| « Quand
c'est urgent, il est déjà trop tard ! » Talleyrand
Citation invitée Vini, vidi,… Vinci… !
Un Grand Capitaine… d'industrie (au choix)… d'après
César (Jules) in " La guerre des Egos"
GOUVERNANCE (sic)
Non, il ne s'agit pas d'incident (s),
d'accident (s), voire d'une série noire ! Au niveau atteint,
c'est un festival qui nous est offert. Un festival dont le sujet
pourrait être : "Tout ce que vous auriez voulu savoir
sur ce que ne devrait pas être la gouvernance d'entreprise
et que vous n'imaginiez pas qu'on puisse vous le servir sur un plateau".
Vinci, EADS, GdF-Suez, Mittal-Arcelor,
pour ne citer que les stars… parce qu'il en est d'autres,
violettes cachées, dont les performances,… discrètes…,
ne retiennent pas les projecteurs de la médiatisation ordinaire.
Nous n'avons, hélas, même
pas la satisfaction, amère certes mais la satisfaction tout
de même, d'être les premiers, ni les seuls à
pratiquer, la pédagogie par le contre-exemple.
Evidemment, les "Humeurs"
n'étaient pas dans les secrets, pas plus qu'elles n'ont participé,
inspiré, voire téléguidé, tout ou partie
des événements récents mais elles ont toujours
pensé qu'un regard attentif, innocent et détaché
porté sur tout iceberg dévoilait généralement
toute l'impudeur des jeux menés sous la surface. Ce qui compte,
en effet, ce ne sont pas tant les gestes élémentaires
(qui relèvent selon les cas des alcôves ou des poubelles)
mais les résultats dont l'analyse indifférente éclaire
brutalement la genèse. En l'occurrence, d'ailleurs, les hommes
ou femmes concernés, importent infiniment moins que les politiques,
les stratégies et les tactiques que leurs comportements révèlent.
"Sans plaisir et sans haine, comme
un garçon boucher" (dans le texte du commentaire du
documentaire de Franju "Le sang des bêtes"), nous
allons essayer de comprendre, moins le "pourquoi" (il
naît dans l'hypertrophie de l'ego) que le "comment".
Sans illusions excessives sur les améliorations que pourrait
apporter la considération de notre exploration.
DES CAS APPARAMMENT SANS AUCUN RAPPORT
Quatre entreprises, importantes et dont
le rayonnement dépasse largement les frontières de
notre pays. Quatre entreprises projetées sur la scène
publique dans des contextes qui n'ont aucun rapport. Quatre entreprises,
pourtant, qui révèlent l'existence de dysfonctionnements
importants à des niveaux de conception divers mais qui relèvent
tous de leur direction. Quatre entreprises, enfin, qui, si elles
jouissent de situations administratives différentes au regard
de la puissance publique, éveillent, à tort ou a raison,
l'inquiétude des Pouvoirs publics, des partis politiques
et des syndicats. Quant aux pékins vulgaires (vous et moi),
ils hésitent entre un nouvel épisode d'une série
télévisée, une indignation plus ou moins justifiée
et la certitude de ne jamais savoir le fin mot de l'affaire…
en supposant qu'il y en ait un.
Une chose est sûre, la lorgnette
des observateurs sera saisie par le petit bout : dans tout autre
cas, le grossissement maximum ne ferait que révéler
des insuffisances que certains subodorent mais dont personne ne
tient à ce qu'elles puissent même être suggérées.
Rien ne vaut un bon bouc émissaire, voire plusieurs (le nombre
fait toujours effet et permet au vulgaire de croire que le sujet
est épuisé), qui focalisera (focaliseront) les regards
sur l'accessoire, les hommes et femmes, en évitant d'examiner
le système et ses imperfections.
Bien, essayons de qualifier les problèmes rencontrés
par ces entreprises sans porter quelque jugement que ce soit sur
le fond.
Quelques remarques préliminaires
:
• aussi simples et évidentes
que les choses paraissent, la réalité est toujours
beaucoup plus complexe ;
• il arrive, mais c'est rare, que les carottes soient vraiment
des carottes ;
• dans un système complexe, rien ne peut être
isolé de l'ensemble.
Par conséquent, la plus totale
des prudences doit gouverner toute tentative de description. Une
assurance de plus : ne jamais perdre de vue ce proverbe chinois,
sage entre tous, "quand ma bouche et mon bras sont en désaccord,
je crois à mon bras !"
Vinci ? Un dirigeant s'octroie des rémunérations somptueuses,
apparemment exagérées aux yeux de certains. Il est
accusé, jugé, exécuté. Certes, certes,
…, mais comme disait Brecht : "Napoléon a gagné
la bataille d'Austerlitz !" et il ajoutait : "Tout seul
?" Pourquoi ce tintamarre ?
EADS ? Ici déjà, rien
qu'à l'exposé des faits, tout se complique. D'une
part, la mise au point de deux nouveaux modèles d'Airbus
rencontre des difficultés imprévues (?). De manière
concomitante, l'action baisse. D'autre part, quelques semaines avant
que la nouvelle soit officiellement annoncée, des actionnaires
vendent d'importants paquets d'actions, d'autres lèvent des
options. Ayant réalisés ces opérations "au
plus haut", ils réalisent d'importantes plus values
et matérialisent d'intéressants résultats financiers.
Pourquoi ce tintamarre ? Dernière minute :
M. Noël Forgeard, EADS : poubelle
ou disgrâce passagère ?
M. Louis Gallois, SNCF : EADS : développeur ou pompier ?
Mme Anne-Marie Idrac, RATP : SNCF : une indiscutable promotion !
M. Pierre Mongin, DirCab de M.de Villepin : RATP*: un fidèle
mais l'avenir nous dira s'il est un virus, un vaccin ou porteur
d'avenir ?
Arcélor-Mittal ? Une entreprise
est soumise à une OPA jugée inamicale dans un premier
temps. Après une bataille pleine de rebondissements, la proposition
réévaluée, reconsidérée est acceptée
par les actionnaires. Pourquoi ce tintamarre ?
GdF-Suez ? Le sac de nœuds ! Suez,
entreprise privée, et GdF, entreprise publique, envisagent
depuis longtemps un rapprochement dont le résultat apparaît
positif aussi bien aux actionnaires qu'aux clients que nous sommes.
Deux "os" : d'une part, il faudrait autoriser GdF à
ouvrir son capital (en d'autres termes"privatiser), opération
dont la seule mention donne des boutons à l'opposition et
aux syndicats bien qu'elle ne présente que des avantages
à court, moyen et long termes: d'autre part, l'Italien Enel
croquerait Suez avec plaisir et la bienveillance de Bruxelles.On
en est là !
S'il apparaît quelque chose de
commun dans ces accès de fièvre plus ou moins graves,
c'est le caractère de personnalisation qu'ils manifestent.
Ce n'est pas d'entreprises industrielles ou commerciales qu'il s'agit
mais de MM. Forgeard, Zacharias, Dollé…, le cas GdF-Suez,
le seul véritable problème politique -au sens noble
du terme- est à disjoindre. Il ne s'agit pas de froissements
collectifs d'égos mais de contrôle à terme de
la politique énergétique
QUAND MA BOUCHE ET MON BRAS…
Nous avons déjà souvent
cité (dans le chapô, encore) cette perle de sagesse
chinoise. Si la parole a été donnée à
l'Homme (terme générique) pour déguiser sa
pensée, selon la Sagesse des nations, le geste qui l'accompagne
constitue toujours l'éclatant témoignage de la réalité
de l'individu, du groupe, voire du clan.
Au-delà donc des déclarations,
des explications et des justifications, abandonnons notre oreille
pour examiner avec attention, les diverses démarches dont
seules les conséquences seront enregistrées par la
chronique et la mémoire sociale.
Vinci ? Depuis un certain temps, M.
Zacharias, dirigeant adroit (les résultats de l'entreprise
témoignent de sa qualité) désigne, puis élimine
des "dauphins" éventuels. Chaque fois, et selon
un scénario bien au point, il choisit, s'interroge et renvoie
la personnalité en laquelle il avait cru pouvoir compter
pour lui succéder. Il est clair qu'ayant une idée
claire, et haute, des qualités nécessaires à
l'impétrant pour réussir, son choix ne pouvait soudainement
devenir définitif. Ce qui a changé, c'est que si,
jusque-là, le candidat s'est effacé sans mot dire,
le dernier en date n'a pas accepté un verdict qui lui a paru
non seulement contestable mais parfaitement injuste. Il a réagi
en portant sur la place publique (en fait, devant le Conseil…,
mais on n'est jamais à l'abri des "bavards"…)
la "dénonciation" d'un appétit, voire d'une
gloutonnerie financière exagérée. L'épreuve
de force a tourné à l'avantage du contestataire. Bel
exemple d'une chute où le narcissisme d'un dirigeant, jusque-là
masqué par le silence des lieux de pouvoir, n'a pu vaincre
le tumulte créé par sa révélation publique.
Alors, Vinci ? Une simple et triste
affaire d'ego. L'impossibilité pour un grand dirigeant d'accepter
que l'heure était venue de transmettre les rênes à
la génération suivante.
EADS ? Voilà longtemps déjà,
et de manière récurrente, que des tiraillements pouvaient
être observés au niveau de l'organisation de cette
entreprise à la gestion bicéphale. Là, comme
ailleurs dans des circonstances analogues, la rivalité et,
par conséquent, la lutte pour la conquête d'un pouvoir
sans partage ne pouvait manquer de rebondir et de s'étaler
sur la place publique. Jusqu'ici, les imperfections (ah, ce goût
de la litote) de gestion pouvaient être masquées car
elles n'avaient jamais dépassé un niveau, disons acceptable,
et compatible avec la nouveauté des procédures. Mais
cet accident de parcours, si soudain, si imprévu (?) et d'une
telle ampleur ne peut que faire naître des interrogations.
Certes, et l'annonce des problèmes
rencontrés par le concurrent Boeing arrivent à point
nommé, ces accidents sont courants concernant des programmes
de cette étendue mais ce qui semble incroyable c'est qu'ils
sont présentés comme totalement imprévus :
quasi-ment une surprise divine. Vue de l'extérieur, "on"
pourrait croire à une mauvaise gestion du "lancer de
peaux de bananes". Liant habilement(?) une éventuelle
performance d'un délit d'initié -qui reste d'ailleurs
à prouver, même si la ressemblance est frappante- à
cet accident de parcours (que les autorités auraient bien
voulu banaliser), la partie française se trouvait sérieusement
déstabilisée. Alors ? Un épisode supplémentaire
d'une guerre de pouvoir autour d'un mastodonte industriel dont les
conséquences continueront à empoisonner toute recherche
de solution efficace, durable et porteuse de progrès. Coup
double ? Et si Noël Forgeard savait qu'il serait démissionnaire
sous peu, et si sa levée de stock-options en famille était
une manière détournée de lui attribuer un bonus
? Bref, voilà que les couloirs bruissent d'une critique renouvelée
du bicéphalisme dirigeant auquel il faudra bien, un jour
prochain, mettre fin. Apparemment un match nul -pour le moment-
mais un feuilleton à suivre, n'en doutons pas.
Arcelor-Mittal ? L'achat disputé et discutable d'une entité
canadienne a sérieusement dégarni les arrières
d'Arcelor. Mittal en a donc profité pour attaquer de front
ce fleuron des aciers spéciaux. Le P.-D.G. d'Arcelor, pris
au piège, a tenté d'utiliser tous les moyens, dont
certains étaient à peine recommandables, pour éviter
l'OPA lancée par Mittal. Malheureusement pour lui, l'heure
n'est plus aux cocoricos nationalistes et certaines alliances discutables
ont été unanimement rejetées par la quasi totalité
des actionnaires. Le refus coûtera une centaine de millions
d'euros de dédit, le prix d'un ego aveuglant. Arcelor perd
son indépendance dans des conditions probablement moins intéressantes
que celles qui auraient pu être obtenues au cours d'une négociation
engagée dès le début de préférence
à un baroud sans honneur.
GdF-Suez ? En fait, le seul problème
où la politique prend tout son sens. Si les trois cas précédents
sont obscurcis par le déroulement de minables luttes de pouvoir
qu'elles se déroulent entre individus, clans, voire Etats,
celui-ci relève clairement de la détermination de
la politique d'approvisionnement en énergie que la France
entend mener sur le plan mondial au travers d'alliances européennes.
Quelles que soient les réticences bruxelloises dont les appréciations
prétendument antimonopolistes nous ont éconduit du
marché de l'aluminium, un rapprochement entre GdF et Suez
devrait permettre à la nouvelle entité de garder une
possibilité de contrôle sur les prix pratiqués
à l'avenir. Ce qui ne signifie nullement d'écarter
la possibilité d'un rapprochement supplémentaire,
et ultérieur, avec ENEL…sur des bases beau-coup plus
favorables à l'actionnariat des protagonistes actuels. Certes
le problème se pose de l'ouverture du capital de GdF. Dans
le contexte européen, celui-ci est inévitable si l'on
entend que notre société, actuellement nationale,
demeure un acteur de la politique européenne de l'énergie.
En effet, réduite à ses acquis nationaux et à
ses financements publics, l'entreprise ne sera bientôt plus
qu'un distribu-teur prisonnier d'opérateurs à la puissance
desquels il sera incapable de résister.
Dans ce cas, il ne s'agit plus des egos
de quelque "patron" narcissique mais du poids d'une idéologie
dépassée. Il y a longtemps que la plupart de nos partenaires
ont saisi que le contrôle d'une situation économique
ne dépend pas de la possession de la totalité des
actions d'une entreprise, voire d'une majorité d'ailleurs.
En l'occurrence, ce qui inquiète, c'est plutôt le maintien
d'avantages souvent discutables au niveau de la gestion des personnels.
Les protagonistes devraient envisager la situation de ces personnels
dans l'éventualité du bouleversement qu'entraînera
la libéralisation prochaine du marché de l'énergie.
En carré, comme à Waterloo, nous ne manquerons pas
de mourir sans nous rendre, tout en assistant aux performances techniques
et financières d'une alliance internationale que nous aurons
refusée.
MOINS QU'UN SOUFFLE, UN BAISER…
Résumons ! Finalement, ce qu'il
ressort de ce tour de pâté industriel et commercial,
c'est que l'origine du mal est unique : l'incompréhension
d'une notion élémentaire, la liberté d'entreprise.
La liberté, contrairement à
ce qu'un vain peuple en pense, ne se prévoit pas, elle s'exerce.
Dans un monde d'adultes, si cet exercice porte dommage à
la collectivité ou à l'individu, il existe un système,
la loi, qui permet de réguler les interactions. Par conséquent,
ce qui est important ce qui compte, c'est moins ce qui se fait que
le contrôle que nous pouvons avoir à chaque instant
sur le déroulement d'une opération. Les divers exemples
que nous étudions dans le cadre de ces "Humeurs"
pèchent tous de manière identique quelles que soient
les situations factuelles : aucun des choix affichés n'a
fait l'objet d'un contrôle permanent. Qui a mis en cause les
émoluments que s'est accordé M. Zacharias ? Qui a
questionné la légitimité stratégique
des choix de M. Dollé ? Qui a contrôlé les prévisions
et les réponses organisationnelles envisagées par
Airbus Industries ? Qui, enfin, exposera sur la place publique les
enjeux réels du rapprochement GdF-Suez et son préalable,
l'ouverture du capital de GdF. Ce faisant, qui osera mettre les
opposants, syndicats et partis, devant leurs responsabilités
?
Bref, ce qui caractérise ces
situations, c'est l'absence d'une "culture du contrôle"
des stratégies que les dirigeants entendent mettre en œuvre.
Quelle que soit la confiance dont un dirigeant, homme ou femme,
est porteur, c'est sa grandeur que de justifier les démarches
qu'il entreprend. Plus il est clair, plus l'équipe qui l'entoure
est à même de participer au progrès envisagé.
En fait, dans un monde de moins en moins taylorien, les erreurs
que nous observons naissent d'exercices du pouvoir qui ne tiennent
pas compte des évolutions socio-sociétales. Il ne
s'agit plus d'envisager des opérations tactiques mais bien
de proposer les politiques et leurs déclinaisons en stratégies.
Pourquoi lier Arcelor à Mittal ? Posée comme cela,
la réponse attendue n'est certainement pas pour flatter l'ego
de M. Mittal ou celui de M.Arcelor ! Pourquoi cultiver M. Vincy
dans un bain d'or ? Pourquoi rapprocher Suez de GdF ? Pourquoi avoir
créé EADS ? Est-ce pour gonfler la poitrine de Mme
France ou celle de Mme Allemagne ?
Quand nous aurons cessé de nous
restreindre aux "comment" du quotidien, nous saurons énoncer
les "pourquoi" de nos projections futures et choisir les
"où" que nous envisageons d'atteindre. Les"comment"
alors, iront de soi. Trois fois rien ! Mais comme disait Raymond
Devos : "un rien, c'est rien mais trois fois rien, c'est déjà
quelque chose !"
Une autre gouvernance ou enfin la gouvernance
?
Qu'en pensez-vous ?
Romain JACOUD
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