La
France au cœur des Français
Il peut paraître puéril de
voir la France entière se mobiliser autour de l'aventure
de la coupe du monde de foot, alors que les fissures de la société
française prennent des allures de fossés infranchissables.
(…) Les jeunes et les moins jeunes,
les immigrés récents ou non, les cadres et les smicards,
les partisans de Ségolène Royal et ceux de Nicolas
Sarkozy vont se retrouver dans les cafés, les restaurants,
les cantines pour commenter ensemble, au coude à coude
et avec la même ferveur, des résultats brillants,
encourageants, inquiétants.., d'une équipe de France
qu'ils ne quitteront ni des yeux ni du cœur (…).
Car il y a dans ce peuple qui se décompose
une étonnante capacité à rassembler toutes
ses valeurs le temps d'un feu d'artifice.
Communion factice, provisoire, au ras des
pâquerettes et pour des prunes ... souriront certains, nombreux
sans doute, qui voient les revers de la médaille. Les salaires
exorbitants de joueurs déifiés, les corruptions,
les magouilles, les dopages, les intérêts financiers,
les violences dans les stades.
(…) Ce peuple sans patrie que nous
sommes devenus, qui n'est presque plus une nation et ne sait plus
où puiser la joie et la force d'être lui-même,
s'il lui suffit de la victoire dans les stades pour se retrouver,
c'est que la France coule encore quelque part dans ses veines.
II reste encore la France au
fond du coeur de ceux qui n'aiment plus la France. Elle ressurgit
aux jours d'espoir de gloire comme une soif oubliée, comme
un amour de jeunesse que l’on n'en finit pas de regretter;
elle reste cette fierté désirée, cette nostalgie
d'un bonheur de vivre ensemble que l'on voudrait inconsciemment
voir renaître. C'est ce que la grande majorité de
ceux qui brandissent les fanions tricolores sur les gradins des
stades vont rechercher, le plus souvent à leur insu, en
célébrant tous ensemble la grande messe du sport.
Sport collectif, devenu davantage spectacle que dépassement
de soi, mais qui véhicule des valeurs essentielles appartenant
au patrimoine universel français : le goût de
l'effort, l'oubli de soi, le "fair-play" appelé
chez nous savoir-vivre, la droiture, le sens de l'équipe.
Des qualités françaises qui laissent penser que
ce n'est pas un hasard si c'est un Français qui a ressuscité
pour notre époque les Olympiades de l'Antiquité
grecque.
Nicole BURON extrait de « Permanences », N°431
–juin 2006 , 49 rue des Renaudes 75017 PARIS