Regardons la vérité en face…
Peu de pays peuvent afficher autant
de désunion et de désamour que la France.
Quand nous parlons de pays, nous entendons « nation » de vieille
tradition et d’antique civilisation.
N’en déplaisent aux autruches, tous les pays, toutes les
nations, si respectables soient-ils ne sont pas de même « nature »…
La France, qui a été un
modèle, dont la langue était parlée dans toutes les
cours,la France qui souvent a été affaire de volonté,
quel spectacle offre-t-elle aujourd’hui ?
Pour résumer ce spectacle, rien
de tel que de prendre connaissance du rapport de la Mission d’évaluation
et de contrôle de l’Assemblée nationale – MEC
- portant sur l’appréciation de l’Etat en tant que
premier propriétaire immobilier de France.
Les mots de « carence »
et d’ « incurie » donnent la mesure.
L’Etat est un propriétaire
de poids. Il possède 28000 immeubles affectés à ses
propres services, c’est-à-dire des immeubles abritant les
bureaux de ses fonctionnaires, ainsi que 30000 autres immeubles affectés
aux établissements publics.
Que nous en dit le rapport de la MEC
? Que les locaux sont : « vétustes,
pas adaptés, pas entretenus… » Que « les
services de l’Etat sont mal logés… »
Et pis encore, que cette situation « entraîne
une dégradation des conditions de travail des agents publics :
tribunaux, commissariats de police, préfectures… »
Le rapport est clair : l’Etat n’a plus les moyens d’entretenir
son patrimoine, et de souligner que : « sauf
exceptions, la politique d’entretien est ponctuelle et purement
curative. »
Paradoxe surprenant, alors que le nombre
de fonctionnaires diminue, que certains services sont privatisés
et que la décentralisation devrait alléger les besoins de
l’Etat, l’Etat-propriétaire grossit !
Ainsi, à ce jour en regard des
prix du marché, l’Etat serait propriétaire en direct,
d’un patrimoine immobilier évalué à 32,8 milliards
d’euros. Cadet Roussel devient ridicule !
Vous vous doutez bien qu’un tel
patrimoine aiguise les appétits… Aussi l’Etat s’était
décidé à céder une partie de ses biens afin
de profiter tout comme un chacun des 9 à 12 milliards d’euros
qui s’investissent chaque année dans l’immobilier d’entreprise
sur notre sol.
La Loi de Finances pour 2005 évaluait
à 850 millions d’euros la valeur des cessions immobilières
par l’Etat, mais il faut déchanter à la suite de la
dernière communication de Monsieur Copé, ministre délégué
au Budget, qui ramène à 600 millions d’euros les objectifs
réalisables…
Et le rapporteur de la MEC, Georges
Tron, député UMP, de prendre pour exemple nos grandes entreprises
comme la SNCF, BNP Paribas, Thales ou AXA qui ont taillé dans le
gras et veillé à faire des sous de leur patrimoine…
Il est vrai que l’Etat à l’art de tendre le bâton
pour se faire battre. Il suffit de constater que près de 20% du
parc immobilier « logements de fonction » est inoccupé.
Le nombre même de ces logements de fonction est difficile à
déterminer : entre 94000 et 137000 !
Avouez que la marge est de taille et que l’Etat ne peut se prévaloir
des qualités d’un bon père de famille…
Remuons délicatement le couteau
dans la plaie : Il nous est expliqué dans ce rapport que le montant
total des loyers perçus, pour la catégorie des logements
mis à disposition à titre onéreux est de 2%…
Et pour se concilier les mal-logés, précisons que le directeur
de l’Ecole supérieure des beaux-arts, bénéficie
au titre d’un avantage en nature, d’un logement de fonction
de 340 m2 dans le VIe arrondissement de Paris, logement qui aurait une
valeur locative de 25000 euros par mois…
Nous éviterons de méditer sur l’état de l’enseignement
des beaux-arts en France…
Nous avons donc là un bref aperçu
de l’Etat propriétaire. De cet Etat, qui devrait tout comme
un chacun agir en bon père de famille…
Non pas que l’Etat se conduise comme un margoulin à l’affût
de toutes les bonnes affaires et encore moins que l’Etat épouse
toutes les valeurs des ogres financiers, mais que l’Etat se conduise,
répétons le, comme un bon père de famille, ayant
le sens de l’intérêt de toute sa famille.
Mais nous savons que cela n’est
pas possible à un Etat républicain qui est au quotidien
la proie des luttes partisanes.
Portemont, le 27 juillet 2005.
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