De
« Mordicus », octobre 2006.
Les
armes d’hier en décideraient demain
Les accords d’Oslo (1993-1995), ceux conclus au Caire en
1994 d’une part, le recours du Hezbollah aux salves de roquettes
d’autre part, placent l’Etat d’Israël dans
une situation critique.
Les accords d’Oslo et les négociations qui suivirent
à Hebron et à Wye Plantation ont institutionnalisé
l’imbrication en Cisjordanie des populations juives et arabes
en créant des zones territoriales relevant respectivement
de l’Etat d’Israël d’une part, et de l’autorité
palestinienne. Yossi Beilin, un des principaux négociateurs
israéliens, croyait même que les colons juifs pourraient
demeurer là où ils étaient implantés,
sous la souveraineté palestinienne. Espérait-on
que ces imbrications favoriseraient des rapprochements et que
Palestiniens et Israéliens accepteraient de vivre ensemble,
pacifiquement ? C’était sacrifier à l’illusion.
Mais aussi donner en otages des centaines de milliers d’Israéliens
et neutraliser l’atout maître du dernier recours,
l’arme nucléaire israélienne perdant toute
capacité d’intimidation, son éventuelle utilisation
en Cisjordanie y eut fait au moins autant de victimes israéliennes
que palestiniennes.
L’utilisation, par le Hezbollah, de tirs massifs de roquettes
Katiousha vient de mettre en évidence un péril nouveau,
imprévisible jusqu’à maintenant.
En effet, il se peut que soit, à nouveau, brandi le vieux
cliché dont se sert aujourd’hui Téhéran
: rayer l’Etat d’Israël de la carte.
Si le président
Ahmadinejad incite l’Union européenne à renoncer
au soutien de l’Etat d’Israël, qu’il déclare
condamné à disparaître, est-ce parce qu’il
en a les moyens et que, par exemple, il pourrait matérialiser
l’hypothèse qui suit :
-Expédier clandestinement, en pièces détachées,
des dizaines de milliers de roquettes et les répartir entre
les implantations palestiniennes en Cisjordanie, dans la bande
de Gaza et au Liban sud.
-Assembler
peu à peu les éléments de ces roquettes pour
en faire des armes redoutables parce que difficilement parables.
-Une fois cette panoplie offensive jugée suffisante, déclencher
successivement un grand nombre de salves en prenant l’habitat
israélien pour cible. La configuration géographique
de l’Etat d’Israël est telle qu’à
partir des implantations palestiniennes de Gaza, Cisjordanie et
du Sud-Liban, avec une portée de 20 à 30 kilomètres,
les roquettes couvrent la quasi-totalité du territoire,
du moins sa partie la plus active. Il y a là le moyen de
matérialiser l’extrême vulnérabilité
d’Israël. Et de disposer d’un fort élément
de chantage dans les négociations relatives à l’arme
nucléaire iranienne. (voir Annexe).
Comment conjurer à la fois le péril et l’arme
du chantage ? Il semblerait que ce soit en réunissant les
conditions d’un nouveau conflit armé.
C’est
ainsi, par exemple, que l’Etat d’Israël pourrait
renoncer aux dispositions des accords d’Oslo, et de leur
suite, c’est-à-dire aux implantations juives en Jordanie,
substituant à l’actuelle « peau de léopard
» une Cisjordanie confessionnellement homogène au
profit des Palestiniens. Ainsi serait restauré le pouvoir
d’intimidation de l’arme atomique israélienne,
du moins vis-à-vis de la Palestine et de ses alliés.
Mais l’accès au Jourdain n’est-il pas indispensable
?
-Autre solution, plus radicale encore, réoccuper les territoires
d’où pourraient surgir les salves de Katiousha, opération
difficilement concevable puisqu’elle signifierait de longues
et douloureuses hostilités et qu’elle susciterait
une réprobation quasi générale.
Le paradoxe c’est que c’est une arme rudimentaire
utilisée durant la Seconde Guerre mondiale, qui met en
péril un Etat puissamment armé. Paradoxe également
que d’avoir, en quelque sorte, dilapidé le potentiel
de sécurité acquis à la suite de la victorieuse
guerre des Six Jours. Avec l’assentiment, voire les injonctions
de Washington.
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