samedi 04 février 2012

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« Enée devant Didon » ?

Non, Jean Foyer invité des Mercredi de la N.A.R. Un grand moment, en présence d’un «Romain ». Certes nous pouvions penser à quelques uns de nos morts…
Mais il était important d’entendre un grand témoin et acteur de notre histoire contemporaine.

Jean Foyer

Nous savions tous que Virgile n’a pas de secret pour Monsieur Jean Foyer. L’ancien ministre était là pour nous entretenir de ses souvenirs et de son dernier livre, et nous faire part de sa mémoire… Un survivant dont les témoignages sont d’importance. Une sincérité à l’épreuve de tous les doutes. D’accord pas d’accord, nous avons tenu à être présent.

« On m’a confié des fonctions que je n’avais pas sollicité. Pour certaines, on m’y a contraint… »

Faible Monsieur Jean Foyer ? Non ! Une conception du service de l’Etat à la Romaine…

Un grand juriste entré en Droit comme en religion. Un provincial attaché à sa province : Le Maine et Loire.

Et une époque temps de toutes les crises… Janvier 1959 : Installation du Président de la République. Son nom ? Il n’est pas oublié : Charles De gaulle.

Jean Foyer ? Février 1960, secrétaire d’Etat. Son « Patron » ? Frey… frappé par une allergie incurable, aux Africains. Le secrétaire d’Etat, novice, fera le travail : négocier avec l’outre-mer. Jean Foyer se fait remarquer… Ministre de la Coopération. Nous sommes en fin du gouvernement Debré. Pompidou entre en politique et loge Quai d’Orsay dans les appartements de Couve de Murville qui n’y habitait pas… tout une époque.

L’Algérie tonne… Il faut un « Garde des Sceaux ». Jean Foyer est convoqué par qui vous savez. Durée de l’entretien ? Quelques minutes :
« Vous savez ce qui arrive… Monsieur Pflimlin, sous la pression de ses amis MRP n’en a pas voulu. Dans les circonstances présentes, j’attends de vous que vous n’aurez pas la même lâcheté. » Terminé. Jean Foyer en prend pour cinq ans. Avec De Gaulle. Nous sommes en 1967 quand il quitte le gouvernement. Rappelé en 1972 par Messmer à la Santé publique. Un bref passage. Le ministre Jean Foyer n’a pas sa Foi dans sa poche. Catholique, il n’entend pas souscrire à la loi qui se prépare : l’avortement.

Il se contente de rester député sur sa belle terre des Mauges. En 1988, l’orage gronde en Maine et Loire. Nouvelles mœurs : il faut faire place à un sieur Charrette, triste sire celui-là !

Accords entre Chirac et Giscard… Jean Foyer se retire…

Mais revenons à la belle époque : La consommation de la décolonisation. Nous sommes sous les ors de la Ive République, en 1956, et la Loi Cadre de Messmer. Mise en place d’un régime de décentralisation proche de l’autonomie. Mais les pays de l’Afrique noire en voulaient davantage.

L’Afrique ? Deux personnages hors du commun : Houphouët et Senghor ! La fine fleur de l’AOF. Senghor ? Il veut préserver une certaine unité africaine et il est partisan pour une confédération avec la France…

Houphouët y était opposé. Maître à venir d’un territoire riche, il entendait rester autonome, souhaitant néanmoins conserver des liens forts avec la France : Une fédération ?

Toute une époque. De Gaulle fait une grande tournée, Dakar, Abidjan… Réception triomphale.

Retour : Propos de De Gaulle : « La Communauté c ’est une foutaise. Aussitôt qu’ils y seront rentrés, les Africains n’auront qu’une pensée, c’est d’en sortir. »

Les Etats-Unis ne restent pas les bras croisés. La Guinée refuse d’entrer dans la Communauté et gagne ainsi un siège Nations Unies…

Révisons donc la communauté…

 Toute cette époque nous est rappelée par un Jean Foyer pétillant de malice. Une époque haute en couleurs avec des acteurs de talent ! La Haute-Volta et Félicitée Léocadie… Le Tchad…Brazza… Libreville… Et Malraux !

Malraux le compagnon de voyage en terre africaine, Malraux portant la bonne parole : « Nous venons de prononcer l’indépendance d’un peuple… (dans l’indifférence générale). Nous venons d’entendre la salve des canons…( il n’y avait pas de canon) »

Malraux qui en en apellé aux rois de Babylone, à Scipion l’Africain aux guerres puniques, devant un auditoire médusé… De capitale en capitale, le même discours… Et alors qu’un conseiller avait fait remarquer à Malraux ses répétitions, Malraux pour son dernier discours d’attaquer : «  Je dirai ici ce que j’ai dit déjà dans trois capitales.»

Le langage de la France ne change pas selon les longitudes : « …Nous venons d’entendre la salve des canons… »

Oui, toute une époque, où un grand représentant de la France pouvait rencontrer un futur homme d’Etat africain  auquel une affaire d’anthropophagie était encore attachée…

Ces hommes n’étaient pas mus par des mobiles bas

Garde des Sceaux en 1962… Mission première ? Réprimer les évènements…

L’Algérie… s’évertuer à parler d’évènements…

Le conférencier, le « Romain » de poursuivre :

« Deux généraux condamnés à mort ?, deux qui continuent le combat… » Salan n’est pas condamné à mort.

« Jouhaud doit être exécuté » Se rappeler : Edmond Jouhaud, né à Bou Sfer en Oranie, descendant d’une famille d’Alsaciens-Lorrains établis depuis 1848 en Algérie

Commandant  auprès l’état-major des forces aériennes Nord-Est, il est fait prisonnier en 1940, s’évade et entre en résistance sous les ordres du général Revers chef de l ‘Organisation de résistance de l’Armée…

1955. Chef d’état major des forces de l’armée de l’Air. Grade le plus élevé de l’armée de l’Air…

C’est avec le grade de général d’armée aérienne qu’il quitte l’armée à sa demande le 1er février 1960

1961 : Il sera avec Maurice Challe, Raoul Salan et André Zeller un des quatre généraux organisateurs du putsch d’Alger du 22 au 25 avril… Et après l’échec prendra la tête de l’Organisation armée secrète en Oranie. Arrêté en mars 1962 il est condamné à mort…

Trois fois Jean Foyer interviendra auprès de De Gaulle… Rappel des grandes figures du bâtonnier Charpentier, du Président Battestini… Jean Foyer donne sa démission et vint le décret de grâce…

Bien sûr, il n’en fut pas de même pour Bastien- Thierry , fusillé le 11 mars 1963 pour avoir refusé  « le déshonneur et la trahison au plus haut niveau de l'État »… Jean Foyer se fait un « Romain » tendre… distinguant l’assassinat du meurtre, avec préméditation… Et puis, Bastien-Thierry aurait pu tuer Madame De Gaulle… Point de vue…

Un grand « Commis de l’Etat » égrène ses souvenirs en présence de Monsieur l’Ambassadeur Pierre Maillard qui acquiesce de la tête, autre grand témoin de son temps.

Petite halte aussi sur la constitution de 1958…

Le Droit et le temps présent ? « Influence néfaste de la Cour européenne des Droits de l’Homme »

Demander à Monsieur Jean Foyer ce qu’il pense du personnel politique de notre temps présent ? Nous nous y risquons à plusieurs… les réponses tombent sans hésitations. Le « Romain » répond le regard vif.  Vous devez bien vous douter des réponses. Il n’y en a pas un pour racheter les autres… Pour l’un qui pédale tant et tant pour le pouvoir : « Ne me faîte pas parler de quelqu’un dont l’histoire n’a pas encore commencé… » « Faire des choix entre des inconstances ». Le rôle du député aujourd’hui ? « Donner satisfaction aux groupes de pression » Le Président ? « idem »

Et la Constitution ? « elle a subi des modifications énormes et aberrantes »

En deux mots, la Constitution que certains veulent conserver est morte…

Tout cela nous donnait faim !

 

Et tous de se serrer autour de la table d’Yvan, de poursuivre la conversion et d’écouter les souvenirs du dernier grand « Romain » de la Ve république…

Un grand serviteur de la Ve quand la Ve connaissait ses heures de gloire.

Requiem in pace.

Et, d’accord pas d’accord : Merci Monsieur le ministre pour cette soirée. Une soirée comme vous ne pouvez en passer qu’en vous rendant aux « Mercredi de la N.A.R. ».

Portemont, le 20 décembre 2006

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