuses
mais simplement, raisonnablement, lui prouver qu’il se trompe
historiquement, scientifiquement et, au fond, spirituellement. Ce
serait également un moyen pour les musulmans d’aujourd’hui
de se réconcilier avec l’édifiante créativité
des penseurs musulmans européens du passé qui non
seulement étaient intégrés mais qui ont profondément
contribué, nourri et enrichi de leurs réflexions critiques
l’Europe comme l’Occident ».
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