J’ai « fait » la Chine !
Le trouble m’envahit après quelques jours passés en Chine dans la province du Yunnan.
Je dois préciser qu’il ne s’agit que d’impressions, qui ne sont en rien fondées sur des données objectives, pas plus que d’analyses sérieuses, mais certaines idées ne me quittent plus et deviennent à tort ou à raison des certitudes.
Un milliard deux cents million d’habitants, neuf cents millions de paysans, sous régime communiste et où le capitalisme règne en maître, une croissance à deux chiffres, une inflation à 1,5% etc.…
Mais aussi et au-delà de la froideur de ces chiffres, un peuple meurtri dans ses racines les plus profondes par la révolution culturelle, sujet dont on ne parle jamais, avec un niveau de rancœur insoupçonné entre les générations.
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Sortie d'école |
Une province qui dans quatre ou cinq ans aura subi un tel niveau de transformations qu’il ne sera pratiquement plus possible, si rien ne se décide, d’y admirer son passé. Le Tibet dans moins de cinq ans aura perdu sa particularité et son authenticité par phagocytose.
"Je ne suis pas sûr qu'il gardent cette tenue longtemps..."
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C’est une modernité monotone qui s’installe tout en laissant les magasins de luxe proches de grands hôtels internationaux sans possibilité de paiement par carte de crédit. Il y a vingt ans, les petits commerçants au fin fond de l’île de Bornéo se servaient déjà du « fer à repasser »…
Très étonnant pour un pays réputé pour être sans doute le meilleur commerçant du monde... Le goût immodéré pour le « travail au gris » en est probablement l’une des raisons. Un peuple accueillant au pire indifférant qui n’aurait plus d’âme, entraîné dans le seul tourbillon de l’efficacité économique, au regard de son passé, je ne peux pas y croire.
Le Yangzi Jiang non loin de Lijiang fait un demi-tour et repart vers le nord, nous nous arrêtons, la longue marche est passée par là. Une statue commémore cet évènement, je reste muet, manifestement l’un des deux personnages est courbé devant un militaire en armes au visage terrifiant, oui il s’agit bien d’un paysan, c’est sinistre, angoissant.
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Je ne crois pas avoir vu pareille scène figée pour l’histoire dans aucun pays...
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Peut être en 1991 au Guatemala où les Mayas inventèrent le Zéro vers l’an mille.
On m’avait dit, la Chine c’est un pays sale, et bien non, le Yunnan est une région toute aussi convenable que bon nombre de nos départements, il y a quelques années.
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Nettoyage du devant de porte. |
Je ne parle pas, bien sur, de cette pollution invisible qui mine nombre de lacs, de rivières, de puits, et de terres.
Pêcheurs vers Dali
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Le télésiège qui nous emmène vers les sommets déroule son câble sur une magnifique forêt de sapin, au loin des pics enneigés proches des 6000 mètres ajoutent à mon ravissement, une carte postale magnifique, je suis en Chine non loin de l’Himalaya, il fait beau, je suis ravi et, sournoisement quelque chose vient progressivement troubler mon bonheur, le silence, ce fameux calme avant la tempête, pas un chant d’oiseau, pas un vol dans le ciel, rien, absolument rien. La magie des lieux cesse brutalement de fonctionner et laisse la place à la désolation et à l’inquiétude. Sans ce moineau sur le bord de mon balcon, je sais maintenant qu’il me serait impossible de vivre durablement ici.
Le Yunnan est essentiellement agricole, sa capitale Kunming, surnommée « citée de l’Eternel printemps » par son climat, est en plein développement. Elle a conservé le long de certaines avenues les platanes qui rappellent l’influence française du milieux du 19° siècle, période durant laquelle nous envisagions de construire une ligne de chemin de fer de Hanoi à Yunnan-fou (ancien nom de Kunming).
Kunming le vieux, avant démolition
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Nous marchons vers ce Parc Cuihu, avec son lac, ses grands arbres et ses barques multicolores. C’est le milieu de la matinée, il fait très beau. Ce soir nous reprendrons l’avion et je n’arrive pas à ranger dans ma tête les images, les sons, les impressions et le peu de connaissances générales que j’ai de ce pays, où l’on se suicide, où l’on se révolte, où la police fait défiler les prostituées dans les rues, où l’on roule en limousine noire avec les glaces teintées.
Nous nous arrêtons : le spectacle est surprenant par sa douceur et sa simplicité, la radio sur un banc, une trentaine de personnes sont en train de pratiquer ensemble une gymnastique étonnante pour nous européens.
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Plus loin une femme décrit dans le ciel des images avec un éventail rouge, d’autres avec un sabre.
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Plus loin encore un homme seul avec sa flûte semble vouloir charmer les seuls oiseaux que l’on promène en cage.
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Les grands parents promènent leurs petits-enfants.
Ce sont les gens d’un certain âge.
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"A toute occasion, on joue aux échecs, si j'ai bien compris..."
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C’est une autre Chine.
André Leygnac, le 20 mars 2007 |