lundi 13 octobre 2008

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Vous avez soif !

Notre Chère amie, toute de bienveillance, a patienté tout le temps du Carême.
Nous pouvons maintenant nous désaltérer. Charlotte nous livre sans retenue sa dernière découverte…

Histoire de sans culottes

Peut-être avez-vous entendu parler de Sochaux. C'est une charmante bourgade du Nord de la FrancheComté, sise entre l'Allan et le château des princes de Wurtemberg à Montbéliard, surtout connue pour sa brasserie qui hélas a dû fermer ses portes, en 1979. Bien que ladite date se situe dans le précédent millénaire, il se trouve encore des survivants de ce douloureux épisode, qui en perpétuent le souvenir et qui ont à cet effet créé une Amicale.

Et cette Amicale a eu l'excellente idée d'organiser, lors de la « dominique » qui vient de s'écouler, un rassemblement festif des artisans brasseurs du voisinage. Il en vint de partout, Bourgogne, Stenay, Bresse, et même de la République du Saugeais. Mais celui dont je veux vous parler exerce son talent en la ville libre de Mulhausen, non loin de Basle, cité avec laquelle elle est liée par des traités de commerce vieux de plusieurs siècles.

Notre cervoisier nous a proposé plusieurs versions de son breuvage, une blonde printanière, une rousse échevelée, ainsi qu'une fière cavalière au teint ambré et au caractère bien trempé. Nous en avons apprécié l'amertume fine et relevée, délicieuse malgré la bizarre et à vrai dire désagréable matière dont étaient faits les gobelets de dégustation qui nous furent proposés : quelque chose d'à la fois souple et léger, que j'ai d'abord pris pour du boyau de porc mais qui n'en avait ni le soyeux ni le parfum. Ces étranges gobelets étaient emboîtés les uns dans les autres et se jetaient après usage ; quel gaspillage en vérité ! Nos rustiques pots de grès sont bien plus écologiques, ma foi. D'autant que cette matière fort plastique favorise l'apparition excessive d'une mousse abondante et persistante, laquelle se dépose ensuite sous le nez, nous gratifiant d'inesthétiques moustaches dont notre fin minois se serait bien passé. Mais passons.

Ce que je veux vous dire ici, c'est que toutes ces cervoises portaient le même nom : les sans culottes ! J'ai d'abord frémi, pensant à ces affreux soudards qui ont jadis ramassé ma pauvre tête dans la sciure pour la planter au bout de leurs piques, mais là, point du tout, il s'agissait d'une jeune et accorte Alsacienne à coiffe, les jupes relevées à hauteur des reins, sans la moindre pièce de vêtement en dessous, livrant ainsi son fessier à tous les regards. Un fessier fort avenant, ni trop gras, ni trop maigre, rose et joufflu à croquer dedans.

La cavalière arborait une mine sévère, faisant penser à une tricoteuse en mal de barricades ; la vue de son faciès éteignait en nous toute concupiscence, même sans nullement mal y penser, envers son postérieur rondement dénudé. A l'inverse, la frivole printanière, une chope à la main, nous lançait par-dessus son épaule un sourire si enjôleur qu'une simple gorgée de cette blonde nous faisait ressentir par tressaillement, dans l'autre main, tout le moelleux douillet de
ses hémisphères chatoyants et rebondis. Je n'ai oncques ressenti une telle connivence des sens, le goût enrichi par la vue suggérant ainsi le toucher le plus sublime. Eussions-nous en plus pu bénéficier de pots en grès, aux sons d'une aubade de Couperin, et je crois que je serais parvenue à telle plénitude que ma tête me serait revenue toute seule de l'échafaud.

Voyageurs qui traverserez le sud de notre Alsace, surtout au printemps, surveillez bien les carrés de houblon : la douce Alsacienne à la croupe accorte s'y trouve peut être, prête à vous offrir une mousse bienvenue. Et faîtes donc un tour par la brasserie des Sans-Culottes : on ne vous y décapitera pas, mais vous pourrez bien vous y retrouver cul par-dessus tête.

Charlotte Corday, le dimanche 11 avril,
en ce jour de Pâques, a.d. 2004.

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