jeudi 09 février 2012

Nous contacter


Effectuer
une recherche
sur le site :


Pour recevoir
la Lettre
des Manants du Roi, j'inscris mon
adresse courriel :

 

 

Un pavé d’or dans la mare !

Le regard que certains « économistes » portent sur notre société est passionnant.
Paul Fabra, dans sa chronique du vendredi 4 novembre 2005 dans le quotidien « Les Echos », a porté un regard d’aigle !

Afin de l’aiguiser il a porté ses yeux sur l’Espagne, cette même Espagne qui nous arrache des Oh ! et de Ah !, quand ce n’est pas des Grrrr !…
Paul Fava s’en tient à un regard d’économiste et rien d’autre.

Il ouvre sa réflexion sur des résultats. Le dernier en date avait de quoi faire pâlir : « Au troisième trimestre de cette année, le taux de chômage en Espagne est tombé au-dessous de la moyenne européenne. » Il nous précise que cela n’était jamais encore arrivé depuis la date d’entrée de l’Espagne dans la Communauté européenne( 1986).

Ce résultat, fruit de ce que tout le monde appelle « l’exceptionnel dynamisme de l’économie espagnole », Paul favela n’entend pas le minimiser.
Il y met un bémol : « Mais il s’agit aussi d’un bon poste d’observation pour s’interroger sur les limites, voire, jusqu’à un certain point, l’illusion des performances économiques actuelles dans l’Europe de l’Ouest, sans parler des Etats-Unis. »

Le chroniqueur nous rappelle qu’il y a tout juste un demi-siècle que s’est formée en Espagne une « vaste classe moyenne formant la majorité de la population… Vivace y est la mémoire des transformations sociales profondes qui en sont résultées ; tout aussi aiguë la conscience que les espoirs légitimes qu’elles avaient suscitées se sont soudainement et inexplicablement évanouis pour beaucoup de jeunes. »

Et de rappeler aussi qu’aucune tranche d’âge, dans toute l’histoire de l’Espagne, n’avait été mieux préparée que celle née entre 1965 et 1980, c’est-à-dire que celle qui a, aujourd’hui entre 25 et 40 ans. Jamais cette tranche ne fut plus nombreuse, ni élevée avec « plus d’enthousiasme familial dans l’idée de construire une société et une économie modernes. »
Le décor est rappelé et planté.

Rattrapons le présent :
« Aujourd’hui, plus de la moitié des contrats d’embauche signés par des jeunes l’ont été pour une durée déterminée, le plus souvent six mois(la loi va changer). Pas plus de 40% des personnes en âge de travailler et ayant fait des études supérieures occupent un poste de travail correspondant à leur niveau de formation. »
Le tableau se lézarde…

Paul Favela cite le grand quotidien « El Pais » qui,dans son édition du dimanche 23 octobre 2005, consacrait un long article à « La génération des mille euros ».
Cette génération de jeunes gens passe d’un « boulot » précaire à un autre boulot précaire, toujours loin de ses aspirations. « En moyenne, ils gagnent quelque 1000 euros par mois. »
Si le modèle de vie a changé, comme le dit si bien Carolina, l’inventrice du néologisme « mileurista » : « on finit par s’en lasser ».
Carolina partage à Barcelone un petit appartement avec trois copines et confie : « Tu peux décider de partit loin, sans consulter personne et rompre avec tout. »

Le tableau s’écaille.

Paul Favela s’habille en picador et plante les chiffres clefs :
« Dans les années 1960 et dans les années 1970, il naissait en Espagne quelque 650 000 bébés par an. Ce chiffre est tombé à 336 000 en 1997. Le taux de fécondité a chuté de 3 à 1,1 enfant par an, le plus bas du monde. »
Nous ne crions pas « Olé ! »…

Ne croyez pas que les « Belles Espagnoles » ne désirent plus avoir d’enfants… Elles considèrent simplement que le « nombre d’années à vivre n’est pas assez long pour arriver au « statut »(notamment matériel) qu’elles jugent désormais nécessaire pour songer à procréer. »
Et la montée « météorique » du prix des appartements et des loyers donne l’estocade à bien des espérances…
Vous allez me dire : « Mais où Paul Favela, veut-il en venir ? »
Patientez…
« …arrêtons notre courte investigation espagnole. Son mérite est précisément de faire valoir à l’œil nu un trait distinctif de l’économie contemporaine. On ne cesse d’y parler de création de valeur là où il n’y en a aucune du point de vue économique. »

La bête est à terre et les arènes sont silencieuses !
« Il est évident que le gonflement de la bulle immobilière ne crée, à l’échelle de l’économie tout entière, aucune valeur supplémentaire. »
Et Paul Favela d’enfoncer le clou : « aucun pouvoir d’achat en sus de celui qui est périodiquement créé par le système de production des biens et des services. »

De picador, Paul Favela devient matador…
Il s’attaque à l’entreprise… et s’interroge :
« Comment n’en serait-il pas de même pour la fameuse « shareholder »(la valeur actionariale) ? sauf, bien sûr, dans le cas où elle se confondrait avec une augmentation des profits distribués résultant du développement économique de l’entreprise. »

A cette étape de la corrida nous frôlons la mise à mort…
Aujourd’hui la plus-value à deux origines : « Ou bien elle découle d’une énième compression de la masse salariale, créant un effet d’optique d’élévation de la productivité (on divise le chiffre d’affaires par un nombre réduit de salariés !) . Neuf fois sur dix, ce genre d’opération traduit la véritable nature du principe sacro-saint, mais injustifié, de la maximisation du taux de profit : une confiscation partielle et illégitime de la rémunération du travail. A priori injustifié parce que , quoi qu’on puisse prétendre, il n’est qu’une seule manière de s’assurer d’un profit maximisé : s’affranchir d’une façon ou d’une autre de la concurrence pour se mettre en position de manipuler les prix de ventes. »

Reprenez votre souffle…
« Cela nous conduit tout droit à la deuxième origine habituelle de la « shareholder value ». par exemple, les fusions et acquisitions visent à tirer parti des « synergies » existant entre les sociétés concernées. Synergie est le mot passe-partout pour désigner la création d’une position plus ou moins monopolistique, en attendant l’écrasement des concurrents de plus faible envergure. Dans les deux cas, la plus-value encaissée par l’actionnaire a pour contrepartie un pouvoir d’achat amoindri des salariés. »

Et nous prenons le risque de dire que la natalité s’en ressentira…
Mais Paul Favela a en point de mire, à la pointe de son épée, le droit européen en matière de concurrence. ( Son excellent article « L’Europe dépossédée » Les Echos du 28 octobre 2005).

La commission Barroso a pour projet de faire disparaître la notion d’abus de position dominante, qui sert à ce jour, à la Commission européenne pour s’opposer à telle ou telle fusion ou acquisition.

Cette notion permet, si nécessaire, d’empêcher la constitution de groupes privés trop puissants. L’enjeu est tout autant politique qu’économique.
Mais pour le « clan » Barroso, la notion d’abus de position dominante est une entrave à l’ « efficacité économique ». Retenez bien que le critère d’efficacité économique, « c’est la poursuite sans entrave de la maximisation du profit ».
Cette réflexion devrait éclairer les esprits grincheux qui vitupèrent des cris d’orfraies à l’égard de l’Espagne, de cette Espagne qui a « légalisé », à la louche, ses « sans papier » et qui par ailleurs espèrent tout de l‘ « efficacité économique»…
« Olé ! »

Portemont, le 20 novembre 2005.

Transmettre à un ami
Imprimer

Réagir

 
© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.