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Un
homme voyait clair en 1916, aujourd’hui il est Bienheureux…
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Lire peut être une grâce. En 1916, le Père
Charles de Foucauld répondait à René Bazin.
Il est urgent de nous remettre tous à lire…
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Par-delà
le Temps, nous devons tirer les leçons d’une si puissante
réflexion, faîte dans l’amour de son prochain. Seuls
les sots obtus ne voudront pas entendre le mot « race » dans
sons sens antique, qui n’ a rien de « racial ».
Pied de nez du temps écoulé, le Père Charles de Foucauld
voyait une belle mission pour les cadets de France : faire aimer la France
dans les territoires africains de la mère patrie, y rendre les
âmes françaises…
Aujourd’hui, le gouvernement espère
faire d’une jeunesse des banlieues, issue de l’immigration,
des « cadets de la république ».
Le Père Charles de Foucauld nous trace peut-être une voie.
Le travail qu’il a entrepris en terre africaine, sans que la République
y adhère, si nous le reprenions sur la terre française des
banlieues, avec tous nos jeunes « cadets » de France, sur
toute la terre de France, malgré la République qui ne croit
plus à la France depuis bien longtemps…
Voilà un défi de taille ! A entreprendre, en suivant strictement
la voie tracée par le Bienheureux Charles de Foucauld.
Nous remercions grandement Luc Paris… « Koubiak2 »,
« marcfr » et « voivio » qui par le biais d’une
amicale chaîne de correspondance nous ont adressé ce très
beau texte.
Mais lisons et méditons…
Portemont
JESUS CARITAS,
Tamanrasset, par Insalah, via Biskra, Algérie, 29 juillet 1916.
" Monsieur, Je vous remercie
infiniment d'avoir bien voulu répondre à ma lettre, au milieu
de tant de travaux, et si fraternellement. Je pourrais, m'écrivez-vous,
vous dire utilement la vie du missionnaire parmi les populations musulmanes,
mon sentiment sur ce qu'on peut attendre d'une politique qui ne cherche
pas à convertir les musulmans par l'exemple et par l'éducation
et qui par conséquent maintient le mahométisme, enfin des
conversations avec des personnages du désert sur les affaires d'Europe
et sur la guerre.
I. Vie du missionnaire parmi
les populations musulmanes
Habituellement chaque mission comprend
plusieurs prêtres, au moins deux ou trois ; ils se partagent le
travail qui consiste surtout en relations avec les indigènes (les
visiter et recevoir leurs visites) ; oeuvres de bienfaisance (aumônes,
dispensaires) ; oeuvres d'éducation (écoles d'enfants, écoles
du soir pour les adultes, ateliers pour les adolescents) ; ministère
paroissial (pour les convertis et ceux qui veulent s'instruire dans la
religion chrétienne). Je ne suis pas en état de vous décrire
cette vie qui, dans ma solitude au milieu de populations très disséminées
et encore très éloignées d'esprit et de coeur, n'est
pas la mienne... Les missionnaires isolés comme moi sont fort rares.
Leur rôle est de préparer la voie, en sorte que les missions
qui les remplaceront trouvent une population amie et confiante, des âmes
quelque peu préparées au
christianisme, et, si faire se peut, quelques chrétiens. Vous avez
en partie décrit leurs devoirs dans votre article : " Le plus
grand service " (Écho de Paris, 22 janvier 1916). Il faut
nous faire accepter des musulmans, devenir pour eux l'ami sûr, à
qui on va quand on est dans le doute ou la peine, sur l'affection, la
sagesse et la justice duquel on compte absolument. Ce n'est que quand
on est arrivé là qu'on peut arriver à faire du bien
à leurs âmes. Inspirer une confiance absolue en notre véracité,
en la droiture de nôtre caractère, et en notre instruction
supérieure, donner une idée de nôtre religion par
notre bonté et nos vertus, être en relations affectueuses
avec autant d'âmes qu'on le peut, musulmanes ou chrétiennes,
indigènes ou françaises, c'est notre premier devoir : ce
n'est qu'après l'avoir bien rempli, assez longtemps, qu'on peut
faire du bien.
Ma vie consiste donc à être le plus possible en relation
avec ce qui m'entoure et à rendre tous les services que je peux.
À mesure que l'intimité s'établit, je parle, toujours
ou presque toujours en tête à tête, du bon Dieu, brièvement,
donnant à chacun ce qu'il peut porter, fuite du péché,
acte d'amour parfait, acte de contrition parfaite, les deux grands commandements
de l'amour de Dieu et du prochain, examen de conscience, méditation
des fins dernières, à la vue de la créature penser
à Dieu, etc., donnant à chacun selon ses forces et avançant
lentement, prudemment.
Il y a fort peu de missionnaires isolés faisant cet office de défricheur
; je voudrais qu'il y en eût beaucoup : tout curé d'Algérie,
de Tunisie ou du Maroc, tout aumônier militaire, tout pieux catholique
laïc (à l'exemple de Priscille et d'Aquila), pourrait l'être.
Le gouvernement interdit au clergé séculier de faire de
la propagande anti-musulmane ; mais il s'agit de propagande ouverte et
plus ou moins bruyante : les relations amicales avec beaucoup d'indigènes,
tendant à amener lentement, doucement, silencieusement, les musulmans
à se rapprocher des chrétiens devenus leurs amis, ne peuvent
être interdites par personne. Tout curé de nos colonies,
pourrait s'efforcer de former beaucoup de ses paroissiens et paroissiennes
à être des Priscille et des Aquila. Il y a toute une propagande
tendre et discrète à faire auprès des indigènes
infidèles, propagande qui veut avant tout de la bonté, de
l'amour et de la prudence, comme quand nous voulons ramener à Dieu
un parent qui a perdu la foi...
Espérons qu'après la victoire, nos colonies prendront un
nouvel essor. Quelle belle mission pour nos cadets de France, d'aller
coloniser dans les territoires africains de la mère patrie, non
pour s'y enrichir, mais pour y faire aimer la France, y rendre les âmes
françaises et surtout leur procurer le salut éternel, étant
avant tout des Priscille et des Aquila !
II. Comment franciser les
peuples de notre empire africain
Ma pensée est que si, petit
à petit, doucement, les musulmans de nôtre empire colonial
du nord de l'Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement
nationaliste analogue à. celui de la Turquie : une élite
intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à
la française, sans avoir l'esprit ni le coeur français,
élite qui aura perdu toute foi islamique, mais qui en gardera l'étiquette
pour pouvoir par elle influencer les masses ; d'autre part, la masse des
nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de
nous, fermement mahométane, portée à la haine et
au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts,
par les contacts qu'elle a avec les Français (représentants
de l'autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent
ne sont pas propres à nous faire aimer d'elle. Le sentiment national
ou barbaresque s'exaltera dans l'élite instruite : quand elle en
trouvera l'occasion, par exemple lors de difficultés de la France
au-dedans ou au-dehors, elle se servira de l'islam comme d'un levier pour
soulever la masse ignorante, et cherchera à créer un empire
africain musulman indépendant.
L'empire Nord-Ouest-Africain de la France, Algérie, Maroc, Tunisie,
Afrique occidentale française, etc., a 30 millions d'habitants
; il en aura, grâce à la paix, le double dans cinquante ans.
Il sera alors en plein progrès matériel, riche, sillonné
de chemins de fer, peuplé d'habitants rompus au maniement de nos
armes, dont l'élite aura reçu l'instruction dans nos écoles.
Si nous n'avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous
chasseront. Le seul moyen qu'ils deviennent Français est qu'ils
deviennent chrétiens. Il ne s'agit pas de les convertir en un jour
ni par force mais tendrement, discrètement, par persuasion, bon
exemple, bonne éducation, instruction, grâce à une
prise de contact étroite et affectueuse, oeuvre surtout de laïcs
français qui peuvent être bien plus nombreux que les prêtres
et prendre un contact plus intime.
Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ? Exceptionnellement,
oui. D’une manière générale, non. Plusieurs
dogmes fondamentaux musulmans s'y opposent ; avec certains il y a des
accommodements ; avec l'un, celui du medhi, il n'y en a pas : tout musulman,
(je ne parle pas des libres-penseurs qui ont perdu la foi), croit qu'à
l'approche du jugement dernier le medhi surviendra, déclarera la
guerre sainte, et établira l'islam par toute la terre, après
avoir exterminé ou subjugué tous les non musulmans. Dans
cette foi, le musulman regarde l'islam comme sa vraie patrie et les peuples
non musulmans comme destinés à être tôt ou tard
subjugués par lui musulman ou ses descendants ; s'il est soumis
à une nation non musulmane, c'est une épreuve passagère
; sa foi l'assure qu'il en sortira et triomphera à son tour de
ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l' engage à
subir avec calme son épreuve; " l'oiseau pris au piège
qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes s'il se tient
tranquille, il se trouve intact le jour de la libération ",
disent-ils ; ils peuvent préférer telle nation à
une autre, aimer mieux être soumis aux Français qu'aux Allemands,
parce qu'ils savent les premiers plus doux ; ils peuvent être attachés
à tel ou tel Français, comme on est attaché à
un ami étranger; ils peuvent se battre avec un grand courage pour
la France, par sentiment d'honneur, caractère guerrier, esprit
de corps, fidélité à la parole, comme les militaires
de fortune des XVIe et XVIIe siècles mais, d'une façon générale,
sauf exception, tant qu'ils seront musulmans, ils ne seront pas Français,
ils attendront plus ou moins patiemment le jour du medhi, en lequel ils
soumettront la France.
De là vient que nos Algériens musulmans sont si peu empressés
à demander la nationalité française : comment demander
à faire partie d'un peuple étranger qu'on sait devoir être
infailliblement vaincu et subjugué par le peuple auquel on appartient
soi-même ? Ce changement de nationalité implique vraiment
une sorte d'apostasie, un renoncement à la foi du medhi..
III. Conversation avec des
personnages du désert sur les affaires de l'Europe et sur la guerre
Je n'en ai pas. Je n'ai jamais cessé
de dire aux indigènes que cette guerre est chose sans gravité
: deux gros pays ont voulu en manger deux petits ; les autres gros pays,
tel que les Anglais, les Russes et nous, leur font la guerre non seulement
pour empêcher cette injustice, mais pour ôter à ces
deux voleurs la force de recommencer ; quand ils seront bien corrigés
et affaiblis on leur accordera la paix ; cela durera ce que cela durera,
le résultat ne présente aucun doute, et nous avons l'habitude
d'aller lentement mais sûrement... Les gens de ce pays reculé
sont d'une telle ignorance que tout détail supplémentaire
les induirait en erreur : ils ne comprendraient pas, et se feraient des
idées fausses.
La main-d'oeuvre polonaise
Votre article sur la main-d'oeuvre étrangère (L'Écho
de Paris du 28 mai 1916), et ce que vous y dites avec tant de vérité
des Polonais me porte à vous parler d'un ami... qui a consacré
sa vie à l'étude et au relèvement de la Pologne,
sa patrie ; il travaille à la relever surtout par la pureté
des moeurs, l'austérité de la vie et le renoncement à
l'alcool. Voyant avec douleur beaucoup de Polonais partir annuellement
pour l'Amérique où ils perdent leurs âmes, il cherche
à détourner ce mouvement d'émigration vers la France
et les colonies françaises du Nord de l'Afrique, Algérie,
Maroc, Tunisie. Depuis trois ou quatre ans il a fait parvenir des propositions
à ce sujet aux autorités françaises d'Algérie
et du Maroc, offrant de diriger sur ces pays des familles choisies de
Polonais. Rien de ce qu il a proposé n'a été exécuté
jusqu'a présent. L'heure viendra peut-être bientôt
de reprendre son idée et de l'appliquer non seulement à
l'Algérie, à la Tunisie et au Maroc, mais aussi à
la France...
Les Kabyles
Comme vous, je désire ardemment que la France reste aux Français,
et que notre race reste pure. Pourtant je me réjouis de voir beaucoup
de Kabyles travailler en France ; cela semble peu dangereux pour notre
race, car la presque totalité des Kabyles, amoureux de leur pays,
ne veulent que faire un pécule et regagner leurs montagnes.
Si le contact de bons chrétiens établis en Kabylie est propre
à convertir et à franciser les Kabyles, combien plus la
vie prolongée au milieu des chrétiens de France est-elle
capable de produire cet effet.
Les berbères marocains, frères des Kabyles, sont encore
par trop rudes ; ils seront pareils aux Kabyles, quand, comme eux, ils
auront soixante ans de domination française. Saint Augustin aimait
la langue punique, parce que, disait-il, c'était la langue de sa
mère : qu'était la race de sainte Monique dont la langue
était la punique ? La race berbère ? Si la race berbère
nous a donné sainte Monique et en partie saint Augustin, voilà
qui est bien rassurant. N'empêche que les Kabyles ne sont pas aujourd'hui
ce qu'étaient leurs ancêtres du IVe siècle : leurs
hommes ne sont pas ce que nous voulons pour nos filles ; leurs filles
ne sont pas capables de faire les bonnes mères de famille que nous
voulons.
Pour que les Kabyles deviennent français, il faudra pourtant que
des mariages deviennent possibles entre eux et nous : le christianisme
seul, en donnant même éducation, mêmes principes, en
cherchant à inspirer mêmes sentiments, arrivera, avec le
temps, à combler en partie l'abîme qui existe maintenant.
En me recommandant fraternellement à vos prières, ainsi
que nos Touaregs, et en vous remerciant encore de votre lettre, je vous
prie d'agréer l'expression de mon religieux et respectueux dévouement.
Votre humble serviteur dans le Coeur de Jésus. "
Charles de FOUCAULD
Lettre adressée à René Bazin, de l'Académie
française, président de la Corporation des publicistes chrétiens,
parue dans le Bulletin du Bureau catholique de presse, n° 5, octobre
1917. Titre et intertitres d'origine. Source : archives familiales, «
Les Rangeardières ». Paru dans Liberté politique n°
25, printemps 2004.
Pour en savoir plus, lire la biographie indépassable de
René Bazin, Charles de Foucauld, explorateur du Maroc,
ermite au Sahara (Nouvelle cité, rééd. 2004)
Le commentaire exclusif du Père André Manaranche
sj : "Foucauld béatifié, l'aventure sur les
autels"
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Bonne lecture.
Le 22 novembre 2005.
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