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« Nos Seigneurs les Malades »
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Nos seigneurs, dans l’acceptation
la plus forte qu’il soit… Ils sont aussi nos maîtres.
La mesure pouvait être prise lors de notre pèlerinage
à Lourdes le 15 août 2005.
Du pèlerinage lui-même,
nous en dépeindrons nos impressions par ailleurs.
Mais nous tenons aujourd’hui à vous faire partager
toute la richesse d’une mémoire millénaire.
Elle nous fait remonter à Hippocrate qui apprit la médecine
sacerdotale de son père Héraclide.
Le Serment qui porte son nom nous annonce la parabole évangélique
du Bon Samaritain.
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Hippocrate
par Lastman Pieter (1583-1633). Lille, musée des Beaux-Arts.
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Et nous ne pouvons pas ne pas faire une pause avec Saint
Augustin. Relire sa Règle, toute empreinte de vocabulaire et de
considération médicale, s’attarder sur l’attention
qu’elle porte aux malades, aux convalescents et aux personnes de
petite santé…
De tout temps, la société des hommes a été
confrontée à la découverte et la confrontation
avec de nouveaux pauvres… Et c’est dans des périodes
d’opulence que des réponses exemplaires ont été
apportées.
La réponse de Marguerite de Flandre en fut une, au XIIIe
siècle,alors que sa contrée regorgeait de richesses.
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Portrait de Marguerite, comtesse de Flandre, épouse
de Philippe le Hardi (1350-1405). Ecole flamande. Lille, musée
de l'Hospice Comtesse. |
Depuis toujours notre humanité avance à coups
de révolutions économiques qui engendrent de nouvelles catégories
de pauvres ou de marginaux et de malades aussi…
La création de richesses, souvent toujours plus grandes
au profit de quelques-uns, génère aussi des luttes juridiques.
Aujourd’hui même certains ont la volonté de posséder
des pans entiers du patrimoine de notre humanité.
Au XIIIe siècle s’opposaient les défenseurs
du Droit romain et ceux que l’histoire nommera les légistes
ou les canonistes. Les premiers entendaient défendre la propriété
individuelle comme un droit sacré et absolu, alors que les seconds
revendiquaient un nouveau Droit évangélique du pauvre :
« Tout est commun à tous ». Il fallait entendre
que le riche devait partager sa richesse avec les pauvres dans la nécessité,
s’inspirant de l’expérience de la Première Communauté
Chrétienne dans les Actes des Apôtres.
Marguerite de Flandre choisit son « camp » et
fit construire son « hôpital » à Seclin, non
loin de Lille.
Comme dans toutes les Maisons-Dieu augustiniennes, des soignants (des
infirmiers et des infirmières) se firent religieux et religieuses,
alors que par ailleurs c’étaient des moines ou moniales qui
devenaient hospitaliers.
Au sein de sa Maison-Dieu, Jeanne de Flandre transposa toute la finesse
de la Règle de Saint Augustin. S’il était dit dans
la Règle monastique qu’il fallait admettre des différences,
des tolérances à l’égard des anciens riches
qui entraient dans le monastère, n’étant pas encore
habitués à la frugalité et l’austérité
monastiques, il fallait dispenser ces égards pour les malades et
les pauvres. Ainsi, ils devinrent les vrais Seigneurs de la Maison-Dieu
pour le temps de leur passage.
A ce titre, c’était une règle absolue
que nos Seigneurs les pauvres malades fussent servis les premiers.
Les Frères et Sœurs qui les servaient ne vouaient pas les
trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance
qu’ils prononçaient, au nom de Dieu, mais de la part des
pauvres.
C’était le pauvre à servir comme un maître qui
était à la source même des vœux…
Les pauvres malades étaient à leur insu le Visage de Dieu.
Ils étaient les ministres d’un Dieu qui leur échappait
le plus souvent…
Et dans une « révolution » audacieuse, la salle d’hôpital
devenait chapelle et oratoire sans que les malades ne bougeassent de leurs
lits.
Pour la nourriture, toujours les servir abondamment, si
nécessaire au détriment de Frères et des Sœurs.
Des draps toujours propres, quitte à les changer tous les jours
et le constant souci de la garde du malade, qui jamais, de nuit comme
de jour, ne doit se sentir seul. Un impératif s’il est gravement
atteint.
Ainsi le pauvre, le malade, n’étaient plus
exclus ou bannis. Ils prenaient toute leur place dans le monde des vivants…
Nous connaissons tous les effets de la Révolution Française
sur ces Oeuvres…
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Pour nourrir notre réflexion
tournons nous vers un saint peu connu, Camille de Lellis.
Fils de « Condottiere
», Camille vécu l’euphorie de la Renaissance,
de tavernes en tavernes jouant aux dés. Temps brillant,
certes, mais où la culture « humaniste » glorifiait
l’homme d’excellence, faisant de lui le centre de
l’univers. Mais le pauvre, le malade sans prestige, n’avait
pas sa place dans ce monde-là !
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Par les « saints pièges de la vie »,
Camille le découvrit. Il prit la mesure de l’homme pauvre,
pauvre de biens et du bien le plus précieux : la santé.
Pas de principes théoriques, pas d’abstractions philosophiques,
Camille n’édicte pas une longue liste des « droits
du malade ». Camille voit, en premier, dans l’homme malade,
« la pupille et le cœur de Dieu », la personne même
du Christ. Il se penchera sur ses « droits » après…
Avec la force et la puissance dont seuls les saints peuvent
faire preuve, Camille répond inlassablement au pauvre malade qui
l’insulte ou blasphème : « Tu peux me commander
ce que tu veux »
Sa vision chrétienne enrichit sans la brouiller, la perception
humaine intégrale du malade en tant qu’homme qui garde toujours
une « dignité » unique qui ne peut pas être,
qui ne doit pas être supprimée.
Et l’hôpital devint sa maison pendant quarante ans…
Son modèle fut le bon samaritain, sa règle, la parabole
du jugement dernier et son critère, le geste du Christ qui laves
les pieds de ses disciples.
Camille comprit que c’est l’homme tout entier qui entre à
l’hôpital: il ne laisse rien dehors, ni de sa personne ni
de sa personnalité; il amène quelques loques, mais aussi
son âme libre et immortelle.
Canonisé le 14 juillet 1614 par Benoît XIV,
déclaré patron des hôpitaux et des malades par Léon
XIII et patron des infirmiers par Pie XI, Camille fut un véritable
« réformateur de la santé », recommandant de
veilller à la propreté de la bouche et des dents des malades,
précisant la manière de faire le lit ou demandant à
ce que les malades disposent de tricots de laine ou d’une robe de
chambre, recommandant l’hygiène de l’environnement…
L’hôpital doit être la maison de «
l’hospitalité » avec toute l’épaisseur
classique et chrétienne que comporte ce mot. Et ces quelques mots,
de la bouche même du saint résume tout son souci :
« Pour que nous puissions servir le
malade en toute charité tant en son âme qu’en son corps.
Nous désirons en effet avec la grâce de Dieu, servir tous
les malades avec l’affection qu’une mère témoigne
habituellement à son fils unique malade. »
Et son action fut tout aussi grande à l’extérieur,
appelant le domaine de l’assistance à domicile le «
grand océan » de la charité…
Dans les défis que nous avons à relever, ces brefs rappels
ne devraient pas manquer de nous inspirer…
Portemont, le 13 septembre 2005.
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