mercredi 08 février 2012

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Tout, sauf une marche funèbre !

Et tous les amis étaient là, devant les grilles de l’église de La Madeleine.
Soirée « proustienne » ?


Non, tous ensemble se rendre au square Louis XVI, en ce dimanche 21 janvier 2007…

 

Mettre nos pas dans les pas de ceux qui avaient accompagné la dépouille funèbre du Roi.

 

Chaque année le cortège s’étoffe d’amis nouveaux, toutes générations confondues. Qu’il pleuve ou qu’il vente, qu’importe…

Ce cortège n’est pas affaire de mouvements, de partisans et encore moins de chapelles. Avec les  Etudiants du Centre Royaliste d’Action Française, les amis du Groupe de Liaison Royaliste, les bretteurs de la « Dépêche de la  Compagnie d’Artagnan et Planchet » et bien sûr les Manants, des amis connus et inconnus s’étaient ralliés pour aller témoigner et rendre hommage au Roi et à tous les morts des massacres de la Révolution…

Et comme l’a si bien dit Michel Fromentoux, nous ne commémorions pas un échec…


Allocution de Michel Fromentoux,
Directeur de l’Institut d’ Action Française

Chers amis,
Nous venons une fois encore de suivre une partie du parcours de la dépouille mortelle du roi Louis XVI, jetée ici dans une fosse commune il y a exactement deux cent quatorze ans. Mais nous n’avons pas accompli une marche funèbre ; nous ne sommes pas réunis ce soir pour commémorer un échec. Loin de là !
 Car le roi qui venait d’être mis à mort à 10 h 22, devant une foule pétrifiée, sur la place que l’on ose appeler de la Concorde, s’était élevé à la cime de lui-même qui est aussi la cime de notre Histoire. Il avait surplombé magnifiquement - et il les surplombe pour toujours - les brutes enivrées d'une idéologie libertaire, égalitaire et suicidaire, qui prétendaient couper à jamais la France de son passé, de toute transcendance, de Dieu Lui-même pour recommencer l’histoire avec les seules forces de la raison humaine.

Les faits sont têtus. Regardez la France républicaine, regardez le cirque qu’est une campagne électorale présidentielle, regardez ces politiciens qui se déchirent et se contorsionnent pour inventer les promesses les plus alléchantes sans souci de les tenir, regardez cette Constitution que le chef de l’État lui-même viole selon ses intérêts, entendez ces parvenus qui n’ont aucune notion du bien commun, observez cette démarche titubante d’un État sans tête et cette incapacité de tout gouvernement à durer... Il y a vraiment de quoi crier : »Louis XVI, reviens, ils sont devenus fous ! »
Oui, le Roi nous manque, à nous qui aimons la France et qui sommes désireux d’assurer sa pérennité en tant que nation indépendante, unie dans la conjugaison harmonieuse de toutes ses diversités, fière de ses traditions chrétiennes. Et c'est justement par cette absence cruelle que la Roi ne cesse d’être pour nous présent.

Certes on peut déplorer que Louis XVI, dans un excès de bonté, n’ait pas suffisamment empêché son peuple de se laisser pervertir par les sirènes flatteuses des « Lumières »exaltant la liberté pour les hommes de s’autodétruire. Il n'empêche que ce roi intelligent, cultivé, très au fait des réalités concrètes de ses sujets, eût été en des temps normaux un excellent roi. Que le premier choc de la monarchie et de la subversion moderne ait parfois paralysé l'action de Louis XVI, c’est, hélas, vrai.
 Il est pourtant resté jusqu’au bout lincarnation de la France et de son unité, le suprême recours dans ses malheurs. Dès qu’il vit que le mouvement de révolution qu’il avait lui-même souhaité et commencé par de bienfaisantes réformes se trouvait détourné dans le sens d’une Révolution totale à la fois contre l’ordre politique hérité de l’Histoire et contre le Dieu de saint Louis, il s’appuya sur son ancestrale légitimité : devant ses juges épais, devant ses bourreaux sanguinaires, devant son peuple déchiré, il garda son calme afin de rester, fût-ce jusqu’au sacrifice, le symbole et le garant de l'unité nationale. Il s’offrit en holocauste en union avec les souffrances de Notre Seigneur Jésus-Christ, priant Dieu pour que son sang pût « cimenter le bonheur des Français ». Le tambour de Santerre lui coupa la parole, mais pour nous, un homme - un roi - qui a rendu son âme à Dieu en parlant ainsi n’est jamais totalement mort.
Voyez-vous, la différence entre un roi et un politicien, c’est que le roi est avec son peuple dans les jours fastes, avec son peuple dans les jours sombres, avec son peuple même quand celui-ci déraisonne, car il est avant tout un père responsable de ses actes devant Dieu et devant les hommes, qui n’abandonne pas ses enfants au moment où ils ont le plus besoin de lui. Alors que le politicien, lui, n’engage jamais sa propre vie.
 Et qu'on ne s’étonne pas que ce manque d'incarnation de la France en une famille ait laissé surgir des droits de l’homme effaçant les devoirs, un individualisme et un hédonisme exacerbés, la remise en cause de l’idée même de nation-héritage et la mise à mort d’enfants innocents par souci de confort personnel. Tout cela se tient. Quant disparaît le droit divin, disparaît aussi tout sens du sacré.
La France mérite autre chose que les discours péremptoires et que lui servent aujourd'hui des candidats. Elle a besoin de quelqu’un qui soit, non qui prétende être. Elle a besoin d’entendre un langage royal, réellement royal ! C'est pour la France une question de vie ou de mort. La famille royale est toujours là. À nous de l’aider à reprendre sa vraie place !
Permettez-moi encore un mot. Dans la fosse commune qui était ici, furent jetés non seulement le roi Louis XVI et, en octobre de la même année, la reine Marie-Antoinette, mais aussi les Gardes Suisses qui défendirent les Tuileries le 10 août 1792. Vous vous rappelez que cette « journée » fut décisive : le sinistre Danton voulait en finir avec la royauté, car tant que le Roi serait encore là même avec un pouvoir édulcoré, la Révolution ne pourrait avoir totalement raison. Face aux 1 100 Suisses et quelques Gardes nationaux, on arma une foule d’hommes et de femmes surexcités, car il ne fallait surtout pas, pour Danton, que le Roi, par sa prestance et son calme, pût en imposer au peuple comme cela s’était produit le 20 juin précédent. Ce devait être la lutte finale !
Louis XVI comprit tout de suite que seul un bain de sang pouvait empêcher la prise des Tuileries. Il ne le voulut pas, car jamais un roi de France ne fit tirer sur son peuple. La Révolution, elle, n’avait pas ce genre de scrupules, puisque dès juin 1791, au Champ-de-Mars, elle avait noyé dans le sang une révolte d’ouvriers affamés...
Louis XVI n’a jamais manqué de confiance dans les Français. Il était un gentilhomme face à des bêtes féroces. C’est aux représentants des Français, donc à l'Assemblée nationale, qu’il remit son sort et celui de sa famille, ordonnant dans un ultime élan de charité, aux Suisses de cesser le feu. Il ne pouvait imaginer que les meneurs de la foule en délire oseraient se livrer contre des soldats désarmés à un horrible massacre. Ceux d’entre les Suisses non encore éventrés furent emprisonnés et sauvagement massacrés lors des journées de Septembre.
Le Roi était déchu, la Terreur allait pouvoir s’en donner à cœur joie... Telle est la vérité sur la Révolution, sur la France sans Roi.
 Or ces Suisses valeureux, ces héros de la fidélité, nous devons les unir ce soir au Roi et à la Reine dans notre pieuse pensée. Le 18 novembre dernier, le Président de la Confédération helvétique, juste après s’être entretenu avec le président de la République, a assisté aux Invalides à une cérémonie en leur honneur, au cours de laquelle fut dévoilée une plaque offerte par une fondation suisse, la Fondation 1792. Les Français n’en ont pratiquement rien su et, depuis lors, la plaque s’empoussière dans une cave des Invalides. Nous devrions tous avoir honte de l’y laisser, et je vous engage vivement à signer la pétition, dont L'Action Française 2000 a parlé, réclamant que cette plaque soit apposée ici à la Chapelle Expiatoire, construite sous Louis XVIII sur les lieux du charnier en signe de réconciliation nationale. Pour tout renseignement, venez me voir à la fin de cette cérémonie.
Mes chers amis, l’heure est maintenant au recueillement. Une péronnelle a cru devoir inventer récemment le mot « bravitude » ; il n’y a pas lieu de triturer la langue française pour savoir ce que c’est qu’être brave. Les sangs mêlés du roi, de la reine et des Suisses nous le disent amplement. Ne les sentez-vous pas comme bouillonnant sous vos pieds à proximité de la Chapelle ? Entendez-les nous dire : Pour que Vive la France, Vive le Roi !


La parole était ensuite donnée à Olivier Perceval : Propos des plus Manants…


Chers amis,
Il est plus que probable que bon nombre d'entre vous participez à la manifestation de cet après-midi en faveur de la vie, en faveur de la famille qui est la vie et la transmission de la vie.
Ce soir nous commémorons l'assassinat d'un père qui sera suivi de celui de son épouse et de son fils.
La mafia oligarchique qui est à l'origine de cet assassinat savait bien ce qu'elle faisait. Ou du moins croyait-elle savoir.
Il fallait se libérer définitivement au sommet de l'état de la dernière entrave à l'expansionnisme bourgeois, entrave qui puisait son extraordinaire légitimité au plus profond de l'Histoire du royaume vécue dès Bouvines, avec ce peuple de France qui grandissait à mesure que grandissait la monarchie.
Cette violence meurtrière devait fort logiquement atteindre en premier lieu la famille de France, la clé de voûte de notre société, le symbole de la continuité du royaume au-delà des vicissitudes gouvernementales.
Le roi, le père, l'arbitre au-dessus des grands, a donc un certain 21 janvier 1793 après une parodie de jugement dont le verdict ne faisait aucun doute, été exécuté sur la place royale rebaptisée place de la révolution.
Le sang royal a été versé sur le sol parisien, provoquant une réelle stupeur par tout le royaume abasourdi.
Pour masquer le crime, les assassins développèrent une sorte de grandiloquence patriotique où l'on pourchassa les traîtres et précipita la France contre toute l'Europe. Ce sera la cause de destructions irréversibles dont la dernière guerre était encore, si l'on se réfère aux démonstrations de Jacques Bainville, l'ultime conséquence.
Car la révolution n'a tué le roi que pour mieux s'en prendre au royaume.
Les familles françaises, dont la stabilité leur permet de s'inscrire dans la durée, sont aussi porteuses, parfois inconsciemment, de la pérennité du royaume. Elles doivent donc disparaître.
Quand un crime est parfait, on supprime les témoins. Le combat de la Révolution n'est donc pas fini et par voie de conséquence, chers amis, le nôtre non plus.
C’est pourquoi ce soir , il ne s’agit pas d’une simple commémoration.
C’est une communion autour du martyre de notre Roi lequel par son sacrifice même participe à l’oeuvre de rédemption.
Communion et réveil des consciences d'un peuple qui se souvient, qui doit se souvenir.
Devant la désaffection toujours grandissante de nos compatriotes pour le jeu électoral, comment se fait-il que l’élection du président de la république au suffrage universel rencontre toujours un tel succès.
Ne doit-on pas y voir un désir fort, depuis la mort du roi Louis XVI, de retrouver un arbitre au-dessus des partis, au service de tous les Français?
N’y aurait-il pas là un aveu implicite du peuple français qui se reconnaît en quelque sorte orphelin?
Chers amis, notre fidélité à la mémoire du roi martyr n’est rien d'autre que notre désir de continuité du royaume et donc notre profonde solidarité avec les souffrances du peuple de France, souffrances qui n’ont peut-être pas encore atteint leur point culminant.
Ce n’est pourtant ni le lieu ni le moment de prophétiser à la manière de Cassandre et nous n’avons pas le goût des larmes ni de la nostalgie.
Tant que le royaume vit, et il vit croyez-moi, ne serait-ce que parce que vous êtes là, (et il n’est pas encore celui qui l’anéantira). Tant que le royaume vit, disais-je, notre espérance restera intacte.
Notre Roi ainsi ne sera pas mort pour rien, pas plus que les nombreuses victimes de la Révolution.
Cet Holocauste aura teinté du sang royal les plus profondes de nos racines, les racines du royaume de France, pour lui donner une vigueur, une force nouvelle, et, peut être hasarderai- je, un sens nouveau.
S’il est facile en effet de dénoncer les fossoyeurs du pays, nos ennemis, les ennemis du royaume nous aurions tort d’ignorer ou de passer sous silence notre propre insuffisance.
Si la monarchie est tombée, c’est qu’elle n'était pas parfaite et que ses défenseurs n’étaient pas de la plus haute pertinence en dépit des circonstances. Je ne parle pas des braves qui sont mort sur place comme les gardes suisses et les nombreux paysans de nos provinces. Je fais plutôt allusion aux élites de l’époque, haut- clergé, noblesse courtisane, bourgeoisie montante.
Si le système confus qui le remplace provisoirement aujourd’hui perdure quelque peu, c’est sans doute que les fidèles que nous sommes manquent d’ardeur, de désintéressement et d’unité.
L’histoire tragique de la France nous a pourtant montrée qu’à aucun moment il fallait céder à la tentation du désespoir. « Les hommes d’armes batailleront et Dieu donnera la victoire »
Cela suppose de la part de chacun de nous une vraie démarche à la fois pleine d’humilité et de ferme volonté.
Cela suppose de remettre notre cause, la cause royale, au dessus de nos intérêts et aussi parfois des intérêts pseudo stratégiques des appareils.
Non, notre roi n’est pas mort pour rien, sa mémoire doit nous rassembler, nous les royalistes, c’est le moins qu’on puisse faire, et puis nous tous, les Français.
La mémoire du roi Louis XVI, n’est pas seulement sa mémoire, mais aussi une promesse.
La promesse que la future royauté retrouvée saura tirer les leçons du passé. Que la grande œuvre de réconciliation nationale est déjà en chantier.
Il nous appartient donc de reprendre la lutte, de réveiller la France triste et endormie, soumise à l’idée fataliste d’un inéluctable déclin. Secouerons-nous un jour cette torpeur, exorciserons-nous cet ensorcellement?
L'Histoire n’a pas encore dit son dernier mot et il faudra sans doute dans l’avenir traverser de nouvelles épreuves.
Mais viendra le jour où il apparaîtra clairement à tous les Français que l’on ne peut continuer à vivre dans un royaume sans roi. C’est cette évidence qui doit être rappelée à temps et à contretemps, sans complexes avec conviction et foi en l’avenir.
En hommage à notre roi Louis, nous devons en tant que ses fidèles, combattre sans haine ni esprit de vengeance, mais seulement pour la vérité qui rend libre, pour le bien commun. La « Res Publica »
C'est le message qu’en ce 21 janvier nous envoie du ciel de France notre roi persécuté.
Reprenons en les termes à l’intention de son héritier dans un extrait de son émouvant testament.
« Je recommande à mon fils, s’il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, qu’il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j’éprouve, qu’il ne peut faire le bonheur des peuples qu’en régnant suivant les lois. »
Ces fortes paroles ne peuvent être que royales. C’est-à-dire pleine de compassion pour le peuple pour ses peuples. Il sera juste par conséquent que bientôt refleurissent les lys, car ils ne refleuriront que pour que règne enfin la justice.

Et la grille fermant le square était comme chaque année gaillardement enjambée pour un dépôt de fleurs !

Minute de silence, et le silence était rompu par La Royale…

Un grand merci à tous nos amis !

Portemont, le 21 janvier 2007

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