lundi 21 mai 2012

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Rendez-vous à Ouessant 

En l’absence du Prince Jean (cf. article de Portemont du 3 avril), Nous sommes quelques royalistes et Manants à accompagner, malgré tout, « nos compagnons du confins » (expression d’Henry Le Bal) vers Ouessant.

Nous arrivons à Brest vendredi, par TGVomnibus ou en voiture, où des complicités dans la « Royale » nous valent d’être reçus au foyer des marins. Pas de radio, pas de télévision… Des nouvelles de l’état alarmant du pape nous parviennent par SMS et modèrent la joie de nos retrouvailles. Pierre, grand prêtre brestois de la logistique, nous conduit vers la crêperie « La Bigoudène » située dans l’un des seuls immeubles restés intacts après le pilonnage de la dernière guerre. Nous soufflons les 25 bougies de Pierre et le cidre coule à flot. Passez voir cette bigoudène. Son accueil vaut le détour. Vous y signerez le livre d’or dont une bonne vingtaine d’exemplaires trônent déjà sur des étagères et surtout vous dégusterez ses crêpes !

Samedi, Perceval et Hildegarde partent de Brest pour Ouessant, afin d’admirer la rade, et retrouvent, Brestois, Quimpérois, Lyonnais et Parisiens au Conquet. Ils ont devancé leur hôte sur le bateau et accueillent donc sur le pont Henri Le Bal*, Président de la Fédération Royaliste de Bretagne, Maître d’oeuvre et chef d’orchestre de ce séjour organisé à l’origine pour SAR le Duc de Vendôme. Il ne nous en tient pas rigueur ! Il oppose à l’adversité une indéfectible bonne humeur et va nous montrer, s’il en était besoin, que l’accueil des Bretons n’est pas un vain mot ! La mer est calme. Le soleil est au rendez-vous . Le capitaine de la compagnie « Penn ar bed » (le bout du monde) est un virtuose et nous dépose à Ouessant en dépit des rochers menaçants qui pointent telles des sentinelles à la surface de l’eau - ou affleurent à peine - et des courants violents qui agitent les fonds marins. Entre-temps, nous avons fait halte à Molène – « Qui voit Molène, voit sa peine » – et aperçu une des autres îles illustrées par les adages populaires : « Qui voit Groix, voit sa croix ; qui voit Sein, voit sa fin »…

… « Qui voit Ouessant, voit son sang » ! Mais Ouessant s’est parée de mille grâces pour nous recevoir ! Jean-Yves Cozan** nous accueille. Conseiller général d’Ouessant, il fut député durant 11 ans et vice-président de la Région Bretagne. Il nous transporte avec sa limousine à l’hôtel de la Duchesse Anne et nous présente « son » île avec fierté.

Ouessant mesure 8 km de long sur 4 km de large. Les autochtones sont environ 800. Elle doit son nom au navigateur grec qui la découvrit au IVe avant JC et la nomma « Uxisama » (île extrême ou île haute selon les linguistes). En 517, St Pol-Aurélien (gallo-romain parti du pays de Galles !), l’un des sept fondateurs de la nation bretonne, y fonde un monastère. En 1595, sous Henri IV, elle devient un marquisat au bénéfice de René de Rieux, lieutenant général de Bretagne et gouverneur de Brest. Cent ans plus tard Colbert décide la construction du phare du Stiff réalisé par Vauban. Le phare du Créac’h, le plus puissant du monde, sera construit en 1863. Muni d’une optique électrique en 1889, il est visible de la mer à 169 km !

Malgré l’adage « Qui voit Ouessant, voit son sang » dû à ses abords dangereux et peut-être aux pilleurs d’épaves qui trouvèrent là une ressource économique, Ouessant est accueillante… pour les frileux. En effet, l’île bénéficie d’une amplitude thermique la plus douce de France (8°5 à 17°5) et d’une pluviométrie plus basse que sur le continent. En revanche, la brume la recouvre près de trois mois par an !

Jean-Yves Cozan continue au grand bonheur d’Hildegarde : Ouessant est une île de femmes ! Les hommes dès le XVIIe siècle s’engagent dans la Marine Royale puis au XIXe partent sur des navires long-courriers. En l’absence des hommes, les femmes pratiquent la culture, l’élevage, réparent toitures et chemins et administrent l’île. Il y a environ trois femmes pour un homme, aussi un autre adage dit à Ouessant : « Croche dedans si tu peux, il n’y en aura pas pour toutes » !***

Après un rapide déjeuner à « la Duchesse Anne » à Lampaul (« lan paul » : monastère de Paul), Henri Le Bal nous donne rendez-vous chez lui, à Toulalan, sur l’autre « pince du crabe » : Ouessant figure assez bien un crabe dont les deux pinces s’avance vers le golfe de Gascogne (S-O). « Ralliez vous aux drapeaux », nous dit-il, pour tout itinéraire : Henri a planté, derrière chez lui, visible de la mer un mat où flottent les drapeaux de Bretagne et d’Ouessant.

Le photographe de presse, Jean-Yves Malgorn (auteur de l’album « Cap sur une île, Ouessant ») nous y attend. Quelques bonnes bouteilles viennent récompenser notre première marche. Il y en aura d’autres durant le séjour : Ouessant se parcourt à pied, à bicyclette ou en calèche (les voitures sont réservées aux autochtones afin de préserver l’écosystème). Nous partons pour le phare du Créac’h et découvrons la côte déchiquetée où s’élèvent encore les édifices « scientifiques » construits aux XIXe et début du XXe siècle : Deux bâtiments en pierre qui abritèrent une corne de brume actionnée par des chevaux et les vestiges, sur un piton rocheux, de l’édifice qui soutint une cloche sous-marine, descendue par cable si nécessaire, afin d’alerter les navires pourvus d’un hydrophone. Cette cloche tint trois ans avant d’être exécutée par la mer !

Perceval, Alexis et Sébastien s’échappent et se lancent à l’assaut des rochers. Nous notons l’heure de leur disparition à toutes fins utiles… Notre chapelain récite sans doute quelques prières… Nous les retrouvons, mais ils s’échappent à nouveau suivis par Jérôme pour rejoindre le piton rocheux et les vestiges de la cloche sous-marine. Notre petite troupe suit raisonnablement les sentiers caillouteux découpant la lande et rejoint le phare qui rallie également les échappés. Nous rentrons à pieds douloureux vers Lampaul où nous attend le ragoût de mouton à la motte, incontournable pour réparer nos forces, au restaurant « Le Fromveur » (quatre heures de préparation minimum) !
Pendant le repas, Perceval interrompt les convives et réclame notre attention. Sa voix est grave : « Le pape est mort » ! L’émotion fige les visages quelques instants…

Henri Le Bal, hôte exemplaire nous reçoit à nouveau chez lui pour clore la journée. Nous lui arrachons quelques aveux :
- Qu’auriez-vous dit au prince Jean ?
- Ce que je lui ai déjà dit à Quimper, il y a trois ans : « Rendez-vous à Ouessant ».
Cette phrase, Henri Le Bal l’entend des quatre coins du monde depuis qu’il co-organise à Ouessant avec son épouse, maire-adjoint à la culture de Quimper, le festival du livre insulaire, manifestation annuelle qui connaît un succès international.
- Le festival, c’est la présence francophone. Le prince Jean, c’est la présence française. Cette phrase raisonne en moi et je sais que le prince viendra…

Les royalistes bretons ont amené avec eux des amis. L’accueil breton et l’ouverture d’esprit royaliste favorisent ces rassemblements interculturels ! Les échanges sont riches, animés, mais toujours courtois avec Elisabeth Wortley, citoyenne américaine, ou les « républicains » de Quimper. Nous nous prenons à rêver : « Ah s’ils étaient tous comme eux ! »

Dimanche matin, la messe, célébrée par Monsieur le curé d’Ouessant, le RP René Tanguy, ancien de la marine marchande, assisté de notre chapelain, nous réunit à l’église de Lampaul. Bâtie en 1862, de style néogothique, St Paul l’Aurélien verra sa flèche édifiée en 1896 suite au naufrage du « Drummond-Castle » où périrent 76 marins anglais. La reine Victoria offrira cette flèche pour remercier Ouessant d’avoir inhumé les corps des marins retrouvés.
Notre organiste, Olivier Struillou*, avec grande humilité, offre volontiers ses services et soutient héroïquement la liturgie !

Déjeuner au « Ty Corn » où nous attend un « kig ha farz », plat à base de porc et de boeuf. Henri Le Bal et notre chapelain nous enchantent par leur conversation. Papilles et esprits ainsi stimulés approchent de la béatitude !

L’heure du départ approche. Nous avons juste le temps d’apercevoir, à marche forcée, le site mégalithique d’Ouessant, probablement l’un de plus vieux d’Europe.

La limousine nous attend pour filer au port. Les adieux ne sont pas cruels. Le prince viendra et nous y serons. La mer rythme l’appel des Bretons :

« Monseigneur, rendez-vous à Ouessant ! »

Les Manants du Roi, le 16 avril 2005.

Avant de quitter Brest, Perceval et Hildegarde rendent visite à l’un de héros de Paul Bonnecarrère dans « Par le sang versé »****, le lieutenant « la rafale », surnom qui lui fut donné par ses légionnaires, non parce qu’il utilisait une mitraillette à tors et à travers, mais parce qu’il parlait comme elle, en rafales ! Le lieutenant « la rafale » a aujourd’hui 86 ans et c’est le colonel en retraite, Roland David de Vinzelles, qui évoque avec Perceval ses plus vieux souvenirs, ceux de l’école des cadets de la garde de Guéret (Creuse) qui se souleva contre les autorités et entra dans sa quasi-totalité dans le combat en juin 1944. Elle se heurta à des bataillons de la division SS « Das Reich », division qui se rendit tristement célèbre quelques temps plus tard à Oradour… Ces jeunes cadets avaient vingt ans. Beaucoup furent tués, exécutés ou déportés. Jeunes royalistes découvrez leur histoire et trouvez dans leur exemple les raisons de « servir ».

*Henry le Bal est écrivain et poète (« Corsaires du Sacré, flibustiers de l’éternité » - « Le doigt de Dieu » - l’Age d’homme ; « L’île » - Beltan – recueil de poèmes pour « Les sept paroles du Christ en croix » de Haydn). Avec Olivier Struillou, titulaire du grand orgue de la cathédrale St Corentin à Quimper, il organise des concerts dont il écrit les textes.

**Jean-Yves Cozan dénonça, notamment, le scandale du maintien en détention de sept militants bretons, suite à l’explosion du Mac Do au Quévert où une jeune femme trouva la mort, uni à l’occasion à son adversaire socialiste Kofi Yamgnane. Le leader du mouvement indépendantiste breton Emgann, Gaël Roblin, fit quatre ans de prison et fut condamné… à trois ! Le parquet fit appel. Le procès en appel devrait avoir lieu prochainement.

***Les femmes supportent aussi souvent le veuvage, car la mer leur prend les hommes qu’elles ont su « crocher ». Une coutume, dite de la Proëlla est attestée dès 1734 et perdure jusqu’en 1962. Le plus ancien de la parenté se présente chez la veuve : « Il y a proëlla chez toi ce soir, ma pauvre enfant »… Une petite croix, de la taille d’une main est déposée sur un petit autel au domicile de la veuve. Elle symbolise le disparu. La veillée de prière commence… Le lendemain, le prêtre vient chercher « le mort » et toute la foule l’accompagne à l’église. Après la messe, le prêtre enferme la croix dans une urne portée au cimetière. L’une de ces urnes est scellée aujourd’hui sur un mur de l’église de Lampaul.

**** « Par le sang versé » Livre de poche - « Les cadets de la garde dans la tourmente » (1943-1944) Editions du Beffroi

Nous vous invitons à consulter le site officiel d’Ouessant : http://www.ouessant.org/sitefr/lien/pag8.html où nous avons complété nos sources, ainsi que les nombreux sites que vous découvrirez en tapant le fameux « gougueule »

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