vendredi 21 novembre 2008

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Cherchons hommes de bonne volonté…

Les épées de Mahomet, palais Topkapi, Istanbul

Les tempêtes succèdent aux tempêtes, semant invectives, « bûchers » et aussi le sang d’innocents. Tout est prétexte pour attiser la haine. L’élévation de l’esprit n’a plus de prise sur le Mal du monde. Notre Saint Père vient de passer l’épreuve du feu. Benoît XVI et l’Islam…

Islam, religion d’amour, qui signifie « soumission » et dans certains cas Paix…

Depuis 661, année où fut assassiné Ali, pendant sa prière, combien de massacres, de morts innocents ? Les musulmans, ceux qui à la fin du verset 136 de la sourate 2, en arabe : « Wa Nahˆnu Lahu Muslimna » qui signifie « Et à Lui nous nous soumettons » se massacrent. Sunnites et Chiites sont un vivant témoignage d’amour réciproque…

Nous ne nous posons pas en donneur de leçon. Notre histoire chrétienne à son lot d’amour dont le témoignage par le fil de l’épée ou le bûcher n’est pas en reste. Nous l’acceptons. Nous acceptons tout notre héritage. Tout au cours de notre histoire nous avons essayé d’en tirer les leçons.

La « Soumission » ? C’est l'acceptation par le cœur, les actes et la parole de tout ce qui a été révélé et transmis, même si la personne n'applique pas toutes les obligations de l'islam.

En effet, l’islam distingue la « croyance » : ce que le cœur accepte et ce dont il se satisfait et la « foi » : le degré d'attachement aux croyances et aux actes spécifiques dictés par la religion.

Est-ce au nom de cette « Soumission » que le sang est versé ? Est-ce dans le parfait respect de la « Sounnah », de la droite voie tracée par le prophète Mohammad, que la violence fleurit au quotidien en terre d’islam et ailleurs…

Est-ce donc cela la voie ? Est-ce donc la bonne direction pour adorer au mieux Dieu ?

Des mauvais esprits pourraient nous répondre qu’après tout, en terre d’islam, que les musulmans fassent ce que bon leur semble… Qu’ils s’entretuent, ma foi, si c’est leur foi…

Mais chaque interrogation que nous faisons, nous chrétiens, sur cet islam qui endeuille et prépare son cortège d’orphelins à la vengeance, déchaîne des rictus de haine.

C’est de cela que le pape Benoît XVI s’est inquiété et plus encore. Il ne s’adressait pas tant aux musulmans qu’au monde occidental et la France aurait pu être citée en exemple… Et ce n’est pas nouveau, comme le rappelait si justement Philippe de Saint Germain dans un excellent article.
« Il existe des pathologies de la religion — nous le voyons, et il existe des pathologies de la raison — et cela aussi nous le voyons ; et les deux pathologies constituent des dangers mortels pour la paix, et je dirais même, à l'époque de nos structures globales de puissance, pour l'humanité dans son ensemble. » (Extraits de la conférence prononcée par Joseph Ratzinger à l’occasion du 60 e anniversaire du Débarquement allié en Normandie).

Lors de sa conférence, celle qui restera pour longtemps « La Conférence de Ratisbonne » Joseph Ratzinger devenu Benoît XVI ne disait pas autre chose se référant au texte de l’empereur Manuel II Paléologue dans sa controverse avec un docte persan, qui aurait eu lieu en 1391.

Et le Père Samir Khalil Samir, s.j. de préciser « que les paragraphes qui traitent tant soit peu de l’islam correspondent à environ 10% du texte global. Le pape y cite un verset coranique : « Il n’y a pas de contrainte en matière de religion » (la Vache 2, 256) [...] Si le pape avait voulu attaquer l’islam sur ce point, il lui aurait été facile de citer d’autres versets, à commencer par les versets 190-193 de la même sourate [...]. » : « Tuez-les là où vous les rencontrez, Expulsez-les d’où ils vous auront expulsés. [ …] Combattez-les jusqu’à la fin de toute sédition et que croyance soit d’Allah. »

Nous pourrions rajouter également : « Nous vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors d'Allah. Nous vous renions. Entre vous et nous, l'inimitié et la haine sont à jamais déclarées jusqu'à ce que vous croyiez en Allah, seul. »

« Ce n'est pas vous qui les avez tués : mais c'est Allah qui les a tués. »

Les chrétiens tués et les églises brûlées apporteront-ils des pétales d’or aux « Fleurs de l’islam » afin d’orner les jardins d’Allah ?

Chaque parole, chaque réflexion d’un « chrétien » sur l’islam, entraîne son explosion de manipulation mettant mal à l’aise bon nombre de musulmans. Et la presse « occidentale » ou « européenne » n’est pas en reste pour jeter de l’huile sur le feu.

Dans le genre : « Le pape a été maladroit »… ou « Il manque de diplomatie »...

Et cela bien sûr n’est pas absent d’une presse dite « chrétienne »…

A ce jour, avons-nous relevé dans notre grande presse les questions qu’il serait pourtant nécessaires de poser ? Et que nombre de Français se posent. Le docteur Dalil Boubakeur, Président du Conseil Français du Culte Musulman et Recteur de la Mosquée de Paris qui n’eut de cesse de dire que Benoît XVI ne connaissait rien à l’islam et de demander des « clarifications », pourrait à minima répondre à quelques questions, lui qui déclarait à www.afrik.com/article6609.html :
« Je suis musulman, français et cela me paraît compatible. Les deux cultures se conforment à une même attitude d’humanisme et de progrès et leurs valeurs sont conciliables. »


- Dans les pays où règne l’islam, peut-on changer librement de religion, passer de l’islam au bouddhisme ou au christianisme sans risquer la prison ou
la mort ? Acceptez-vous cela ?

- Dans des pays aussi divers que l’Arabie, l’Egypte, l’Indonésie, le Pakistan, l’Afghanistan, l’Algérie, le Maroc, le Soudan, le Nigéria, l’Iran, les non-musulmans n’ont pas les mêmes droits politiques, civiques, sociaux que les musulmans. Approuvez-vous cet état de fait ? Dans le cas contraire, vous si attaché à l’ « umma », que faites-vous pour que les non-musulmans aient dans ces pays les mêmes droits que les musulmans en Occident ?

- Dans ces pays, un non-musulman ne peut épouser une musulmane sans devoir se convertir à l’islam alors qu’un musulman peut librement épouser une non-musulmane dont les enfants seront obligatoirement musulmans. Approuvez-vous cela ?

- En Arabie Saoudite, pays-phare et modèle de l’islam, on ne peut assister à quelque discret office religieux autre que musulman sans risquer la prison ou la mort si l’on vient de l’islam. Etes-vous contre cela ?

- Trouvez-vous normal qu’on ne puisse construire dans ce pays immense ne serait-ce qu’une humble chapelle pour les centaines de milliers d’immigrés chrétiens qui y travaillent ?

- Désapprouvez-vous le mouvement toujours plus vigoureux de renforcement de
la Charia dans les pays d’islam, la soumission des « gens du Livre » (juifs et chrétiens) à la dhimmitude (statut du sujet « toléré ») et la condamnation à mort de ceux qui ne cachent pas leur athéisme ?

- Pensez-vous que comme l’Eglise catholique l’a fait, l’islam puisse et doive se repentir des fautes et crimes commis en son nom tel que l’esclavage qui sévit toujours en bien des pays d’Asie et d’Afrique, tel que les immenses génocides perpétrés jadis en Inde, tel que le génocide arménien ou plus près de nous, ceux du Biafra, de Timor, du Soudan ?

- Vous invoquez, pour des auditeurs peu au fait, le philosophe Averroes de Cordoue au XIIe siècle, sans mentionner que ses écrits philosophiques furent brûlés et ses doctrines condamnées par les « juristes » cordouans. En revanche que faites vous face à la diffusion toujours plus massive aujourd’hui des écrits d’Ibn Taymiyya (XIIIe siècle), inspirateur du wahhabisme saoudien aussi bien que des « frères musulmans » et dont les écrits tel que « le statut des moines » ont été utilisés pour justifier le
massacre des moines de Tibi-Hérine ?

-La doctrine théologique de la mosquée de Paris affirme-t-elle toujours que seuls les musulmans vont au paradis et que tous les « incroyants » vont en enfer même si l’on peut avoir avec eux en ce monde des relations courtoises ?

- Pensez-vous qu’il faille toujours, à notre époque, « trancher la main du voleur » (Coran, V, 38), « tuer ou crucifier ceux qui sont contre Dieu » (V,33), « combattre les gens du livre jusqu’à ce qu’ils payent directement le tribut après s’être humiliés » (IX, 30) ?

- A propos des juifs et des chrétiens, est-ce bien Dieu dont, selon vous, le Coran est la parole, qui déclare : « Que Dieu les anéantisse. Ils sont tellement stupides » (IX, 30) ; ou bien ces versets seraient-ils « abrogés » par le verset : « pas de contrainte en religion » ?

- Il y a une grande mosquée à Rome, capitale de la chrétienté, ville ouverte à tout le monde. Pensez-vous que l’Arabie pourrait de même accepter que des non-musulmans puissent aller, séjourner et travailler à la Mecque et à Médine et qu’un jour on puisse y construire une cathédrale pour les immigrés chrétiens ?

Des esprits chagrins m’objecteront que ces questions sont posées par un catholique militant qui ne cache pas sa croix dans sa poche, Bernard Antony, président de Chrétien-Solidarité.

Ces questions devraient être posées par tout homme de bonne volonté quelle que soit sa croyance.

Et Monsieur le Recteur de la Mosquée de Paris, médecin, devrait aussi faire entendre sa voix sur les affaires qui éclatent dans nombres d’hôpitaux. Que pensent-il des agressions que subissent des gynécologues hommes de la part d’époux musulmans, tout simplement parce qu’ils ont examiné leurs femmes ? (Hôpital Robert-Debré à Paris, hôpital d’Aulnay-sous-Bois) Que pensent-ils des demandes qui se multiplient, demande de reconstruction d’hymen, de la part de jeunes femmes qui finissent par se plier aux mariages « arrangés » par leurs familles ? Que pense-t-il de la demande croissante de certificat de virginité par des familles… ( Le Parisien du vendredi 20 octobre 2006).

Quel « humanisme » partageons nous ?

Je ne fais pas une fixation sur Monsieur le Recteur de la Mosquée de Paris… Toutes ces questions pourraient être posées à Tarik Ramadan et à bien d’autres… mais à tout seigneur tout honneur : Monsieur Dalil Boubakeur est le Président du Conseil Français du Culte Musulman.

Mais peut-être, afin de trouver une piste peu exploitée, devrions-nous chercher du côté des symboles.

Chrétiens et musulmans ont leurs reliques.

Le bois de la « sainte » croix est dans le cœur des chrétiens, tout comme les épines de la couronne…

Que nous rappellent ses reliques ? Tout chrétien sait répondre à cette question…

La sainte Couronne d'épines et les morceaux de la Sainte Croix sont conservés à la cathédrale Notre-Dame de Paris. La Couronne ainsi que les reliques du bois de la Croix et d'un clou de celle-ci sont présentés à la vénération des fidèles tous les premiers vendredis du mois (15h) et le Vendredi saint du Carême catholique.

 

Le prophète Mohammad a laissé neuf épées :
Al-Ma'thur ou « Ma'thur al-Fijar », Al-Battar, Hatf, Al-Mikhdham, Al-Rasub, Al-'Adb,
Al-Qadib,Qal'i, Dhu al-Faqar.

Al-Ma'thur, ou "Ma'thur al-Fijar", est l'épée que possédait Mahomet avant de recevoir sa première révélation à La Mecque. Elle est conservée au musée Topkapi, Istanbul, Turquie

Que rappellent ces épées à tout pieux musulman ?

Et quelle réponse nous fait-il ?

Portemont, le 22 octobre 2006.

Ci-après, le discours du pape à l’Université de Rastibonne et quelques déclarations.
Liste bien sûr non exhaustive…


Discours du pape à l’Université de Ratisbonne.
La violence est en opposition avec la nature de Dieu
et la nature de l'âme.
ROME, Vendredi 15 septembre 2006 (ZENIT.org)

Nous publions ci-dessous le texte intégral du discours que le pape Benoît XVI a prononcé à l’Université de Ratisbonne, le mardi 12 septembre, dans le cadre de son voyage en Allemagne (9-14 septembre).
" ‘Au commencement était le logos’Logos signifie à la fois raison et parole — une raison qui est créatrice et capable de se transmettre mais, précisément, en tant que raison ", affirme le pape. " C'est à ce grand logos, à cette ampleur de la raison, que nous invitons nos interlocuteurs dans le dialogue des cultures ".

* * *

Eminences, Messieurs les Recteurs, Excellences, Mesdames, Messieurs !

C'est pour moi un moment de grande émotion de me trouver une nouvelle fois dans cette université et de pouvoir une nouvelle fois donner un cours. Mes pensées se tournent en même temps vers ces années où, après une belle période auprès de l'Institut supérieur de Freising, je commençai mon activité d'enseignant à l'université de Bonn. C'était encore — en 1959 — l'époque de l'ancienne université des professeurs ordinaires. Pour chacune des chaires, il n'existait ni assistants, ni dactylographes, mais en revanche il y avait un contact très direct avec les étudiants et surtout aussi entre les professeurs. L'on se rencontrait avant et après la leçon dans les salles des professeurs. Les relations avec les historiens, les philosophes, les philologues, et naturellement aussi entre les deux facultés de théologie étaient très étroites. Une fois par semestre, il y avait ce que l'on appelait le dies academicus, où les professeurs de toutes les facultés se présentaient devant les étudiants de toute l'université, permettant ainsi une expérience d'universitas — une chose à laquelle vous aussi, Monsieur le Recteur, vous avez fait récemment allusion — c'est-à-dire l'expérience du fait que nous tous, malgré toutes les spécialisations, qui parfois nous rendent incapables de communiquer entre nous, formons un tout et travaillons dans le tout de l'unique raison dans ses diverses dimensions, en étant ainsi ensemble également face à la responsabilité commune du juste usage de la raison — ce phénomène devenait une expérience vécue. Sans aucun doute, l'université était également fière de ses deux facultés de théologie. Il était clair qu'elles aussi, en s'interrogeant sur la dimension raisonnable de la foi, accomplissaient un travail qui nécessairement fait partie du " tout " de l'universitas scientiarum, même si tous pouvaient ne pas partager la foi, dont la relation avec la raison commune est l'objet du travail des théologiens. Cette cohésion intérieure dans l'univers de la raison ne fut même pas troublée lorsqu'un jour la nouvelle circula que l'un de nos collègues avait affirmé qu'il y avait un fait étrange dans notre université: deux facultés qui s'occupaient de quelque chose qui n'existait pas — de Dieu. Même face à un scepticisme aussi radical, il demeure nécessaire et raisonnable de s'interroger sur Dieu au moyen de la raison et cela doit être fait dans le contexte de la tradition de la foi chrétienne: il s'agissait là d'une conviction incontestée, dans toute l'université.

Tout cela me revint en mémoire récemment à la lecture de l’édition publiée par le professeur Theodore Khoury (Münster) d’une partie du dialogue que le docte empereur byzantin Manuel II Paléologue, peut-être au cours de ses quartiers d’hiver en 1391 à Ankara, entretint avec un Persan cultivé sur le christianisme et l’islam et sur la vérité de chacun d’eux. L’on présume que l’Empereur lui-même annota ce dialogue au cours du siège de Constantinople entre 1394 et 1402 ; ainsi s’explique le fait que ses raisonnements soient rapportés de manière beaucoup plus détaillées que ceux de son interlocuteur persan. Le dialogue porte sur toute l’étendue de la dimension des structures de la foi contenues dans la Bible et dans le Coran et s’arrête notamment sur l’image de Dieu et de l’homme, mais nécessairement aussi toujours à nouveau sur la relation entre - comme on le disait - les trois « Lois » ou trois « ordres de vie » : l’Ancien Testament - le Nouveau Testament - le Coran. Je n’entends pas parler à présent de cela dans cette leçon ; je voudrais seulement aborder un argument - assez marginal dans la structure de l’ensemble du dialogue - qui, dans le contexte du thème « foi et raison », m’a fasciné et servira de point de départ à mes réflexions sur ce thème.

Dans le septième entretien (dialexis - controverse) édité par le professeur Khoury, l’empereur aborde le thème du djihad, de la guerre sainte. Assurément l’empereur savait que dans la sourate 2, 256 on peut lire : « Nulle contrainte en religion ! » C’est l’une des sourates de la période initiale, disent les spécialistes, lorsque Mahomet lui-même n’avait encore aucun pouvoir et était menacé. Mais naturellement l’empereur connaissait aussi les dispositions, développées par la suite et fixées dans le Coran, à propos de la guerre sainte. Sans s’arrêter sur les détails, tels que la différence de traitement entre ceux qui possèdent le « Livre » et les « incrédules », l’empereur, avec une rudesse assez surprenante qui nous étonne, s’adresse à son interlocuteur simplement avec la question centrale sur la relation entre religion et violence en général, en disant : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait ». L’empereur, après s’être prononcé de manière si peu amène, explique ensuite minutieusement les raisons pour lesquelles la diffusion de la foi à travers la violence est une chose déraisonnable. La violence est en opposition avec la nature de Dieu et la nature de l’âme. « Dieu n’apprécie pas le sang - dit-il -, ne pas agir selon la raison , sun logô, est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de l’âme, non du corps. Celui, par conséquent, qui veut conduire quelqu’un à la foi a besoin de la capacité de bien parler et de raisonner correctement, et non de la violence et de la menace... Pour convaincre une âme raisonnable, il n’est pas besoin de disposer ni de son bras, ni d’instrument pour frapper ni de quelque autre moyen que ce soit avec lequel on pourrait menacer une personne de mort... »

L'affirmation décisive dans cette argumentation contre la conversion au moyen de la violence est : ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. L’éditeur Théodore Khoury commente : pour l'empereur, un Byzantin qui a grandi dans la philosophie grecque, cette affirmation est évidente. Pour la doctrine musulmane, en revanche, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n'est liée à aucune de nos catégories, fût-ce celle du raisonnable. Dans ce contexte, Khoury cite une œuvre du célèbre islamologue français R. Arnaldez, qui explique que Ibn Hazn va jusqu'à déclarer que Dieu ne serait pas même lié par sa propre parole et que rien ne l'obligerait à nous révéler la vérité. Si cela était sa volonté, l'homme devrait même pratiquer l'idolâtrie.

Ici s’ouvre, dans la compréhension de Dieu et donc de la réalisation concrète de la religion, un dilemme qui aujourd’hui nous met au défi de manière très directe. La conviction qu’agir contre la raison serait en contradiction avec la nature de Dieu, est-elle seulement une manière de penser grecque ou vaut-elle toujours et en soi ? Je pense qu’ici se manifeste la profonde concordance entre ce qui est grec dans le meilleur sens du terme et ce qu’est la foi en Dieu sur le fondement de la Bible. En modifiant le premier verset du Livre de la Genèse, le premier verset de toute l’Ecriture Sainte, Jean a débuté le prologue de son Evangile par les paroles : « Au commencement était le logos. » Tel est exactement le mot qu’utilise l’empereur : Dieu agit sun logô, avec logos. Logos signifie à la fois raison et parole - une raison qui est créatrice et capable de se transmettre mais, précisément, en tant que raison. Jean nous a ainsi fait le don de la parole ultime sur le concept biblique de Dieu, la parole dans laquelle toutes les voies souvent difficiles et tortueuses de la foi biblique aboutissent, trouvent leur synthèse. Au commencement était le logos, et le logos est Dieu, nous dit l’Évangéliste. La rencontre entre le message biblique et la pensée grecque n’était pas un simple hasard. La vision de saint Paul, devant lequel s’étaient fermées les routes de l’Asie et qui, en rêve, vit un Macédonien et entendit son appel : « Passe en Macédoine, viens à notre secours ! » (cf. Ac 16, 6-10) - cette vision peut être interprétée comme un « raccourci » de la nécessité intrinsèque d’un rapprochement entre la foi biblique et la manière grecque de s’interroger.

En réalité, ce rapprochement avait déjà commencé depuis très longtemps. Déjà le nom mystérieux du Dieu du buisson ardent, qui éloigne l'homme de l'ensemble des divinités portant de multiples noms en affirmant uniquement son " Je suis ", son être, est, vis-à-vis du mythe, une contestation avec laquelle entretient une profonde analogie la tentative de Socrate de vaincre et de dépasser le mythe lui-même. Le processus qui a commencé auprès du buisson atteint, dans l'Ancien Testament, une nouvelle maturité pendant l'exil, lorsque le Dieu d'Israël, à présent privé de la Terre et du culte, s'annonce comme le Dieu du ciel et de la terre, en se présentant avec une simple formule qui prolonge la parole du buisson : " Je suis ". Avec cette nouvelle connaissance de Dieu va de pair une sorte de philosophie des lumières, qui s'exprime de manière drastique dans la dérision des divinités qui ne serait que l'œuvre de la main de l'homme (cf. Ps 115). Ainsi, malgré toute la dureté du désaccord avec les souverains grecs, qui voulaient obtenir par la force l'adaptation au style de vie grec et à leur culte idolâtre, la foi biblique allait intérieurement, pendant l'époque hellénistique, au devant du meilleur de la pensée grecque, jusqu'à un contact mutuel qui s'est ensuite réalisé en particulier dans la littérature sapientiale tardive. Aujourd'hui, nous savons que la traduction grecque de l'Ancien Testament réalisée à Alexandrie — la " Septante " — est plus qu'une simple (un mot qu'on pourrait presque comprendre de façon assez négative) traduction du texte hébreu : c'est en effet un témoignage textuel qui a une valeur en lui-même et une étape spécifique importante de l'histoire de la Révélation, à travers laquelle s'est réalisée cette rencontre d'une manière qui, pour la naissance du christianisme et sa diffusion, a eu une signification décisive. Fondamentalement, il s'agit d'une rencontre entre la foi et la raison, entre l'authentique philosophie des lumières et la religion. En partant véritablement de la nature intime de la foi chrétienne et, dans le même temps, de la nature de la pensée grecque qui ne faisait désormais plus qu'un avec la foi, Manuel II pouvait dire: Ne pas agir " avec le logos " est contraire à la nature de Dieu.

Par honnêteté, il faut remarquer ici que, à la fin du Moyen Age, se sont développées dans la théologie, des tendances qui rompaient cette synthèse entre esprit grec et esprit chrétien. En opposition avec ce que l'on a appelé l'intellectualisme augustinien et thomiste débuta avec Duns Scott une situation volontariste qui, en fin de compte, dans ses développements successifs, conduisit à l'affirmation que nous ne connaîtrions de Dieu que la voluntas ordinata. Au-delà de celle-ci, il existerait la liberté de Dieu, en vertu de laquelle il aurait pu créer et faire tout aussi bien le contraire de tout ce qu'il a effectivement fait. Ici se profilent des positions qui, sans aucun doute, peuvent s'approcher de celles de Ibn Hazn, et pourraient conduire jusqu'à l'image d'un Dieu-Arbitraire, qui n'est pas même lié par la vérité et par le bien. La transcendance et la diversité de Dieu sont accentuées avec une telle exagération que même notre raison, notre sens du vrai et du bien ne sont plus un véritable miroir de Dieu, dont les possibilités abyssales demeurent pour nous éternellement hors d'atteinte et cachées derrière ses décisions effectives. En opposition à cela, la foi de l’Église s'est toujours tenue à la conviction qu'entre Dieu et nous, entre son Esprit créateur éternel et notre raison créée, il existe une vraie analogie dans laquelle — comme le dit le IVème Concile du Latran en 1215 — les dissemblances sont certes assurément plus grandes que les ressemblances, mais toutefois pas au point d'abolir l'analogie et son langage. Dieu ne devient pas plus divin du fait que nous le repoussons loin de nous dans un pur et impénétrable volontarisme, mais le Dieu véritablement divin est ce Dieu qui s'est montré comme logos et comme logos a agi et continue d'agir plein d'amour en notre faveur. Bien sûr, l'amour, comme le dit Paul, " dépasse " la connaissance et c'est pour cette raison qu'il est capable de percevoir davantage que la simple pensée (cf. Ep 3, 19), mais il demeure l'amour du Dieu-Logos, pour lequel le culte chrétien est, comme le dit encore Paul " logikè latreia " — un culte qui s'accorde avec le Verbe éternel et avec notre raison (cf. Rm 12, 1).

Le rapprochement intérieur mutuel évoqué ici, qui a eu lieu entre la foi biblique et l'interrogation sur le plan philosophique de la pensée grecque, est un fait d'une importance décisive non seulement du point de vue de l'histoire des religions, mais également de celui de l'histoire universelle — un fait qui nous crée des obligations aujourd'hui encore. En tenant compte de cette rencontre, il n'est pas surprenant que le christianisme, malgré son origine et quelques importants développements en Orient, ait en fin de compte trouvé son empreinte décisive d'un point de vue historique en Europe. Nous pouvons l'exprimer également dans l'autre sens: cette rencontre, à laquelle vient également s'ajouter par la suite le patrimoine de Rome, a créé l'Europe et demeure le fondement de ce que l'on peut à juste titre appeler l'Europe.

A la thèse selon laquelle le patrimoine grec, purifié de façon critique, ferait partie intégrante de la foi chrétienne, s'oppose l'exigence de déshellénisation du christianisme — une exigence qui, depuis le début de l'époque moderne domine de manière croissante la recherche théologique. Vu de plus près, on peut observer trois époques dans le programme de la déshellénisation: même si elles sont liées entre elles, elles sont toutefois, dans leurs motivations et dans leurs objectifs, clairement distinctes l'une de l'autre.

La déshellénisation apparaît d'abord en liaison avec les postulats de la Réforme au XVIème siècle. En considérant la tradition des écoles théologiques, les réformateurs se retrouvent face à une systématisation de la foi conditionnée totalement par la philosophie, c'est-à-dire face à une détermination de la foi venue de l'extérieur en vertu d'une manière de penser qui ne dérive pas de celle-ci. Ainsi la foi n'apparaissait plus comme une parole historique vivante, mais comme un élément inséré dans la structure d'un système philosophique. Le sola Scriptura recherche en revanche la pure forme primordiale de la foi, comme celle-ci est présente originellement dans la Parole biblique. La métaphysique apparaît comme un présupposé dérivant d'une autre source, dont il faut libérer la foi pour la faire redevenir totalement elle-même. Avec son affirmation d'avoir dû mettre de côté la pensée pour faire place à la foi, Kant a agi en se basant sur ce programme avec un radicalisme que les réformateurs ne pouvaient prévoir. Ainsi a-t-il ancré la foi exclusivement dans la raison pratique, en lui niant l'accès au tout de la réalité. La théologie libérale du XIXe et du XXe siècle représenta une deuxième époque dans le programme de la déshellénisation : Adolf von Harnack en est un éminent représentant. Pendant mes études, comme au cours des premières années de mon activité universitaire, ce programme était fortement à l'œuvre également dans la théologie catholique. L'on prenait comme point de départ la distinction de Pascal entre le Dieu des philosophes et le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Dans la conférence que j'ai prononcée à Bonn, en 1959, j'ai essayé d'affronter cet argument, et je n'entends pas reprendre ici tout ce discours. Je voudrais toutefois tenter de mettre en lumière, même brièvement, la nouveauté qui caractérisait cette deuxième époque de déshellénisation par rapport à la première. La réflexion centrale qui apparaît chez Harnack est le retour à Jésus simplement homme et à son message simple, qui serait précédent à toutes les théologisations ainsi, précisément, qu'à toute hellénisation: ce serait ce message simple qui constituerait le véritable sommet du développement religieux de l'humanité. Jésus aurait donné congé au culte en faveur de la morale. En définitive, il est représenté comme le père d'un message moral humanitaire. L'objectif de Harnack est au fond de ramener le christianisme en harmonie avec la raison moderne, en le libérant, précisément, d'éléments apparemment philosophiques et théologiques comme, par exemple la foi dans la divinité du Christ et dans la trinité de Dieu. En ce sens, l'exégèse historique et critique du Nouveau Testament, dans la vision qui est la sienne, replace la théologie au sein du système de l'université: la théologie, selon Harnack, est quelque chose d'essentiellement historique et donc d'étroitement scientifique. Ce sur quoi elle enquête à propos de Jésus à travers la critique est, pour ainsi dire, l'expression de la raison pratique et par conséquent peut trouver sa place dans le système de l'université. En arrière-plan, on trouve l'auto-limitation moderne de la raison, exprimée de manière classique dans les " critiques " de Kant, mais par la suite ultérieurement radicalisée par la pensée des sciences naturelles. Cette conception moderne de la raison se fonde, pour le dire brièvement, sur une synthèse entre platonisme (cartésianisme) et empirisme, que le progrès technique a confirmé. D'une part, on présuppose la structure mathématique de la matière, sa rationalité intrinsèque, pour ainsi dire, qui rend possible sa compréhension et son utilisation dans son efficacité opérationnelle : ce présupposé de fond est pour ainsi dire l'élément platonicien dans le concept moderne de la nature. D'autre part, on envisage l'" utilisabilité " fonctionnelle de la nature selon nos objectifs, où seule la possibilité de contrôler vérité et erreur à travers l'expérience fournit une certitude décisive. Le poids respectif de ces deux pôles peut, selon les circonstances, pencher davantage d'un côté ou davantage de l'autre. Un penseur aussi étroitement positiviste que Jacques Monod a déclaré qu'il était un platonicien convaincu.

Cela comporte deux orientations fondamentales décisives en ce qui concerne notre question. Seul le type de certitude dérivant de la synergie des mathématiques et de l'empirique nous permet de parler de science. Ce qui prétend être science doit se confronter avec ce critère. Et ainsi, même les sciences qui concernent les choses humaines, comme l'histoire, la psychologie, la sociologie et la philosophie, cherchaient à se rapprocher de ce canon de la science. Pour nos réflexions est cependant aussi important le fait que la méthode comme telle exclut la question de Dieu, la faisant apparaître comme une question ascientifique ou pré-scientifique. Mais cela nous place devant une réduction du domaine de la science et de la raison, dont il faut tenir compte.Je reviendrai encore sur ce thème. Pour le moment, il suffit d'avoir à l'esprit que, avec une tentative faite à la lumière de cette perspective pour conserver à la théologie le caractère de discipline "scientifique ", il ne resterait du christianisme qu'un misérable fragment. Mais il nous faut aller plus loin: si la science n'est que cela dans son ensemble, alors c'est l'homme lui-même qui devient victime d'une réduction. Car les interrogations proprement humaines, c'est-à-dire celles concernant les questions sur " d'où " et " vers où ", les interrogations de la religion et de l’ethos, ne peuvent alors pas trouver de place dans l'espace de la raison commune décrite par la " science " interprétée de cette façon, et elles doivent être déplacées dans le domaine du subjectif. Le sujet décide, à partir de ses expériences, ce qui lui apparaît religieusement possible, et la " conscience " subjective devient, en définitive, la seule instance éthique. Cependant, l’ethos et la religion perdent ainsi leur force de créer une communauté et tombent dans le domaine de l'arbitraire personnel. C'est une situation dangereuse pour l'humanité: nous le constatons dans les pathologies menaçantes de la religion et de la raison — des pathologies qui doivent nécessairement éclater, lorsque la religion est réduite à un point tel que les questions de la religion et de l’ethos ne la regardent plus. Ce qui reste des tentatives pour construire une éthique en partant des règles de l'évolution, de la psychologie ou de la sociologie, est simplement insuffisant.

Avant de parvenir aux conclusions auxquelles tend tout ce raisonnement, je dois encore brièvement mentionner la troisième époque de la déshellénisation qui se diffuse actuellement. En considération de la rencontre avec la multiplicité des cultures, on aime dire aujourd'hui que la synthèse avec l'hellénisme, qui s'est accomplie dans l’Église antique, aurait été une première inculturation, qui ne devrait pas lier les autres cultures. Celles-ci devraient avoir le droit de revenir en arrière jusqu'au point qui précédait cette inculturation pour découvrir le simple message du Nouveau Testament et l'inculturer ensuite à nouveau dans leurs milieux respectifs. Cette thèse n'est pas complètement erronée ; elle est toutefois grossière et imprécise. En effet, le Nouveau Testament a été écrit en langue grecque et contient en lui le contact avec l'esprit grec — un contact qui avait mûri dans le développement précédent de l'Ancien Testament. Il existe certainement des éléments dans le processus de formation de l’Église antique qui ne doivent pas être intégrés dans toutes les cultures. Mais les décisions de fond qui concernent précisément le rapport de la foi avec la recherche de la raison humaine, ces décisions de fond font partie de la foi elle-même et en sont les développements, conformes à sa nature.

Avec ceci, j'arrive à la conclusion. Cette tentative, uniquement dans de grandes lignes, de critique de la raison moderne de l'intérieur, n'inclut absolument pas l'idée que l'on doive retourner en arrière, avant le siècle des lumières, en rejetant les convictions de l'époque moderne. Ce qui dans le développement moderne de l'esprit est considéré valable est reconnu sans réserves: nous sommes tous reconnaissants pour les possibilités grandioses qu'il a ouvert à l'homme et pour les progrès dans le domaine humain qui nous ont été donnés. Du reste, l’ethos de l'esprit scientifique est — vous l'avez mentionné, Monsieur le Recteur — la volonté d'obéissance à la vérité, et donc l'expression d'une attitude qui fait partie des décisions essentielles de l'esprit chrétien. L'intention n'est donc pas un recul, une critique négative; il s'agit en revanche d'un élargissement de notre concept de raison et de l'usage de celle-ci. Car malgré toute la joie éprouvée face aux possibilités de l'homme, nous voyons également les menaces qui y apparaissent et nous devons nous demander comment nous pouvons les dominer. Nous y réussissons seulement si la raison et la foi se retrouvent unies d'une manière nouvelle ; si nous franchissons la limite auto-décrétée par la raison à ce qui est vérifiable par l'expérience, et si nous ouvrons à nouveau à celle-ci toutes ses perspectives. C'est dans ce sens que la théologie, non seulement comme discipline historique, humaine et scientifique, mais comme véritable théologie, c'est-à-dire comme interrogation sur la raison de la foi, doit trouver sa place à l'université et dans le vaste dialogue des sciences.

Ce n'est qu'ainsi que nous devenons également aptes à un véritable dialogue des cultures et des religions — un dialogue dont nous avons un besoin urgent. Dans le monde occidental domine largement l'opinion que seule la raison positiviste et les formes de philosophie qui en découlent sont universelles. Mais les cultures profondément religieuses du monde voient précisément dans cette exclusion du divin de l'universalité de la raison une attaque à leurs convictions les plus intimes. Une raison qui reste sourde face au divin et qui repousse la religion dans le domaine des sous-cultures, est incapable de s'insérer dans le dialogue des cultures. Toutefois, la raison moderne propre aux sciences naturelles, avec son élément platonicien intrinsèque, contient en elle, comme j'ai cherché à le démontrer, une interrogation qui la transcende, ainsi que ses possibilités méthodiques. Celle-ci doit simplement accepter la structure rationnelle de la matière et la correspondance entre notre esprit et les structures rationnelles en œuvre dans la nature comme un fait donné, sur lequel se fonde son parcours méthodique. Mais la question sur la raison de ce fait donné existe et doit être confiée par les sciences naturelles à d'autres niveaux et façons de penser — à la philosophie et à la théologie. Pour la philosophie et, de manière différente, pour la théologie, l'écoute des grandes expériences et convictions des traditions religieuses de l'humanité, en particulier celle de la foi chrétienne, constitue une source de connaissance; la refuser signifierait une réduction inacceptable de notre capacité d'écoute et de notre capacité à répondre. Il me vient ici à l'esprit une parole de Socrate à Phédon. Dans les entretiens précédents, ils avaient traité de nombreuses opinions philosophiques erronées, et Socrate s'exclamait alors : " Il serait bien compréhensible que quelqu'un, en raison de l'irritation due à tant de choses erronées, se mette à haïr pour le reste de sa vie tout discours sur l'être et le dénigrât. Mais de cette façon, il perdrait la vérité de l'être et subirait un grand dommage ". Depuis très longtemps, l'occident est menacé par cette aversion contre les interrogations fondamentales de sa raison, et ainsi il ne peut subir qu'un grand dommage. Le courage de s'ouvrir à l'ampleur de la raison et non le refus de sa grandeur — voilà quel est le programme avec lequel une théologie engagée dans la réflexion sur la foi biblique entre dans le débat du temps présent. " Ne pas agir selon la raison, ne pas agir avec le logos, est contraire à la nature de Dieu " a dit Manuel II, partant de son image chrétienne de Dieu, à son interlocuteur persan. C'est à ce grand logos, à cette ampleur de la raison, que nous invitons nos interlocuteurs dans le dialogue des cultures. La retrouver nous-mêmes toujours à nouveau, est la grande tâche de l'université.

© Copyright du texte original : Libreria editrice vaticana Traduction réalisée par Zenit ZF06091507

 



''Le musulman ne doit pas attendre du pape qu'il va les glorifier. [Le pape n'a] ''fait que son devoir de pape'', a déclaré Mohand Alili, recteur de la mosquée de la porte d'Aix à Marseille, sur France Info, le 16 septembre 2006.

''La déclaration du pape, si elle a offusqué les musulmans, c'est parce que, à un moment donné, ils sont en errance à la recherche d'une reconnaissance. [Les] ''musulmans ont la tête à l'envers'' [en croyant] que le pape va les reconnaître. [Le pape] n'a jamais été musulman. Alors comment voulez-vous qu'il glorifie l'islam au contraire de la chrétienté ? Ce serait paradoxal que les gens puissent penser comme ça. Je ne vois pas pourquoi on va créer un système de polémique. Je ne vois pas pourquoi les musulmans s'en prennent au pape au lieu de s'en prendre aux leurs, à ceux qui ont décrédibilisé l' islam. Je ne vois pas pourquoi je vais m'emporter contre le pape''.

Mohand Alili.

 


Discours télévisé du 4 Avril 2006 à Tombouctou. Après avoir démontré que la venue du prophète a effacé toutes les autres religions rendant ipso facto relaps tout ce qui n'est pas musulman, Kadhafi nous développe une vision de l'avenir.

Quelques parties de parties de la traduction :

« Mahomet est le prophète de tous. Il a remplacé toutes les religions antérieures. Tout le monde doit être musulman »

« Nous avons 50 millions de musulmans en Europe. Il y a des signes qu'Allah accordera la victoire à l'Islam en Europe, sans épée, sans fusil, sans conquête. Les 50 millions de musulmans d'Europe l'auront transformé en continent musulman d'ici quelques décennies.
Allah mobilise la nation musulmane de Turquie et l'ajoute à l'union Européenne ».

 


Résumé d'un article de Tariq Ramadan
paru dans le "International Herald Tribune"

Le Pape et l’islam : le vrai débat
vendredi 22 septembre 2006, par Tariq Ramadan


« Il aura fallu quelques phrases du Pape Benoît XVI pour déclencher une série de réactions d’une intensité surprenante. A travers le monde musulman, des leaders religieux, des présidents, des politiciens, des intellectuels ont accompagné de leurs verbes les mouvements de foules qui protestaient face à « l’insulte ». La plupart n’avaient pas lu le texte, beaucoup se suffisaient d’un compte-rendu très approximatif qui stipulait que le pape avait associé l’islam à la violence mais tous dénonçaient « l’inadmissible injure ».

Quel que soit le jugement des savants ou des intellectuels sur les propos du Pape, on eut aimé que ceux-ci s’en tiennent à une attitude raisonnable quant à l’exposition de leurs critiques et ce pour deux raisons. On sait que certains gouvernements instrumentalisent ce type de crise pour laisser s’exprimer les frustrations populaires. Quand on a privé le peuple de ses droits fondamentaux et de sa liberté d’expression, il ne coûte rien de laisser ce dernier exprimer sa colère contre les caricatures danoises ou les propos du Pontife. Dans les faits, on assiste à des mouvements populaires de protestation dont la caractéristique première est un débordement émotionnel absolument incontrôlé. Ces masses en ébullition donnent l’impression qu’on ne débat pas chez les musulmans et que le verbe agressif et la violence sont davantage la règle que l’exception. Il est de la responsabilité des intellectuels musulmans de ne pas jouer à ce jeu dangereux et tout à fait contre productif.

D’aucuns ont réclamé des excuses personnelles car le Pape aurait offensé les musulmans. Ce dernier s’est dit désolé mais la polémique n’a pas cessé pour autant. On peut s’étonner certes de cette obscure citation du XIVème siècle attribuée à l’Empereur Miguel II Paleologos et qui critique « l’œuvre malfaisante » du Prophète de l’islam. On peut effectivement s’interroger sur le raccourci de la réflexion sur la relation de l’islam et de la violence. On peut être surpris de cette référence au savant zahirite Ibn Hazm (respecté mais néanmoins marginal) pour questionner la relation de l’islam avec la rationalité. Tout cela est elliptique, peu clair, trop rapide et un peu maladroit sans doute mais s’agit-il d’une insulte dont il faille s’excuser ? Est-il sage, et juste, que les musulmans s’offusquent du contenu de cette citation - parce qu’elle aurait été choisie par le Pape - et qu’ils fassent mine d’oublier que depuis cinq ans, ils sont quotidiennement questionnés sur le sens du « jihâd » et de l’usage de la violence. Le Pape Benoît XVI est à l’image de son temps et il pose aux musulmans les questions de son temps : c’est avec de la clarté et de solides arguments qu’il faut répondre en commençant, par exemple, par refuser que l’on traduise « jihâd » par « guerre sainte ». Exposer les principes de la résistance légitime et de l’éthique islamique en situation de conflit devrait être une priorité plutôt que d’encourager les peuples à protester violemment contre l’accusation d’être les fidèles d’une religion violente.

Ce qui est le plus troublant au coeur de cette crise c’est que les commentateurs en général, et les musulmans en particulier, semblent passer à côté du vrai débat qu’a engagé le Pape Benoît XVI. Dans sa leçon académique, il expose une double thèse accompagnée de deux messages. Aux rationalistes laïques, qui voudraient débarrasser les Lumières de la référence chrétienne, il rappelle que cette dernière participe de l’identité européenne et qu’il leur sera impossible de dialoguer avec les autres religions s’ils nient le socle chrétien de leur identité (qu’ils soient croyants ou non). Puis, en parlant du lien entre la foi et la raison et en insistant sur la relation privilégiée de la tradition rationaliste grecque et de la religion chrétienne, le Pape tente de définir l’identité européenne qui serait d’abord chrétienne par la foi et grecque par la raison philosophique. L’islam, qui ne connaîtrait pas cette relation à la raison, serait en somme étranger à l’identité européenne qui s’est construite à travers cet héritage. C’est au nom de cette compréhension que le Cardinal Ratzinger avait exposé il y a quelques années son refus de l’intégration de la Turquie à l’Europe : la Turquie, musulmane, ne fut jamais et ne saurait être authentiquement de culture européenne. Elle est autre, elle est l’autre.

De façon bien plus essentielle que le propos sur le jihâd, ce sont ces messages qu’il faut entendre et auxquels il faut répondre. Le Pape Benoît XVI est un brillant théologien qui cherche à poser les principes et le cadre du débat concernant l’identité passée, présente et future de l’Europe. Il s’agit d’un Pape très européen qui appelle les peuples du continent à prendre conscience du caractère central et incontournable du christianisme s’ils tiennent à ne pas perdre leur identité. Ce message est peut-être légitime en ces temps de crise identitaire mais il est surtout troublant et potentiellement dangereux puisqu’il opère une double réduction dans l’approche historique et dans la définition de l’identité européenne.

C’est à cela que les musulmans doivent répondre d’abord en contestant cette lecture de l’histoire de la pensée européenne où le rationalisme musulman n’aurait joué aucun rôle et où on réduirait la contribution arabo-musulmane à la seule traduction des grandes œuvres grecques et romaines. La mémoire sélective qui tend à « oublier » les apports décisifs de penseurs musulmans « rationalistes » tels que al-Farâbî (Xème) Avicenne (XIème) , Averroès (XIIème), al-Ghazâlî (XIIème), Ash-Shatibî (XIIIème), Ibn Khaldun (XIVème) , etc. reconstruit une Europe qui trompe et se trompe sur son passé. A la lumière de cette nécessaire réappropriation, les musulmans devraient montrer, raisonnablement et loin de toute réaction émotive, qu’ils partagent l’essence des valeurs sur lesquelles se fondent l’Europe et l’Occident et que leur tradition a contribué à leur émergence.

L’Europe ne saurait survivre, ni l’Occident, si l’on s’évertue à vouloir se définir exclusivement et à distance de l’autre - de l’islam ou du musulman - qui nous fait peur. Peut-être que ce dont l’Europe a le plus besoin aujourd’hui n’est point un dialogue avec les autres civilisations mais un vrai dialogue avec elle-même, avec les facettes d’elle-même qu’elle s’est trop longtemps refusée à voir et qui l’empêche encore de mettre en valeur la richesse des traditions religieuses et philosophiques qui la constituent. L’Europe doit se réconcilier avec la diversité de son passé afin de maîtriser le pluralisme impératif de son avenir. L’approche réductrice du Pape n’aide pas à la réalisation de cette réappropriation : une approche critique ne devrait point attendre de lui des excuses mais simplement, raisonnablement, lui prouver qu’il se trompe historiquement, scientifiquement et, au fond, spirituellement. Ce serait également un moyen pour les musulmans d’aujourd’hui de se réconcilier avec l’édifiante créativité des penseurs musulmans européens du passé qui non seulement étaient intégrés mais qui ont profondément contribué, nourri et enrichi de leurs réflexions critiques l’Europe comme l’Occident ».

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