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Le Parlement va prendre de nouvelles mesures en faveur de la francophonie
Jacques Myard, député
UMP des Yvelines :
"Les grandes entreprises françaises doivent comprendre
qu'il est de leur intérêt économique de s'appuyer
sur la langue française."
L'Assemblée nationale vient d'annoncer, mercredi 15 mars,
la mise en place d'une mission d'information sur la langue française.
C'est Jacques Myard, maire de Maisons-Laffitte et député
UMP des Yvelines, qui est à l'origine de cette initiative
inopportune. Il répond à nos questions.
L'Hebdo-Bourseplus : Pourquoi une mission
d'information parlementaire sur la langue française ?
Jacques Myard : La Commission des Affaires étrangères
a décidé, mercredi 15 mars, la création d'une
mission d'information sur la langue française et je m'en
félicite. Le président Édouard Balladur a appuyé
ma démarche et nous allons nous mettre au travail. Il ne
s'agit pas simplement de dire qu'il faut défendre la langue
française parce que c'est la langue de la culture et des
bons esprits. Il faut démontrer, notamment à nos entreprises,
que c'est un atout pour nos exportations et pour notre politique
d'influence économique. Je vais vous donner quelques exemples.
Lorsque vous rencontrez un président de la République
ou un ministre étranger comme en Roumanie d'où je
reviens, les conseillers qui parlent français ont naturellement
tendance à se retourner vers les industriels français
dans leurs échanges commerciaux. A travers l'apprentissage
de la langue, il se développe des liens qui créent
des besoins économiques. C'est la raison pour laquelle il
ne faut pas avoir honte de parler français. Je regrette que
certaines de nos entreprises, pour faire bien ou moderne, ânonnent
l'anglais, alors que très souvent, elles pourraient s'adresser
en français à leurs hôtes et faire des affaires
en français. Certes l'anglais est une langue répandue
dans le monde, mais il est indispensable de poursuivre cette politique
d'influence de la francophonie dans le monde. Il s'agit d'être
réaliste, et de bien comprendre que si on abandonne le français,
on s'ampute de très nombreux atouts économiques. Il
y a aussi toute une industrie qui véhicule l'essentiel :
le cinéma, la chanson, la télévision... Il
y a un savoir faire français et un art de vivre qu'il est
indispensable de défendre. Évidemment, il faut connaître
les langues étrangères, mais il faut se vendre en
français. C'est le meilleur moyen pour obtenir des résultats
et pérenniser la place de la France dans le monde.
Concrètement, que pouvez-vous faire,
puisque la loi Toubon existe et semble appliquée ?
Elle n'est pas toujours appliquée, et l'on constate même
que de plus en plus, en France, un certain nombre de congrès,
avec des Français sont tenus en langue anglaise. C'est complètement
aberrant! Je viens d'apprendre que des représentants de la
DGA (Direction générale de l'armement), dans le cadre
d'affaires avec la Suède, se sont exprimés en anglais.
C'est un comble! Il est nécessaire d'avoir une prise de conscience.
Sur le plan international, si les Français ânonnent
l'anglais dans des relations avec des tiers, ils perdent beaucoup
auprès de leurs interlocuteurs qui se disent : "Qu'est
ce que c'est que ces Français qui ne parlent même pas
leur langue ! Comment voulez-vous que l'on achète ce qu'ils
font, puisqu'ils renoncent à être eux-mêmes!".
Cependant, il y a des réussites. Par exemple, l'anglais était
de mise dans les relations entre Renault et Nissan, et aujourd’hui
Renault parle français avec ses ingénieurs japonais
qui se sont mis à apprendre le français. Dans un certain
nombre de pays, l'anglais n'est pas la langue universelle permettant
de pénétrer certains marchés, notamment en
Chine et au Japon. C'est un tout. Il faut amener les adversaires
anglo-saxons sur notre camp. C'est logique, on est toujours perdant
quand on joue dans le camp de l'adversaire.
Sur quels types de propositions votre mission
d'information peut-elle aboutir ?
La France doit faire un effort substantiel en termes d'écoles
françaises à l'étranger. Il est évident
que c'est une politique sur le long terme que nous devons mener.
Il est déplorable que les crédits du ministère
des Affaires étrangères aient été amputés
au cours de ces dernières années sur ce point. Mais
il n'y a pas que les moyens matériels. Il y a aussi la politique.
Lorsque nous constatons que des télégrammes qui viennent
de Bruxelles sont ensuite diffusés à nos postes diplomatiques
en langue anglaise, on marche sur la tête. Il faut avoir la
volonté politique de réaffirmer l'utilisation du français.
Il va y avoir aussi la mise en place du CII (la chaîne d'information),
le développement de TV5, et cela permettra à la France
d'être plus présente, en français dans le paysage
audiovisuel mondial. Il faut que des instructions extrêmement
fermes soient données sur ce point à nos fonctionnaires
et nos diplomates. Les grandes entreprises françaises doivent
comprendre qu'il est de leur intérêt économique
de s’appuyer sur la langue française.
Comment cette mission d'information est-elle
reçue au sein de l'Assemblée nationale ?
Les députés français sont agacés par
l’attitude d'un certain nombre de fonctionnaires et de chefs
d'entreprise qui oublient l'utilisation du français. L'incident
qui a eu lieu au Conseil de l'Europe avec Jean-Claude Trichet, qui
s'est adressé en langue anglaise à des élus,
a provoqué un incident majeur. Je ne vous cache pas qu'un
certain nombre de mes collègues ont été quasiment
traumatisés par ce fait. Je suis intimement convaincu que
nous sommes au début d'une reconquête : celle de l'affirmation
d'une identité française et non pas d'une identité
anglo-saxonne, qui est pour nous étrangère.
Propos recueillis par Yannick
Urrien
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