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Nous n’avons pas de pétrole,
mais avons-nous encore des idées ?
Etrange paysage que la France estivale.
Une extraordinaire mosaïque de fêtes, de festivals ou de « rencontres ».
Du nord au sud, de l’est à
l’ouest, la France a vécu au rythme de ses fêtes. Le
meilleur a côtoyé, comme toujours le pire…
Le plus petit village pittoresque ou
défiguré, se doit depuis de nombreuses années d’avoir
sa fête, si ce n’est son festival.
Les vieilles pierres appèlent un retour au médiéval.
Les parents, en bermuda bariolé et « tong »
fluo, obligent les enfants à s’extasier devant d’antiques
charrues. Boudeurs, ils poursuivent leur chemin l’œil rivé
sur la « game boy », bousculant de faux saltimbanques…
De faux marchés « paysans »
se parent de tomates « anciennes ». Les concerts
se veulent de « musiques anciennes ». Les « ados »
conservent leurs écouteurs aux oreilles…
Chaque terroir se vêt de ses habits
de fête et fait vitrine devant des files de juvéniles nombrils.
De vrais « barbares » coiffés de crêtes
multicolores, rangers aux pieds, passent leur chemin, goguenards, suivis
par un ou deux chiens faméliques…
Le touriste rosi par le soleil marchande
l’accessoire en cuir « fait main ». Des clous
se font bijoux. Le miel de « fleurs des près »
rivalise avec celui « d’acacia ». Et surtout
ne manquez pas le fromage de chèvre…
Les fêtes se succèdent
de villages en villages, mais il faut bien faire ses vingt kilomètres
pour trouver la Messe dominicale. C’est aussi le temps des vacances
pour le vieux prêtre du canton !
Sur les rivages de la Méditerranée
ou de l’Atlantique, la fête se doit d’être alléchante
pour les « jeunes ». Le kilowatt est roi. Et s’ouvrir
au monde. Les délices de l’exotisme.
La France se gave de fêtes, de
concerts et de fausse fraternité.
Il faut oublier la réalité des corps de petits enfants massacrés,
ne pas s’interroger sur la pendaison d’un homme dans sa cellule.
La fête n’est pas pour tout le monde.
Le vin rosé à petit prix,
toujours bien frais mais pas toujours bien bon, se doit de faire oublier
le pétrole qui s’avance en ricanant vers les 70 dollars le
baril…
Nous n’entendons pas dénigrer les fêtes. Elles ont
de tout temps consolé l’Homme. Elles rythmaient son labeur,
ses joies et ses peines. Elles étaient l’expression de communautés
vivantes, unies et créatrices. Aujourd’hui bien des fêtes
ressemblent à des enterrements.
Elles sont, dans le meilleur des cas,
des fuites en avant. Elles permettent d’oublier le Réel.
Le réveil sera douloureux. Alors qu’il faudrait se serrer
les coudes, nous sommes pris par la tentation de les agiter dans une ridicule
danse des canards…
L’agitation qui sévit dans
les hautes sphères de l’Etat et dans la classe politicienne
envahit le pays tout entier. Cela ne saurait durer indéfiniment…
Portemont, le 28 août 2005.
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