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Prendre à bras le corps toute notre
mémoire et la serrer bien fort sur notre cœur…
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C’est la rentrée… Nous
allons avoir à faire face à bien des assauts. Nos
politiciens s’arrachent encore les lambeaux du pouvoir qui
subsiste et ne manquent pas de tenter de nous jeter dans de faux
combats pour leur seul profit.
Afin de ne pas nous tromper de cible, nous
laissons la parole à Chérif Lounes...
Portemont,
le 11 octobre 2005. |
Rappel du rôle des
soldats musulmans ayant combattu dans les rangs de
l'armée française.
Beaucoup de nos concitoyens, particulièrement
les nouvelles générations, semblent ignorer le rôle
et l’immense sacrifice des soldats africains toutes origines confondues,
lors de la première guerre mondiale.
Ces soldats en très grande
majorité musulmans constituaient la presque totalité de
l’Armée d’Afrique.
Aucune cérémonie spécifique
et régulière ne commémore leur participation à
ce conflit. Pourtant ces "oubliés " de l’Histoire
ont contribué à marquer le cours des événements
mondiaux de l’époque. Des hommes auxquels la France et avec
elle l’Occident doivent beaucoup.
L'Armée d’Afrique est
née en Algérie. La plus ancienne unité est celle
des Zouaves, viendront ensuite les Spahis, les Régiments de Tirailleurs
et les Goumiers, sans oublier la Légion Etrangère créée
à Sidi- Bel- Abbés.
Les soldats musulmans
sont engagés à partir du Second Empire dans de nombreux
conflits : Campagne de Crimée1854-1856, Campagne d’Italie
1859, Guerre Franco-Prussienne 1870-1871. Ils participeront de façon
massive aux deux guerres mondiales 1914-1918 et 1939-1945 et serviront
en Indochine et en Algérie.
L’ensemble de ces guerres
a coûté un million de vies humaines à l’Armée
d’Afrique*.
Pourtant aujourd’hui encore,
tout écolier français qui feuillette des manuels scolaires
d’histoire n’en trouvera guère qui mentionne
leurs noms.
Il ne s’agit pas ici de
refaire l’histoire de ces régiments d’Afrique
mais de rappeler sommairement leur participation à la "drôle
de guerre ". |
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Zouave de la Garde Impériale
au Second Empire |
Durant la guerre 14-18 les soldats
musulmans de l’Armée d’Afrique sont engagés
dès le départ en Août 1914. Pas moins de 32 bataillons
sur 40 existants en Afrique du Nord avaient été envoyés
en France.
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Les Zouaves, les Tirailleurs défilent dans Paris pour
donner confiance aux parisiens.
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Mais rapidement ils sont lancés
dans les combats où ils ont largement dépassé les
espérances qu’on avait pu fonder sur eux. Leur héroïsme
évita un plus grand désastre. Mettant fin à la dure
retraite de 300km des troupes françaises, ils respectèrent
sans faille l’ordre du général Joffre avant la bataille
de la Marne. Les termes de cet ordre ne sauraient être trop souvent
reproduit : " une troupe, qui ne peut plus avancer devra, coûte
que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place
plutôt que de reculer".
Lors de cette fameuse bataille de
la Marne, les soldats de l’Armée d’Afrique essuient
les premiers coups de feu le 05 septembre 1914. Ils furent engagés
selon le général Juin: "En spéculant uniquement
sur leur bravoure et leur esprit de sacrifice, sans leur accorder le soutien
d’un seul groupe d’Artillerie de campagne. ".
Leur discipline, leur bravoure, leur
sacrifice contraignent l’impétueuse armée de Von Kluck
à faire demi-tour et abandonner la prise de Paris alors qu’elle
ne se trouvait plus qu’à 40km de la capitale.
C’est la première retraite
de l’armée allemande. La bataille de la Marne est gagnée.
Les forces de l’Armée d’Afrique ont cruellement souffert
des hécatombes. Le chef allemand Von Kluck écrira dans ses
mémoires :
"Que des hommes couchés parterre et à demi morts
de fatigue puissent reprendre le fusil et attaquer au son du clairon,
c’est là une chose avec laquelle nous n’avions jamais
appris à compter, une possibilité dont il n’a jamais
été question dans nos écoles de guerres. "
Après la Marne et l’Yser
les régiments d’Afrique sont de toutes les offensives : Artois
mai et juin1915, Champagne 25septembre1915, La Somme 1916, Verdun 24 octobre
et 15 décembre1916, et 20août1917, La Malmaison octobre1917,
puis en 1918 de toutes les batailles de la campagne de France. Sur le
Chemin des Dames, et à Verdun, les actions de l’Armée
d’Afrique furent glorieuses.
| Le Fort de Douaumont est repris
par le Régiment d’Infanterie Colonial du Maroc, le 4ième
Régiment de Zouaves, le 4ième Régiment Mixtes
de Zouaves Tirailleurs et le 8ième Régiment de Tirailleurs
Algériens. Le Père Teilhard de Chardin, jeune brancardier
au 8ième R.T.A a jugé cette bataille en se demandant
: " Je ne sais par quelle espèce de monument le pays
élèvera plus tard en souvenir de cette lutte ". |
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Soldats du
Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc dans les fossés
du fort de Douaumont reconquis. |
Sur les 475000 hommes de l’Armée
d’Afrique près de 200000 étaient des musulmans d’Algérie,
50000 tunisiens, 35000 marocains, 130000 sénégalais, 30000
malgaches, 40000 indochinois et 3000 somalis.
Pour les pertes algériennes
on parle de 56000 morts, 80000 blessés, 9000 mutilés.
La commune de Gouraya en Algérie
revendique le douloureux honneur d’être la commune de France,
à l’époque, ayant perdu proportionnellement le plus
grand nombre de ses enfants.
Il se peut même que le soldat inconnu reposant sous l’Arc
de Triomphe soit l’un d’eux.
A la fin de la première guerre
mondiale, les emblèmes de l’Armée d’Afrique,
brillaient d’honneur bien gagnés : Les 10 palmes, la fourragère
double rouge et verte méritées par le Régiment d’Infanterie
Coloniale du Maroc en faisait le régiment le plus décoré
de France. Puis sur les 21 régiments s’étant vus décernés
6 citations à l’ordre de l’armée, pendant la
guerre 14-18, on trouve 9 corps de l’Armée d’Afrique.
Malheureusement cette histoire reste
méconnue de l’ensemble de l’opinion publique et n’est
toujours pas enseignée. Pourtant la France doit remplir ses obligations
à l’égard de ceux qui l’ont servi avec honneur.
Un pays quel qu’il soit est comptable des souffrances et des sacrifices
qu’il impose à ses citoyens.
La commémoration des soldats de l’Armée d’Afrique
doit s’inscrire dans les traditions de la République car
elle rappellera à la Nation que la présence et l’origine
des Français Musulmans en France est fort ancienne et qu’ils
ont rempli à son égard les obligations les plus terribles,
mais aussi les plus nobles, celles des sacrifices et du sang versé
pour sa liberté.
Devant le racisme et les exclusions
de toutes sortes qui envahissent notre société et qui touchent
de plus en plus la Communauté Musulmane de France, et devant les
troubles internationaux, il est crucial de faire appel à la mémoire
et au souvenir de l’Histoire de France.
Le Général de Montsabert
a écrit à propos de l’Armée d’Afrique
: "C’est une œuvre dont nous serons éternellement
fiers"*
Chérif LOUNES
*L’Armée d’Afrique
1830-1962. Direction Général R.Huré
Editeur Charles Lavauzelle-Paris1977.
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