vendredi 12 mars 2010

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Pourquoi « Lui » ?

Et pourquoi pas moi ? Ou vous ?
Par quel bon vouloir est-ce lui ? Un coup de la Providence ou le mauvais sort ?
Le Roi… Notre amie Anne-Lys nous offre une réflexion qui en dérangera plus d’un.

Pourtant, il faudra bien un jour remettre toute chose à sa juste place… Le Roi !

C’est, paraît-il, le grand obstacle psychologique qui empêche les Français d’aujourd’hui d’avoir recours à leur refuge naturel, le Roi qui ne dépend de personne et qui écoute tout le monde (" Si le roi savait çà ...), le Roi qui rend la justice sans préjugé et sans aucun intérêt personnel, le roi qui protège les petits sans accabler injustement les gros.

Pourtant, s’ils réfléchissaient un brin, ceux qui se cassent les dents sur cet obstacle se rendraient compte que cette question, ils peuvent se la poser tous les jours à propos de tout et de rien ?

Pourquoi ma commune a-t-elle élu comme maire ce vieux X... blanchi sous le harnois, certes, mais dont on peut constater que si les cheveux ont blanchi, les idées ont aujourd’hui quarante ans de retard ce qui ne l’empêche pas d’adopter des projets pour le moins aventurés ? et pourquoi pas moi, qui ai autant d’expérience que d’audace réfléchie ?

Pourquoi mon entreprise a-t-elle promu Untel, que je trouve (barrer les mentions inutiles) : rétrograde, trop progressiste, aventureux, cassant, outrecuidant, arrogant, changeant d’avis, écoutant le dernier qui parle, incompétent, trop imbu de ses compétences, etc. ? et pourquoi pas moi qui suis plus compétente, plus adroite dans les relations humaines ?

Pourquoi dois-je à toute force voter pour le candidat de tel parti, parce que ce parti est le moins éloigné de mes idées, alors que j’aurais fait un bien meilleur candidat ?

Oui, partout où il existe une hiérarchie, des gens qui sont aux postes de commande, tout un chacun se demande à part soi : " Pourquoi lui et pas moi ? "

Alors, pourquoi faut-il que cette question, qui ne nous taraude pas trop lorsque nous avons vraiment des raisons valables de nous estimer aussi bons ou meilleurs que celui qui a été choisi pour occuper tel poste de commande, nous gêne-t-elle autant quand il s’agit de la magistrature suprême, celle dont nous nous rendons bien compte que l’immense majorité d’entre nous (et nous-mêmes) n’a pas les capacités de l’exercer ?

Car l’essence même de la royauté, c’est que c’est le seul " poste de commande " pour lequel le " Pourquoi lui et pas moi ? " ne devrait pas se poser, pour la bonne raison que nous savons bien ne pas avoir les aptitudes nécessaires. Quand je dis " nous ", je veux évidemment dire l’immense majorité d’entre nous, en en exceptant les quelques personnalités qui se sont vouées à la politique depuis leur plus jeune âge et qui chaque matin, en se rasant ou en vérifiant leur rouge à lèvres, se demandent non pas " Pourquoi lui et pas moi ? " mais " Pourquoi pas moi ? " et qui finissent par briguer la présidence de la république. Ce qui ne veut d’ailleurs pas dire qu’ils y aient des aptitudes particulières.

Et le roi, me direz-vous, les aurait-il donc, ces aptitudes ? Eh bien oui. Tout bonnement parce qu’à la différence des personnalités politiques dont je viens de parler, il n’a rien à briguer, qu’il n’a pas à passer sa jeunesse à distribuer des tracts, poser des affiches et jouer les " porteurs d’eau " pour des politiques plus chevronnés. Parce qu’il n’a pas, pour arriver au sommet de l’État, à accepter toutes sortes de compromissions avec différents pouvoirs, que ce soit l’argent, les médias, les partis politiques, les pays étrangers, que sais-je encore ? ? parce qu’il n’a pas eu à écraser ses concurrents pour parvenir là où il est. Parce que, dans la plupart des cas, il a été préparé à son métier de roi depuis sa plus tendre enfance, et que ce n’a pas été une partie de plaisir.

Car, au lieu, comme tout enfant, de partager ses journées entre le jeu et l’étude, il a dû les partager entre l’étude (qu’il est de son devoir de mener aussi loin que ses sujets) et ses devoirs envers l’état, en étudiant les dossiers, en assistant, muet mais attentif, aux conseils du roi son père (ou son grand-père, ou son oncle). De jeu, il n’a le plus souvent eu que les activités sportives destinées à assurer sa santé. Jamais seul, jamais libre, toujours sous le regard critique d'autrui.

Et surtout, ce que l’on n’ose pas dire, le Roi, en France du moins, a LA GRÂCE : la grâce d’être né ce qu’il est, c’est à dire le plus proche parent mâle du précédent roi, la grâce quasi-sacramentelle du sacre, la grâce d’être le lieutenant de Dieu en France.

Et comme il n’a rien brigué, qu’il n’a pas intrigué pour être roi, qu’il n’a pas marché sur des rivaux, que nul ne l’a acheté et qu’il n’a acheté personne, il est impossible de dire en étant parfaitement sincère : " Pourquoi lui et pas moi ? "  Précisément parce que c’est lui, et pas moi et que rien ne peut y changer quoi que ce soit.

Portemont, le 22 juin 2007

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