|
Arnold
for President !
Les primaires de la prochaine
présidentielle américaine nous font déjà oublier
une précédente et non moins importante élection pour
nous Français : celle du gouverneur de Californie. La capacité
d'oubli de notre machinerie médiatique est telle que nul ne l'a
gardée à l'esprit.
Rappelons-nous donc du succès d'Arnold Schwarzenegger. C'était
annoncé, mais on n'y croyait qu'à moitié : un héros
de péplum, gouverneur de Californie ? certes, les Américains
sont capables de tout, mais enfin, quand même…
Quelques commentaires bien franco-français ont suivi : politique,
cinéma, spectacle. Mais sur l'homme, peu de chose. Ou si : il n'est
peut-être pas si idiot que ça, puisqu'il a épousé
une fille du clan Kennedy. Reconnaissons que l'argument ne vaut pas bien
lourd. Il n'a pas plus de sens en tout cas que de dresser un parallèle
entre Schwarzenegger et Reagan sous prétexte qu'ils ont tous deux
fait les pitres à l'écran.
Arnold aime-t-il s'entourer de mystère, au point que personne ne
sait trop rien de lui, ou bien aucun éditorialiste hexagonal ne
s'est préoccupé d'en apprendre davantage sur son compte
?
N'étant ni californien, ni cinéphile, ni gazetier, ni échotier,
je ne dispose sur lui que de quelques bien anciennes références
qui ne doivent rien à Terminator ni à Conan le Barbare.
Et celles-ci me font penser que le lascar n'est pas le dernier des abrutis,
malgré son tour de bras ; mieux, il ferait sans doute un bon Président.
Bon, pour les Américains ; mais aussi et surtout, bon pour nous.
A vingt ans, Arnold Schwarzenegger est mondialement célèbre
dans les milieux du culturisme. Comment a-t-il acquis cette renommée
? Non pas tant par sa musculature que par son opportunisme, on dirait
aujourd'hui son sens de la stratégie.
A l'époque, le culturisme était atteint de racisme à
rebours, c’est-à-dire qu'à plastique comparable, un
Noir était toujours mieux jugé qu'un Blanc. Arnold l'autrichien
partait donc avec un handicap. Il l'a surmonté, non par une plastique
supérieure, mais par son intelligence, eh oui !
Regardons-y de plus près. Les Blancs se voyaient obligés,
par leurs entraîneurs, par l'habitude, d'opter pour un modèle
tiré de la statuaire grecque. L'horizon indépassable de
tout culturiste "caucasien" d'alors était l'Hercule Farnèse.
Or l'Hercule Farnèse n'est pas un être humain, mais un produit
de l'imagination du sculpteur, comme le serait un centaure. Il a les jambes
d'un sauteur leste et agile, la ceinture pelvienne d'un bœuf de labour,
les épaules d'un bûcheron, les bras d'un nageur, le cou d'un
Atlas portant le globe terrestre.
Sans aller jusqu'à cet extrême, tous les modèles issus
de la statuaire antique ont ce défaut rédhibitoire : ce
sont des Dieux, non des hommes. L'harmonie qui se dégage d'eux
n'est pas accessible au travail en salle de musculation : les exercices
requis pour se façonner un tel tronc vont à l'encontre de
ceux que l'on devra pratiquer pour les jambes et les bras. Le résultat
n'est donc jamais bon : par hypothèse, il ne peut jamais être
bon.
Au contraire, les Noirs ne se voyaient pas proposer de modèle antique,
mais celui purement imaginaire du Superman. On croyait, et là c'était
du vrai racisme, que les Noirs n'étaient pas assez cultivés
pour s'inspirer d'Hermès ou de Milon de Crotone.
Seulement voilà : ressembler à Superman c'est très
facile. Pectoraux, deltoïdes et biceps se travaillent séparément,
et plus on accumule de séries, plus ils gonflent. Conséquence
logique : les Noirs raflaient tous les prix.
Arnold fut le premier à comprendre cela. Il fut le premier Blanc
à prendre le modèle de Superman. S'était-il gavé
de protéines et d'anabolisants ? C'est possible, car ceux-ci venaient
d'arriver sur le marché. En tout cas, il devient le premier Blanc
à battre les Blacks sur leur propre terrain.
Quelques années plus tard, on ne le retrouve pas livreur de pizzas
comme la plupart des anciens champions culturistes, mais star à
Hollywood. Manifestement, il a su gérer intelligemment sa carrière,
entretenir autant sa forme que son portefeuille ; et s'il peut manifester
aujourd'hui une aussi belle santé, c'est le signe a posteriori
qu'il n'a pas abusé des substances illicites, qu'il a su s'arrêter
à temps. Car tous ses collègues des concours culturistes
de ces années-là, chargés à bloc pendant leurs
saisons de gloire, sont sans exception devenus depuis des loques, des
épaves… quand ils n'ont pas été emportés
par un cancer avant d'atteindre 35 ans.
Tout cela me fait penser qu'on a affaire à un type plutôt
futé. Je ne sais dans quelles conditions il a décidé
de s'installer en Amérique. C'était certes la patrie du
culturisme professionnel ; mais avait-il déjà l'idée
de faire une carrière d'acteur ? Toujours est-il qu'il essaye,
et qu'il réussit. Il est en tout cas un signe qui ne trompe pas
; si tant de gens qui font à Paris profession de penser le considèrent
comme un pitoyable demeuré, c'est certainement quelqu'un de bien.
On a essayé de le tuer, politiquement s'entend, mais trop tard,
d'abord en lui inventant des sympathies pour Hitler ; puis une quinqua
s'est brusquement souvenue qu'il l'avait violée au temps de sa
fleur… Si elle avait voulu des ronds, elle aurait pu attaquer à
la sortie de Terminator, cela aurait été plus logique. Tout
cela sent l'improvisation, la panique chez ses adversaires. Une fois mouillés,
ces pétards ne resserviront plus. Arnold doit maintenant sagement
gouverner la Californie. S'il réussit, s'il évite les pièges
(mais jusqu'à présent, il les a tous évités
!) la voie lui est ouverte pour la Maison-Blanche.
Et cela ne doit pas nous laisser indifférents ; Arnold est né,
a grandi et vécu en Europe, qui plus est en Europe catholique.
Il connaît bien mieux le monde, y compris le vieux monde, que l'immense
majorité de la classe politique américaine. Décidément,
cet Arnold me plaît bien.
Norbert Schemansky,
le 16 février 2004,
en ce jour de la Sainte-Julienne.
Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir
|

|