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Vous
avez soif !
Notre
Chère amie, toute de bienveillance, a patienté tout le temps
du Carême.
Nous pouvons maintenant nous désaltérer. Charlotte nous
livre sans retenue sa dernière découverte…
Histoire de sans culottes
Peut-être avez-vous entendu parler
de Sochaux. C'est une charmante bourgade du Nord de la FrancheComté,
sise entre l'Allan et le château des princes de Wurtemberg à
Montbéliard, surtout connue pour sa brasserie qui hélas
a dû fermer ses portes, en 1979. Bien que ladite date se situe dans
le précédent millénaire, il se trouve encore des
survivants de ce douloureux épisode, qui en perpétuent le
souvenir et qui ont à cet effet créé une Amicale.
Et cette Amicale a eu l'excellente idée
d'organiser, lors de la « dominique » qui vient de s'écouler,
un rassemblement festif des artisans brasseurs du voisinage. Il en vint
de partout, Bourgogne, Stenay, Bresse, et même de la République
du Saugeais. Mais celui dont je veux vous parler exerce son talent en
la ville libre de Mulhausen, non loin de Basle, cité avec laquelle
elle est liée par des traités de commerce vieux de plusieurs
siècles.
Notre cervoisier nous a proposé
plusieurs versions de son breuvage, une blonde printanière, une
rousse échevelée, ainsi qu'une fière cavalière
au teint ambré et au caractère bien trempé. Nous
en avons apprécié l'amertume fine et relevée, délicieuse
malgré la bizarre et à vrai dire désagréable
matière dont étaient faits les gobelets de dégustation
qui nous furent proposés : quelque chose d'à la fois souple
et léger, que j'ai d'abord pris pour du boyau de porc mais qui
n'en avait ni le soyeux ni le parfum. Ces étranges gobelets étaient
emboîtés les uns dans les autres et se jetaient après
usage ; quel gaspillage en vérité ! Nos rustiques pots de
grès sont bien plus écologiques, ma foi. D'autant que cette
matière fort plastique favorise l'apparition excessive d'une mousse
abondante et persistante, laquelle se dépose ensuite sous le nez,
nous gratifiant d'inesthétiques moustaches dont notre fin minois
se serait bien passé. Mais passons.
Ce que je veux vous dire ici, c'est
que toutes ces cervoises portaient le même nom : les sans culottes
! J'ai d'abord frémi, pensant à ces affreux soudards qui
ont jadis ramassé ma pauvre tête dans la sciure pour la planter
au bout de leurs piques, mais là, point du tout, il s'agissait
d'une jeune et accorte Alsacienne à coiffe, les jupes relevées
à hauteur des reins, sans la moindre pièce de vêtement
en dessous, livrant ainsi son fessier à tous les regards. Un fessier
fort avenant, ni trop gras, ni trop maigre, rose et joufflu à croquer
dedans.
La cavalière arborait une mine
sévère, faisant penser à une tricoteuse en mal de
barricades ; la vue de son faciès éteignait en nous toute
concupiscence, même sans nullement mal y penser, envers son postérieur
rondement dénudé. A l'inverse, la frivole printanière,
une chope à la main, nous lançait par-dessus son épaule
un sourire si enjôleur qu'une simple gorgée de cette blonde
nous faisait ressentir par tressaillement, dans l'autre main, tout le
moelleux douillet de
ses hémisphères chatoyants et rebondis. Je n'ai oncques
ressenti une telle connivence des sens, le goût enrichi par la vue
suggérant ainsi le toucher le plus sublime. Eussions-nous en plus
pu bénéficier de pots en grès, aux sons d'une aubade
de Couperin, et je crois que je serais parvenue à telle plénitude
que ma tête me serait revenue toute seule de l'échafaud.
Voyageurs qui traverserez le sud de
notre Alsace, surtout au printemps, surveillez bien les carrés
de houblon : la douce Alsacienne à la croupe accorte s'y trouve
peut être, prête à vous offrir une mousse bienvenue.
Et faîtes donc un tour par la brasserie des Sans-Culottes : on ne
vous y décapitera pas, mais vous pourrez bien vous y retrouver
cul par-dessus tête.
Charlotte Corday, le
dimanche 11 avril,
en ce jour de Pâques, a.d. 2004.
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