lundi 21 mai 2012

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Haut les cœurs !

La joie de s’être tous retrouvés autour de nos Princes le 21 janvier 2006, n’a pas faibli le lendemain…
Le 22 janvier 2006, la marche aux flambeaux prenait encore plus d’ampleur et plus de sens !

Sans bruit, depuis quelques années, cette marche s’inscrit dans nos temps forts. Le recueillement n’est en rien funèbre. Nous nous souvenons, tous ensemble. Et c’est cela qui donne toute son importance à cette marche qui réunit chaque année, toutes générations confondues, toutes les sensibilités du royalisme français.

Rendez-vous était donné devant l’église de la Madeleine le dimanche 22 janvier à 19 heures précises, et nos amis ne se faisaient pas attendre.

 

Et très vite les rangs grossissaient...



Pierre Pujo , sitôt revenu de province, retrouvait son compère Michel Fromentoux directeur de l’Institut d’Action Française et pilier du journal l’Action Française 2000.

Tous deux ne se faisaient pas prier pour « encadrer » notre amie Séverine, sourire irremplaçable de la Soupe du Roi !

 

Et le cortège se mettait en marche vers le Square Louis XVI...

 

...à la lueur des flambeaux.

 


Ainsi, plus de deux cent de nos amis témoignaient sereinement pour la mémoire du Roi.

 

Tous rendus devant le Square Louis XVI, l’ami Sébastien pour lequel les micros n’ont plus de secret annonçait les orateurs du soir.

 

Michel Fromentoux prenait alors la parole et nous offrait la lecture d’un beau texte dont il a le secret…

 

Dimanche 22 janvier 2006

Cortège aux flambeaux
en l'honneur du roi Louis XVI

Allocution de Michel FROMENTOUX
directeur de l'Institut d'Action française


Nous vivons en ce début de IIIe millénaire les conséquences ultimes de l'assassinat du roi Louis XVI, qui fut, plus qu'un régicide, un sacrilège. Ceux qui le perpétrèrent voulaient tuer en la personne du Roi le reflet de la paternité divine. Toute trace de transcendance devait disparaître devant le droit de l'homme à vivre à ras de terre et à recréer le monde selon les seuls caprices de sa courte raison. Mais, comme disait Gustave Thibon, « les blessures faites au Ciel saignent sans fin sur la terre ».

Ce n'est pourtant point la tristesse qui doit envahir nos cœurs au terme de cette marche où les flambeaux disent notre volonté de ne pas nous résigner. La vie de Louis XVI n'est en rien l'histoire d'un échec. Bien sûr, il est regrettable que le roi ait trop épousé les utopies de son temps, qu'il ait cru à la bonté naturelle de l'homme, qu'il ait considéré comme un malheur le fait d'avoir à commander ses sujets dont il souhaitait seulement être aimé.

Toutefois, la vie d'un Roi Très Chrétien ne se déroule pas sur le seul plan temporel : dès qu'il vit que l'œuvre des révolutionnaires se dressait d'un même mouvement contre l'ordre politique hérité des siècles chrétiens et contre le Dieu de sainte Clotilde et de saint Louis, il sut s'appuyer sur tous les siècles de légitimité capétienne pour s'élever jusqu'au sublime. Au cours de la parodie de procès qui lui fut infligée, devant les brutes épaisses siégeant à la Convention, il se comporta avec le plus grand calme comme le symbole de l'unité française au-dessus des déchirements du vieux peuple gaulois : il était prêt pour le sacrifice, pour l'immolation, pour le don de sa vie à l'image de Notre Seigneur Jésus-Christ sous la fureur des hommes qui "ne savent pas ce qu'ils font".

Infinie grandeur que celle qui rayonna de sa personne au matin du 21 janvier 1793, place de la Concorde, quand, roi jusqu'à la cime de lui-même, il gravit, majestueux, les marches de l'échafaud, puis se laissa lier les mains avant de courir au bout de l'estrade crier à ce peuple lié à lui par un contrat de huit siècles : « Peuple, je suis innocent de ce dont on m'accuse ». C'est alors que les tambours de Santerre vinrent briser l'histoire de France... Mais le roi invoquait encore Dieu pour que son sang pût « cimenter le bonheur des Français » quand Sanson laissa tomber le couteau fatal. Alors l'abbé Edgeworth de Firmont, éclaboussé du sang royal, cria « Fils de saint Louis, montez au Ciel ».

Il y avait dans cette mort quelque chose de plus fort que la mort, et tous les Français présents place de la Concorde restèrent comme pétrifiés tandis qu'à la sauvette, la dépouille du roi était transportée ici-même, dans ce qui était alors le cimetière de la Madeleine. Cette muette admiration, l'ignoble Marat s'empressa de dire qu'il fallait la cacher aux Français, parce que « l'histoire doit être faite pour le peuple »... Dès le 22 janvier commençait, voyez-vous, la désinformation...

Nul plus que Louis XVI n'avait pressenti le fossé qui, la clef de voûte monarchique une fois disparue, se creuserait entre le pays légal et le pays réel. « J'interjette, avait-il dit, appel à la nation elle-même du jugement de ses représentants. » Cet appel, c'est à NOUS qu'il appartient, deux cent treize ans après, de le faire enfin entendre aux Français intoxiqués par l'histoire officielle, les faux prophètes du politiquement correct et les sirènes médiatiques.

Les Français ont le droit de le savoir : c'est à partir du moment où les révolutionnaires ont rompu avec une institution assurant la pérennité de la France par les lois mêmes qui perpétuent le genre humain – celles de l'hérédité – que la France s'est trouvée lancée dans une aventure sans issue, où des politiciens de rencontre mènent des politiques improvisées et titubantes, alors que le système électoraliste les pousse plus à assouvir leur volonté de puissance qu'à servir le bien commun. Les constitutions et les républiques passent, aucune ne s'enracine dans la durée, aucune TETE politique ne donne réellement à la France conscience d'elle-même. Et ce n'est pas le spectacle de quarante guignols se bousculant pour annoncer leur candidature à la magistrature suprême qui contribuera dans les mois qui viennent à redorer le blason de la république.

L'impossibilité pour la France de s'incarner dans un être de chair et de sang de génération en génération rend toujours plus aléatoire son unité et même sa volonté d'indépendance. Aux Français qui ont montré le 29 mai dernier leur refus de voir le pays se dissoudre dans un fourre-tout européiste, il est de notre devoir de rappeler que la famille royale est le plus sûr élément de stabilité autour duquel puisse se solidifier l'identité nationale.

Il n'est pas jusqu'à la conception même de la nation qui ne se soit trouvée pervertie par les assassins du roi. Dès lors qu'elle a cessé d'être conçue, à l'instar de la souveraineté royale, comme un héritage faisant de chacun un débiteur qui se reconnaît des devoirs par rapport à elle, la nation tend à devenir une coquille vide soutenue par la seule volonté d'individus qui jugent du bien fondé de leur appartenance nationale en fonction de leurs seuls intérêts, de leurs seuls avantages acquis, des seules jouissances qu'ils croient leur être dues.

En outre la rupture avec le pacte de Reims a causé, chez la Fille aînée de l'Église, un vide spirituel comblé il y cent ans, non par la laïcité comme on veut nous le faire croire, mais par la pseudo religion d'un laïcisme pur et dur qui, aujourd'hui, pousse par la législation les Français à s'avachir dans le matérialisme et l'hédonisme, à massacrer chaque année 225 000 enfants dans le sein de leur mère et à faire des Droits de l'Homme les droits de Sodome... On a crié à la mort de Dieu, on en est aujourd'hui à la mort de la France, à la mort de l'homme lui-même, dans un pays qui croit si peu en lui qu'il n'honore plus la famille et ne renouvelle même plus ses générations. Une nation tombée si bas est-elle en mesure de faire comprendre aux jeunes qu'être français c'est un honneur, qui se mérite ?

Je le redis : nous en appelons ce soir aux Français pour qu'ils mesurent enfin ce que fut la tragique méprise de la Révolution. Il faut qu'ils sachent que la monarchie en France n'a pas dit son dernier mot le 21 janvier 1793. Outre les années de paix civile et étrangère que furent celles de la Restauration, n'oublions pas la grande figure d'Henri V, comte de Chambord, qui, de son exil de Froshdorf, lança de si vigoureuses déclarations dénonçant le libéralisme, et la loi de la jungle de la concurrence effrénée, et rappelant que les rois capétiens avaient soutenu le peuple de France contre les féodaux et les puissances d'argent. Tradition sociale continuée par les princes d'Orléans jusqu'à nos jours, où les délocalisations et les divers "plans sociaux" montrent que le peuple est toujours méprisé par les puissances mercantiles et apatrides.

Oui, la France reviendra à son Roi. La monarchie "traditionnelle en son principe et moderne en ses institutions", libérée des malentendus de 1789, n'est en rien une utopie. Les Français ne croient plus aux idéologies, ni aux compétitions partisanes ; ils méritent que la politique redevienne cet acte d'amour et de paternité que Louis XVI poussa jusqu'au sacrifice suprême. Comme le disait Pierre Boutang, et je terminerai sur cette citation, « Louis XVI est mort pour que revive le Roi ».


 

Sans tarder, Sébastien passait le relais à l’ami François-Marin Fleutot qui ne se privait pas de rappeler pourquoi, nous pouvons, en nous souvenant du Roi Martyr, dire le Bon Roi ! Merci François.

 

Allocution de François-Marin FLEUTOT
directeur de la Compagnie d'Artagnan et Planchet

Il y a 213 ans, vers 10 heures du matin la charrette conduisant le citoyen Capet vers son destin pénétrait Place Louis XV, alors Place de la Nation, aujourd’hui place de la Concorde… dite Place de la Concorde… Depuis nous sommes réduits à n’être plus que des citoyens. Depuis nous sommes réduits à n’être plus que des suspects subissant l’inquisition continuelle de l’Etat français.

Il y a 213 ans le roi, notre roi, le roi père et protecteur des peuples de France fut guillotiné à39 ans, après une parodie de procès comme seuls savent en faire les despotiques. Et pourtant les dernières paroles du roi furent de demander le pardon pour l’âme de ses meurtriers… Car si Louis XVI était Roi il était avant tout un homme

...Un homme père de famille…. Un homme croyant en son Dieu….. Un homme issu d’une famille multiséculaire qui a créé et fondé la France… De Clovis, Louis 1er, en passant par les Capétiens, les Valois, les Bourbons. Disons-le aujourd’hui où la France est réduite àl’état de province de la grande Europa, où l’homme n’est plus rien qu’un individu citoyen sans passé et sans avenir : Oui les Français et le Capet, le roi LOUIS XVI étaient des hommes libres, bien plus libres que nous ne le sommes aujourd’hui…

Mais de quoi cet homme, ce roi, était-il coupable ??? Dès sa prise de fonction il abolit la peine de mort (voir note 1). Eh oui, ce jeune roi de 21 ans, le 12 décembre 1775 décide d’abolir la peine de mort pour tous les déserteurs…. Il est le premier homme politique à avoir pensé que l’homme ne pouvait pas décider de donner la mort à autrui… Il a fallut attendre deux siècles pour qu’un pouvoir républicain accepte de supprimer ce châtiment de son arsenal répressif… Ainsi, avant la révolution de 1789 le royaume de France, grâce à cette action, avait commencé à remettre en cause la barbarie… Nous étions le seul pays au monde ! Oui, certes, mais nous étions le royaume de France !

Mais de quoi cet homme, ce roi, était-il coupable ??? Contre l’avis du parlement il décide l’abolition de la corvée et des jurandes le 17 février 1776…. Le parlement lui fait remontrance en août le roi fut contraint de rétablir temporairement la corvée (note 2)… Le pouvoir du roi n’était pas aussi totalitaire que celui de nos hommes politiques d’aujourd’hui qui peuvent nier dans les faits ce que le peuple a voté !

Mais de quoi cet homme, ce roi, était-il coupable ??? En 1779, Louis XVI abolit le servage dans les domaines royaux (note 3) Eh oui le roi n’avait pas le pouvoir d’ordonner cela pour tout le royaume mais Louis XVI, en roi exemplaire, père de ses peuples, pouvait montrer l’exemple… Ce qu’il fit.

Mais de quoi cet homme, ce roi, était-il coupable ??? En 1784, le Capet qui sera guillotiné le 21 janvier 1793, celui-là même dont nous nous souvenons ce soir, décide qu’il n’y aura plus de péage corporel et de droits humiliants pour la communauté juive. Dorénavant un juif est reconnu comme tel mais sujet du royaume de France comme tout un chacun… Notons bien 1784… bien avant 1789 !

Mais de quoi cet homme, ce roi, était-il coupable ??? Le 23 octobre 1787, Louis XVI le roi très chrétien, le roi qui ne cessera d’être catholique fidèle de l’église de Rome, mettra fin àla discrimination civile que subissait la communauté des chrétien protestant, et pas seulement cette communauté d’ailleurs ! En accordant l’état civil au non catholique.

Mais de quoi cet homme, ce roi, était-il coupable ??? Lorsqu’en 1788, juste avant de convoquer les Etats de son royaume il décide, car il en a le pouvoir, d’abolir la torture (note 4). Oui le roi de France n’a pas eu besoin des doctrinaires pour considérer qu’il n’était pas de bonne justice qui torturait le suspect…

D’ailleurs n’a-t-il pas dit et écrit : « La raison suffit seule pour nous convaincre que les souverains furent donnés aux peuples, et non les peuples aux souverains. L'autorité suprême n'est que le droit de gouverner ; et gouverner, ce n'est pas jouir, c'est faire jouir les autres ; c'est assurer, c'est maintenir contre la licence de la multitude les droits qui appartiennent à chaque individu. La souveraineté est le plus grand de tous les pouvoirs, mais la moindre de toutes les propriétés. Les rois, comme rois, n'ont rien à eux que le droit ou plutôt le devoir, de tout conserver à la société, dont ils sont les tuteurs et les chefs. Le plus terrible des fardeaux est celui du pouvoir absolu. Ce pouvoir, étant, par sa nature, toujours en mouvement, parce que son action doit être continuelle, écraserait et les souverains et leurs peuples avec eux, s'ils n'étaient sans cesse soutenus par la justice et dirigés par les règles qu'elle prescrit. »

C’est cet homme qu’une tribu de fanatiques républicains a conduit à l’échafaud, détruisant une famille, allant jusqu'à s’acharner sur sa femme et ses enfants… Comment pourrions-nous respecter un système politique qui est né de cette infamie ! Qui est né du sang de France !

Comme le dit l’ambassadeur des Etats-Unis, présent en France lors de cet assassinat… Dans l’instant un silence s’abattit sur Paris, sur ce Paris si bruyant de vie. Pendant trois jours le peuple de France devint silencieux… Faisons comme lui quelques instants pour nous souvenir que la mort de Louis XVI est l’acte fondateur de tous les totalitarismes modernes.


Notes commentaires et précisions sur ces propos

Note 1
l’abolition de la peine de mort
pour les déserteurs.
Deux mois après son avènement le 30 juillet 1774, Louis fait suspendre l’exécution des jugements concernant les condamnations à mort des déserteurs, soit dix huit mois avant son ordonnance (12 décembre 1775). Le roi fait écrire par Turgot, alors ministre de la Marine :
Lettre de Turgot du 30 juillet 1774
« Le Roi voulant, Monsieur, soustraire autant qu'il sera possible à la rigueur des ordonnances militaires les déserteurs des troupes de la Marine, l'intention de Sa Majesté est que jusqu'à nouvel ordre vous fassiez suspendre l'exécution des jugements contradictoires qui pourront être prononcés par le Conseil de Guerre contre les déserteurs, et que vous m'informiez des circonstances dans lesquelles ils se trouveront chacun en particulier, se réservant Sa Majesté, d'après les comptes qui lui en seront rendus, de prononcer sur leur sort. Cependant, pour maintenir la discipline et laisser un frein qui puisse contenir les troupes, vous voudrez bien ne point rendre public ce que je vous marque, ni le communiquer, que dans le cas de maladie ou d'absence, à l'officier qui pourrait vous remplacer, et même paraître, quand l'occasion s'en présentera, prendre sur vous la conduite que Sa Majesté vous autorise à tenir.» (Bibliothèque du port de Brest N° 161)

Ordonnance royale du 12 décembre 1775
«Sa Majesté voulant donner à ses sujets une preuve signalée de sa bonté et de sa justice, elle a résolu de modérer les peines portées contre les déserteurs de ses troupes par les ordonnances du feu roi son aïeul, et de proportionner celles qui auront lieu; pour l'avenir aux motifs et aux circonstances de leur désertion.

« Obligé de sévir contre ceux qui se rendront coupables d'un crime si préjudiciable à la discipline militaire, ainsi qu'à la gloire et prospérité de ses armes, Sa Majesté n'a consulté que sa tendresse pour ses sujets dans le choix des punitions qu'elle a établies au lieu de la peine de mort ci-devant prononcée pour tous les cas de désertion, et elle ne l'a maintenue que contre les déserteurs qui, en abandonnant leur poste en temps de guerre, joignent dans cette circonstance une lâche trahison à leur infidélité.

« Considérant au surplus Sa Majesté la situation malheureuse des soldats, cavaliers, dragons et hussards de ses troupes qui en ont déserté jusqu'à présent et qui, fugitifs dans ses états ou réfugiés en pays étranger, expient, la plupart depuis longtemps, par leur misère et leur repentir, le crime qu'ils ont eu le malheur de commettre, elle a cru que le jour où elle publiait une loi de douceur et d'humanité devait être celui de sa clémence, et elle s'est déterminée à leur accorder une amnistie générale et sans condition : Sa Majesté déclarant que nuls événements ni circonstances ne le porteront durant le cours de son règne à renouveler une pareille grâce ni à en accorder de particulières aux déserteurs de ses troupes. Sa Majesté se persuade d'ailleurs que ses sujets n'ayant plus lieu d'être émus de compassion en faveur des dits déserteurs, attendu la diminution notable des peines contre eux précédemment prononcées, ils regarderont comme un devoir que leur fidélité et leur patriotisme leur imposent, de contribuer à les faire arrêter, loin de protéger leur fuite et même de leur donner retraite comme par le passé.»

Note 2
Sur l’organisation du travail
Edit d’août 1776.
« Notre amour pour nos sujets nous avait engagé à supprimer, par notre édit du mois de février dernier, les jurandes et communautés de commerce, arts et métiers. Toujours animé du même sentiment et du désir de procurer le bien de nos peuples, nous avons donné une attention particulière aux représentations de notre cour parlement, et ayant reconnu que l'exécution de quelques-unes des dispositions que cette loi contient pouvait entraîner des inconvénients, nous avons cru devoir nous occuper du soin d'y remédier, ainsi que nous l'avions annoncé. Mais persévérant dans la résolution où nous avons toujours été de détruire les abus qui existaient avant notre édit. dans les corps et communautés d'arts et métiers, et qui pouvaient nuire au progrès des arts (note FMF : nous dirions aujourd’hui technique), nous avons jugé nécessaire, en créant de nouveau six corps de marchands et quelques communautés d'arts et métiers, de conserver libres certains genres de métiers ou de commerces qui ne doivent être assujettis à aucuns règlements particuliers; de réunir les professions qui ont de l'analogie entre elles, et d'établir à l'avenir des règles dans le régime des dits corps et communautés, à la faveur desquelles la discipline intérieure et l'autorité domestique des maîtres sur les ouvriers seront maintenues, sans que le commerce, les talents et l'industrie soient privés des avantages attachés à cette liberté qui doit exciter l'émulation sans introduire la fraude et la licence. La concurrence établie pour des objets de commerce, fabrication et façon d'ouvrages, produira une partie de ces heureux effets, et le rétablissement des corps et communautés fera cesser les inconvénients résultant de la confusion des états. Les professions qu'il sera libre à toute personne d'exercer continueront d'être une ressource ouverte à la partie la plus indigente de nos sujets. Les droits et frais pour parvenir à la réception dans lesdits corps et communautés (Note FMF : Pour les maîtres le chef-d'œuvre. Pour les apprentis et compagnons l'examen de capacité) réduits à un taux très modéré et proportionné au genre et à l'utilité du commerce et de l'industrie, ne seront plus un obstacle pour y être admis. Les filles et les femmes n’en seront pas exclues. Les professions qui ne sont pas incompatibles pourront être cumulées... Les procès qui existaient - entre les communautés - demeureront éteints, et nous prendrons des mesures capables d'arrêter les contestations fréquentes qui étaient si préjudiciables à leurs intérêts et au bien du commerce. En rectifiant ce que l'expérience a fait connaître de vicieux dans le régime des communautés, en fixant par de nouveaux statuts et règlements un plan d'administration sage et favorable, lequel dégagera des gênes que les anciens statuts avaient apportées à l'exercice du commerce et des professions, et détruisant des usages qui avaient donné naissance à une infinité d'abus, d'excès et de manœuvres dans les jurandes et contre lesquelles nous avons dû faire un usage légitime de notre autorité, nous conserverons de ces anciens établissements les avantages capables d'opérer le bon ordre et la tranquillité publique.»

Note 3
Édit portant abolition du servage
et de la main-morte, août 1779 :

« Constamment occupé de tout ce qui peut intéresser le bonheur de nos peuples, et mettant notre principale gloire à commander une nation libre et généreuse, nous n'avons pu voir sans peine les restes de servitude qui subsistent dans plusieurs de nos provinces; nous avons été affectés en considérant qu'un grand nombre de nos sujets, servilement encore attachés à la glèbe, sont regardés comme en faisant partie et confondus pour ainsi dire avec elle; que privés de la liberté de leurs personnes et des prérogatives de la propriété, ils sont mis eux-mêmes au nombre des possessions féodales; qu'ils n'ont pas la consolation de disposer de leurs biens après eux; et qu'excepté dans certains cas rigidement circonscrits, ils ne peuvent pas même transmettre à leurs propres enfants le fruit de leurs travaux; que des dispositions pareilles ne sont propres qu'à rendre l'industrie languissante, et à priver la société des effets de cette énergie dans le travail que le sentiment de la propriété la plus libre est seul capable d'inspirer.

« Justement touché de ces considérations, nous aurions voulu abolir sans distinction ces vestiges d'une féodalité rigoureuse; mais nos finances ne nous permettent pas de racheter ce droit des mains des seigneurs, et retenu par les égards que nous aurons dans tous les temps pour les lois de la propriété que nous considérons comme le plus sûr fondement de la justice, nous avons vu avec satisfaction qu'en respectant ces principes, nous pouvions cependant effectuer une partie du bien que nous avions en vue, en abolissant le droit de servitude, non seulement dans tous les domaines en nos mains, mais encore dans tous ceux engagés par nous et les rois nos prédécesseurs; autorisant à cet effet les engagistes qui se croiraient lésés par cette disposition (FMF : Engagiste : possesseurs (à temps partiel) sous certaines conditions d’une partie du domaine royal) , à nous remettre les domaines dont ils jouissent et à réclamer de nous les finances fournies par eux ou par leurs auteurs.

« Nous voulons de plus qu'en cas d'acquisitions ou de réunion à notre couronne, l'instant de notre entrée en possession dans une nouvelle terre ou seigneurie soit l'époque de la liberté de tous les serfs ou main-mortables (FMF : Main-mortable : celui qui n’a pas la faculté de disposer de ses biens à sa mort) qui en relèvent ; et pour encourager en ce qui dépend de nous les seigneurs de fiefs et les communautés à suivre notre exemple, et considérant bien moins ces affranchissements comme une aliénation que comme un retour au droit naturel, nous avons exempté ces sortes d'actes des formalités et des taxes auxquelles l'antique sévérité des maximes féodales les avait assujettis.

« Enfin si les principes que nous avons développés nous empêchent d'abolir sans distinction le droit de servitude, nous avons cru cependant qu'il était un excès de ce droit que nous ne pouvions différer d'arrêter et de prévenir; nous voulons parler du droit de suite (FMF : poursuite) sur les serfs et main-mortables, droit en vertu duquel des seigneurs de fiefs ont quelquefois poursuivi dans les terres franches (libres) de notre royaume et jusque dans notre capitale les biens et les acquêts de citoyens éloignés depuis un grand nombre d'années du lieu de leur glèbe et de leur servitude; droit excessif que les tribunaux ont hésité d'accueillir et que les principes de justice sociale ne nous permettent plus de laisser subsister. Enfin nous verrons avec satisfaction que notre exemple et cet amour de l'humanité si particulier à la nation française, amènent sous notre règne l'abolition générale des droits de main-morte et de servitude, et que nous serons ainsi témoin de l'entier affranchissement de nos sujets qui, dans quelque état que la Providence les ait fait naître, occupent notre sollicitude et ont des droits égaux à notre protection et à notre bienfaisance. »

Note 4 Sur l’abolition de la Torture
Déclaration du 24 août 1780
« Les anciennes ordonnances des rois nos prédécesseurs avaient toujours adopté l'usage d'appliquer à la question l'accusé d'un crime constant (évident) et auquel la loi réservait la peine de mort, lorsque, les Indices étant considérables contre l'accusé, la preuve ne se trouvait cependant pas être suffisante pour lui faire subir cette peine. Par l'article 1 du titre IX de l'ordonnance du mois d'août 1670 (FMF : Ordonnance qui ont renouvelé le code pénal sous Louis XIV), tous juges ont été autorisés à ordonner cette question dénommée question préparatoire. Par l'article 2 ils ont été même autorisés à arrêter que, nonobstant la condamnation à cette question, les preuves subsisteraient en leur entier, pour pouvoir condamner l'accusé à toutes sortes de peines pécuniaires ou afflictives, excepté toutefois celle de mort, à laquelle l'accusé qui aurait souffert la question sans rien avouer ne pourrait être condamné, si ce n'est qu'il survînt de nouvelles preuves depuis la question. La faculté laissée aux juges d'ordonner, suivant les circonstances, la question préparatoire avec ou sans réserve de preuves, a rendu nécessaire de déterminer la place que chacune de ces condamnations devait occuper dans l'ordre des peines, d'autant que les jugements, soit définitifs, soit d'instruction, devant passer à l'avis le plus doux en matière criminelle, si le plus sévère ne prévaut que d'une voix dans les procès qui se jugent à la charge de l'appel, et de deux dans ceux qui se jugent en dernier ressort, il était indispensable de régler entre ces deux manières de prononcer laquelle était la plus douce ou la plus sévère. C'est d'après ces considérations que par l'article 13 du titre XXV de la même ordonnance qui détermine l'ordre des peines, après la peine de mort naturelle, la question avec la réserve des preuves en leur entier a été marquée comme la plus rigoureuse, et que la question sans réserve des preuves n'a été rangée qu'après celle des galères perpétuelles et du bannissement perpétuel, comme étant moins rigoureuse.

« Nous nous sommes fait rendre compte des motifs qui avaient déterminé à autoriser d'une manière aussi précise l'usage de la question préparatoire, et nous avons été informé que lors des conférences tenues préalablement à la rédaction de l'ordonnance du mois d'août 1670, des magistrats recommandables par une grande capacité et par une expérience consommée, s'étant expliqués sur ce genre de question, auraient déclaré qu’elle leur avait toujours semblé inutile, qu'il était rare que la question préparatoire eût tiré la vérité de la bouche d'un accusé, et qu'il y avait de fortes raisons pour en supprimer l'usage; et il nous parait que l’on n’a cédé pour lors qu’à une sorte de respect pour son ancienneté ; nous sommes bien éloignés de nous déterminer trop facilement à abolir les lois qui sont anciennes et autorisées par un long usage. Il est de notre sagesse de ne point ouvrir des facilités pour introduire en toutes choses un droit nouveau qui ébranlerait les principes et pourrait conduire par degrés à des innovations dangereuses ; mais après avoir donné toute notre attention à l'usage dont il s'agit, avoir examiné tous ses rapports et tous ses inconvénients, et les avoir balancés avec les avantages que la justice en a pu retirer et qui pourraient en résulter par la suite pour la conviction et la punition des coupables, nous ne pouvons nous refuser aux réflexions et à l'expérience des premiers magistrats qui nous laissent entrevoir plus de rigueur contre l'accusé, dans ce genre de condamnation, que d'espérance pour la justice de parvenir, par l'aveu de l'accusé, à compléter la preuve du crime dont il est prévenu. Nous ne pensons donc pas différer de faire cesser un pareil usage, et d'annoncer en même temps à nos peuples que si, par un effet de notre clémence naturelle nous nous relâchons en cette occasion de l'ancienne sévérité des lois, nous n'entendons pas toutefois restreindre leur autorité par rapport aux autres voies qu'elles prescrivent pour constater les délits et les crimes, et pour punir ceux qui en seront dûment convaincus. Nous sommes d'ailleurs bien assuré que nos Cours, qui sont dépositaires de cette autorité, continueront, à notre exemple, de protéger toujours l'innocence et la vertu. »


Jugement d'instruction: conclusions d'une enquête.

C'est l'ordonnance qui, sous Louis XIV, a renouvelé le code pénal.

TESTAMENT DU ROI

« Au nom de la Très Sainte Trinité, du Père, du Fils et du Saint Esprit. Aujourd'hui vingt-cinquième jour de Décembre, mil sept cent quatre vingt douze. Moi Louis seizième du nom, Roi de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même depuis le onze du courant avec ma famille, de plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l'issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune loi existante, n'ayant que Dieu pour témoin de mes pensées, et auquel je puisse m'adresser, je déclare ici en sa présence mes dernières volontés et mes sentiments.

«Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d'après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ, qui s'est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes quelque indignes que nous en fussions, et moi le premier.

«Je meurs dans l'union de notre Sainte Mère l'Église Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de St Pierre auquel Jésus Christ les avait confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l'Église, les Sacrements et les Mystères tels que l'Église Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. Je n'ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d'expliquer les dogmes qui déchirent l'Église de Jésus Christ, mais je m'en suis rapporté et rapporterai toujours, si Dieu m'accorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Sainte Église Catholique donnent et donneront conformément à la discipline de l'Église suivie depuis Jésus Christ. Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent être dans l'erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en Jésus Christ suivant ce que la charité Chrétienne nous l'enseigne.

«Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés. J'ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester et à m'humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d'un Prêtre Catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j'ai d'avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l'Eglise Catholique à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, s'il m'accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du ministère d'un Prêtre Catholique, pour m'accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.

«Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance, (car je ne me rappelle pas d'avoir fait sciemment aucune offense à personne) ou ceux à qui j'aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu'ils croient que je peux leur avoir fait.

«Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m'ont fait beaucoup de mal.

«Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma Sœur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont attachés par les Liens du Sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être.

«Je recommande mes enfants à ma femme, je n'ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux, je lui recommande surtout d'en faire de bons chrétiens et d'honnêtes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s'ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l'Éternité. Je prie ma Sœur de vouloir bien continuer sa tendresse pour mes enfants, et de leur tenir lieu de Mère, s'ils avaient le malheur de perdre la leur.

«Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle, si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.


«Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses Concitoyens, qu'il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve. Qu'il ne peut faire le bonheur des Peuples qu'en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu'un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire, et qu'autrement, étant lié dans ses opérations et n'inspirant point de respect, il est plus nuisible qu'utile.
«Je recommande à mon fils d'avoir soin de toutes les personnes qui m'étaient attachées autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péris pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi.

«Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m'ont montré un véritable attachement et désintéressé. D'un côté si j'étais sensiblement touché de l'ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n'avais jamais témoigné que des bontés, à eux, à leurs parents ou amis, de l'autre j'ai eu de la consolation à voir l'attachement et l'intérêt gratuit que beaucoup de personnes m'ont montrés. Je les prie d'en recevoir tous mes remerciements. Dans la situation où sont les choses, je craindrais de les compromettre si je parlais plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.

«Je croirais calomnier cependant les sentiments de la Nation si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM. de Chamilly et Hue que leur véritable attachement pour moi avait portés à s'enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel j'ai eu tout lieu de me louer depuis qu'il est avec moi. Comme c'est lui qui est resté avec moi jusqu'à la fin, je prie MM. de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.

«Je pardonne encore très volontiers à ceux qui me gardaient les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J'ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur cœur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.

«Je prie MM. de Malesherbes, Tronchet et de Sèze de recevoir ici tous mes remerciements et l'expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu'ils se sont donnés pour moi.

«Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.

Fait double à la Tour du Temple le 25 Décembre 1792. Louis XVI

Pour terminer… Ceux qui n’oublient pas devraient tous lire et faire lire le livre de Monsieur Petitfils qui est paru aux Editions Perrin l’an passé.

 

 

Et pour conclure, Adrien lisait quelques extraits du testament de Louis XVI.

 

Et un bouquet de fleurs franchissait la grille pour être déposé devant la chapelle expiatoire.

 

Avant de se quitter, nos amis entonnaient quelques chants de circonstance se promettant d’être encore plus nombreux l’année prochaine !

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Portemont, le 4 février 2006.

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