jeudi 09 février 2012

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La route sera-t-elle encore longue ?

Mais la Tradition, toute la Tradition, est un bon guide. Et si le Saint- Esprit s’en mêle, alors tout sera sauvé !

Une moisson d’espérance nous a été offerte lundi 20 novembre 2006, au Palais de la Mutualité de Paris. Sans tarder nous remercions l’Institut du Bon Pasteur, sans lequel cette soirée n’aurait jamais existé, peut-être…

Quand la ligne est tracée par le Saint Père, il n’y a pas lieu d’attendre et encore moins d’enfouir sous le boisseau notre Bien commun : La Tradition catholique.

Le ton était donné par l’annonce de cette soirée :

« Pour mettre en débat, dans l’Eglise, ce dont on n’a plus le droit de parler depuis quarante ans.
Pour commencer à réaliser ensemble les conditions d’une véritable Paix de l’Eglise.
Pour congédier définitivement les illusions du funeste XXe siècle. »

Les organisateurs de cette soirée ont bien dû avoir quelques inquiétudes… Le ciel nous mettait à l’épreuve. Pluie, véritablement mouillante ! Mais le ciel n’est pas le Ciel. Et très vite l’évidence était éclatante : la salle était comble !

Six cents, sept cents, huit cents personnes ? Peut-être plus. Dieu seul le sait…

 

Il fallait commencer sans tarder. Présentation sobre et efficace par Yves Amiot de « Sensus Fidei » :

Mesurer le chemin parcouru. Sur le chemin de la réconciliation, quelle force de conviction ! Aucun contretemps, aucune déception… Et à la force de conviction, une force de proposition au moins égale !

A la tribune Philippe Maxence, rédacteur en chef de « L’Homme nouveau », Christophe Mahieu, journaliste et historien, Jeanne Smits, directeur de la rédaction de « Présent » et l’abbé Guillaume de Tanoüarn de l’Institut du Bon Pasteur.

Philippe Maxence était « Monsieur Loyal »

« Pour mettre en débat, dans l’Eglise, ce dont on n’a plus le droit de parler depuis quarante ans. »

Jeanne Smits ne laissait pas le temps s’enfuir et décidait de mettre les pieds dans le plat. La tradition catholique, notre bien commun ? Tout est contenu dans la Messe, dans la liturgie… Nous le savons tous.

Et Jeanne Smits de prendre acte : « Nous attendons… rumeurs… certitudes… » Le Motu Proprio semblait voler dans les airs. Motu proprio ?


« Peut-être n’est-il pas pour nous, mais pour toute l’Eglise. Nous ? Nous sommes servis, nous avons accès à cette liturgie… Notre Saint-Père, le pape Benoît XVI a un sens très fort de la liturgie… Nous ne demandons pas le respect pour une sensibilité… La liturgie doit être tournée vers Dieu, en esprit et en vérité… Le Saint-Père a une certitude sur la liturgie. »
Relire le Cardinal Ratzinger.

« La vraie liturgie montre où est la réalité, qui est au centre : Jésus-Christ. » Et de nous rappeler les propos extrêmement profonds de Benoît XVI, récemment en Suisse : « L’oraison, c’est l’espérance en acte. »

L’abbé Guillaume de Tanoüarn prenait la parole.

« Le Souverain Pontificat qu’il exerce, il l’exerce par le Saint-Esprit. » Vérité on ne peut plus catholique…

Certains verraient-ils un « sens aigu de la stratégie ou non ? » « Sans importance, ce pape n’a pas peur des mots. » Il remet le mot « Vérité » à la place que certains ont voulu lui faire déserter…

« Oui nous ne parlons plus tant de la vérité que de la liberté. Remettre la vérité à sa place, pour le peuple de Dieu qui n’a pas fait de théologie. Comment ne pas penser au catéchisme, aux enfants de 10 ans… »

N’ayons pas peur. Pas d’oreille bouchée… « Un mot, un mot gros. Un sujet qu’il ne fallait pas aborder : le Concile Vatican II » Et de mettre le doigt là où certains ont mal. Rien n’est pire que le mal qui se nourrit de fantasmes…

Sereinement, l’abbé de Tanoüarn formulait une évidence : « Le tabou conciliaire a sauté. Benoît XVI a fait du Concile un sujet d’interprétation. » Ah ! L’herméneutique…
Recontextualiser… « Grâce à Benoît XVI, nous constatons que Vatican II est un concile qui a vieilli. »

Philippe Maxence prenait la parole. Réaction de bon sens qui devrait être un « réflexe » naturel chez tout catholique :

« Soutenons le pape. Les catholiques de France sont derrière Benoît XVI. Merci Saint-Père. » « L’Eglise du Silence du monde occidental… »

Retrouver l’essence du catholicisme. A quoi assistons nous ?


« Aujourd’hui les choses changent. Ces différents pans de l’Eglise du Silence se retrouvent, la réconciliation est en marche. Faisons la fête ! ». Nous avions envie de lancer « Noël ! Noël ! »…

Philippe Maxence d’appeler en témoignage Chesterton, l’orthodoxie catholique ?
« Rien d’aussi périlleux que l’orthodoxie. C’est la santé de l’esprit. Merci Saint-Père »

Laisser s’exprimer la joie. « Le secret gigantesque du chrétien ». Et ne pas feindre une fausse surprise : « Le Pontificat de Jean-Paul II, a préparé à sa manière le Pontificat de Benoît XVI… l’aventure de la fidélité au Christ ».

« Allons nous rester tranquillement assis ? Nous « discuter »… discutio ! »

Et « Merci Saint-Père ! », Six cents, sept cents, huit cents personnes ? Peut-être plus, Dieu seul le sait… applaudissant debout !

Qui ? Le Saint-Père ! Les catholiques de France sont derrière Benoît XVI, en actes !

Timidement, noircissant mon carnet de notes, Gérard Leclerc, éditorialiste de France Catholique trépignant à mon côté, je me risquais à écrire: la salle est aux anges…

« Pour commencer à réaliser ensemble les conditions d’une véritable Paix de l’Eglise ».
Réaliser ensemble les conditions d’une véritable Paix de l’Eglise… Est-il besoin de préciser l’Eglise de France… Ah !

C’était encore mettre les pieds dans le plat que de s’interroger sur les relations des évêques de France à la Tradition… Introduite avec le sourire par Christophe Mahieu, la question était attrapée au bond par Rémi Fontaine :

« Renvoyons leurs la balle ! »

Introduire le choix de deux formes de rite latin ? Résister à la tentation d’une religion à la carte ?

« Les malfaçons objectives de la liturgie de la nouvelle messe » permettaient aisément de balayer les objections.

Ce n’était pas vain de rappeler que nos évêques prenaient bien souvent leurs désirs pour des réalités… et parfois s’interrogeaient à haute voix. Nous avions en mémoire les propos de Monseigneur André Vingt-Trois :
« Oserais-je vous dire que je m'interroge souvent devant Dieu sur les silences dont on pourra nous accuser dans quelques décennies ou siècles ? Quand je dis « nous », je ne pense pas seulement aux intellectuels éclairés dont les opinions ont si souvent suivi le « politiquement correct » ou le médiatiquement correct. Je pense à nous chrétiens et, premièrement, à nous évêques qui avons reçu mission de guider le peuple chrétien. »

Remi Fontaine ne brandissait pas son livre- réquisitoire, « Livre noir des Evêques de France »… Qui aime bien, châtie bien… Et Rémi Fontaine aime l’Eglise !

Olivier Pichon enchaînait sans temps mort. Sa voix puissante retenait l’attention :

« Les évêques ont eu quelques mots ces temps-ci, qui nous permettent de leurs rappeler une vérité de la tradition ».

Le « vivre ensemble » s’invitait parmi nous…

« Vivre ensemble, chiche, Messieurs les Evêques ! »
« Le vivre ensemble de nos épiscopes était « politique »… le chômage, etc. »
Et de lancer une question ?
« Qu’ as tu fait de ton frère ? Celui que tu as ostracisé… »

Il n’était pas question de faire un procès. Juste de rappeler les temps qui avaient été si difficiles… et ce n’était pas faire injure à Messieurs les Evêques que de rappeler aussi leur complexe anti-romain…

Mais Olivier Pichon n’entendait pas s’attarder sur ces temps d’ostracisme. Le présent et demain importent bien plus !

« Des raisons d’espérer : ce que nous voyons se terminer sous nos yeux… c’est la sortie du cycle de la modernité, des Lumières. Ce n’est pas la sortie de Mai 68 ou de Vatican II… »

« Nos évêques commencent à sortir du politiquement correct. Téléthon, Ecole catholique, combat pour la vie… La modernité est détruite. Le jeune clergé nous donne plein d’espoir et nous avons plein d’espoir dans le jeune clergé. »

Si j’avais quelques douleurs dans les doigts à force de faire courir mon porte-mine sur mon carnet, tout le public n’allait pas tarder à avoir mal aux mains d’applaudir.

Et l’abbé Christophe Héry, en athlète de la Foi de prendre le relais.

« Je désire soulever une question en réponse à Lourdes. En quoi notre différence est-elle structurante pour la vie ecclésiale ? »

Lourdes…

« Notre « érection » est signe de notre communion avec le Saint Père. La communion ecclésiale ? C’est un espace d’échange, d’obéissance dans la Foi ».

Confiance dans l’intelligence de la Tradition…

Et que dit Monseigneur Ricard ? « Il ne faut pas être habité par la crainte et la peur. »

Et pour refaire une lecture paisible du Concile, on peut compter sur l’abbé Héry !

L’Assemblée des évêques de Lourdes  « Un tournant historique ». L’abbé Christophe Héry pouvait s’appuyer sur la motion de confiance au Cardinal Ricard. Et la Tradition n’a en rien été responsable de la « désintégration liturgique »« La religion à la carte n’a jamais été le fait des tradis… » Qu’il est bon parfois de pouvoir rappeler des évidences !

« En attendant le Motu Proprio, nous prions avec confiance » De la confiance, il en a fallu des brassées pour parcourir tout ce chemin…

Le pupitre s’animait…

La parole était donnée à « L’entomologiste de la crise de l’Eglise », l’abbé Barthe.

Benoît XVI ? « Un pape de transition » « Transition de Benoît XVI vers le XXIe siècle »

Comme tout bon entomologiste, l’abbé Barthe ne s’encombrait pas de fioriture. Des précisions et encore des précisions, agrémentées de portraits. A l’échelle du temps, du temps de l’Eglise, de 1958 à 2005, combien de secousses, d’espoirs mais aussi de mirages, de la popularité de « Roncali » à Jean-Paul II ?… Quel legs a reçu Benoît XVI ?

En Occident, un catholicisme – prêtres, vocations, pratique des sacrements, influence sociale et culturelle – exténué…

Silencieusement nous faisions tous – ou presque – le même constat : Vatican II n’a pas tenu ses promesses…Et une relecture « traditionalisante » du Concile est urgente.

Et le choc, l’électrochoc, des discours de Rastibonne ou de Vérone…

Benoît XVI ? Un pape d’intuition. Et « Tout pousse les deux pôles, traditionaliste et « ratzingerien » à établir un front commun. Mission pastorale et liturgie. Et le travail se fait. Pour preuve la revue « Résurrection » du Père Michel Gitton ou le travail du Père Uwe Michael Lang de l’Oratoire St Philippe Néri de Londres. »

Faire la paix ? Construire la Paix de l’Eglise ?

Prenaient place derrière le pupitre, l’abbé Aulagnier , et la tribune recevait Daniel Hamiche, Jean-Pierre Denis, éditorialiste de l’ hebdomadaire « La Vie », l’abbé Philippe Laguérie, Gérard Leclerc, éditorialiste de l’ hebdomadaire « France Catholique », Bruno Larebière rédacteur en chef du mensuel « Le Choc du mois »

Pour faire la Paix, il faut se dire des choses… Discutio…
Autant vous dire que la tribune était prometteuse !

Et le « routier » de la Tradition, l’abbé Aulagnier n’y allait pas par quatre chemins :

« Homme d’action, je parlerai d’action. La Messe tridentine reste au cœur du débat. Elle est la pierre d’achoppement. Elle est notre joie, notre honneur. »

… Et « Elle est raison de crainte, de doute pour nos évêques… » « L’attachement à la Messe Tridentine n’est pas un refus au Concile Vatican II. » Mais de rappeler fermement la subversion liturgique qui a suivi le Concile. Une évidence ? « L’Etre historique de l’Eglise n’a pas commencé à Vatican II »

Pour certains, la France commence en 1789, tout comme pour d’autres l’Eglise est née en 1969… Ah ! les belles années 70…

Jean-Pierre Denis, «trichant un peu », plaidait :

« Je n’ai pas connu les années 70 … Nous sommes en 2006, il est urgent que nous réfléchissions ensemble. »

Nous attendions, et notre attente fut brève…

Abbé Philippe Laguérie : « Je ne lui en veux pas » Un bon signe ? « Sa présence ici » « Nous sommes sortis des années 70. »

Et, « Dire ce qu’on pense, continuer à parler clair et franc » Reprendre en écho les paroles de Benoît XVI, lors d’un des « Mercredis du Saint Père » : « Le témoignage de la foi fort et clair, l’audace de la provocation ».

Toujours rappeler les évidences : « La langue de bois de l’épiscopat français », langue de « Monsieur Trissotin ! »

Les années 70 ?

Gérard Leclerc :
« Je les ai bien connus… Je suis le doyen de cette table. »

Ne pas faire l’autruche. Et de rappeler : « Le cardinal Henri de Lubac a été de ceux qui ont pensé qu’on assassinait la Foi… Ré ouvrir, les dossiers, tous les dossiers, nous sommes fils de l’Eglise, les ré ouvrir en tant que fils de l’Eglise. »

Bruno Larebière :
« Je suis celui qui ne croit plus depuis les années 70… ancien pensionnaire des « Frères des écoles chrétiennes », j’avais 15 ans. Je parle de l’extérieur… L’Eglise suit des mouvements de société. »

Il fallait que « Ca » se précise… Jean-Pierre Denis avançait…

Jean-Pierre Denis : « La question qui est posée pour moi, c’est le refus, l’interprétation du concile de Vatican II… Interpréter, c’est accepter. De quoi parle-t-on ? S’il y a refus il ne peut y avoir d’unité. »

Logique de la part du rédacteur en chef d’un journal qui affichait en première de couverture un « Pourquoi cet homme devait rester dehors » à l’attention de l’abbé Laguérie ! C’était tendre un joli bâton à l’abbé…

Abbé Laguérie :
« C’est une vraie question… L’Institut du Bon Pasteur, le 22 décembre 2005… Le pape nous a expliqué beaucoup. L’herméneutique du Concile ne peut être l’esprit du Concile. Que de crimes n’ a-t-on pas commis au nom de l’esprit du Concile…L’esprit du Concile des années 70 a fait dire tout et le contraire de tout… »


« Tous les jugements portés sur le monde par le concile sont faux. La foi catholique ne nous lie à aucune contingence… »

Gérard Leclerc :
« Ouvrir le dossier Vatican II. Comment être concis sans trahir ? Il est impensable d’extraire Vatican II de la tradition de l’Eglise. Principe posé par le Saint Père. Vatican II a été le plus prolixe des conciles. Il s’agissait de faire une nouvelle évangélisation. Vatican II devait permettre de dire : Voici qu’elle est l’Eglise du Christ. Il y avait un immense chantier, une somme de considérations incroyables… Vatican II a prévu la mondialisation…
Les rapports interreligieux allaient se poser différemment, Il indiquait des directions. »

« Si la réconciliation a fait un grand pas, c’est grâce au Cardinal Ratzinger qui a reconnu qu’il y avait des doutes à porter sur certains points du Concile… repenser ensemble les grands défis… »

Daniel Hamiche, qui se tenait en « apnée », interrogeait Jean-Pierre Denis : « Que pensez vous de ces « dubia » ? »

Et Jean-Pierre Denis de répondre : « Je souscris à tous les propos de Gérard Leclerc », mais « l’erreur serait d’idolâtrer une année particulière »

Abbé Laguérie : « On a mis trente ans pour expliquer aux prélats… qu’il y avait un avant Concile… Le Concile a pris à son compte la mondialisation et posé que l’Eglise avait à y apporter sa pierre. On peut avoir une opinion différente. »

Bruno Larebière : « De quelle église parle-t-on en France ? De celle des catholiques pratiquants ? 4% ! Comment réintroduire le Sacré dans la société ? Les années 70 ? Le règne des idéologies matérialistes, de la domination absolue du matérialisme ! »

Jean-Pierre Denis : « Tant que nous serons déchirés sur des questions liturgiques, nous ne pourrons pas apporter de réponse. »

Daniel Hamiche : « Réconciliation liturgique… »

Abbé Laguérie : « Ce qui fatigue l’Eglise c’est cette division. L’Eglise n’a plus assez d’énergie et ceux qui ont introduit cette division auraient dû y penser avant. »

Daniel Hamiche : « Quelle solution trouver, une seule liturgie ou deux liturgies ? »

Jean-Pierre Denis :
« Vous célébrez selon le missel de Jean XXIII, je vais à la messe avec le missel de Paul VI »

 

Gérard Leclerc :
« Pas d’objection majeure au bi-ritualisme. »

« Cherchons la voie de la véritable réconciliation. Je veux que l’on continue la discussion, mais qu’on arrête la polémique. Parlons de la Messe, de la force extraordinaire de l’Eucharistie. A la Consécration, je ne peux pas faire autrement que de tomber à genoux. La Tradition ? Le cardinal Newman, pour parler de la Tradition, parlait du grand fleuve de la Tradition. C’est dans cette grande Tradition que nous devons nous réconcilier. »

Abbé Laguérie :
« La liturgie est une question clef. Seul le pape peut en décider. Nous attendons tout de lui. Je suis poly ritualiste. Qu’on redonne la liberté à la Messe de toujours. »

Et sans se départir de son bel humour habité par la sincérité, l’Abbé de lancer :
« Que Jean-Pierre Denis continue ! L’absence de débat nous fait crever ! »

Je ne sentais plus mes doigts collés à mon porte-mine et le nombre de ceux qui ne sentaient plus leurs mains d’applaudir, grossissait à vue d’œil…

Le temps de souffler ? Il ne fallait pas y compter ! Il y eut pourtant deux poses, je ne les ai pas vu passer…

A la tribune – je devrais dire au tremplin, tant tous les propos échangés portaient haut – Guillaume de Thieulloy, ouvrait le feu de nouvelles réflexions :
« Herméneutique de la rupture… de la continuité… »

Le Concile ? « Concile original dans son but, dans sa forme ». « Des solutions théologiques après Vatican II… »

L’abbé Guillaume de Tanoüarn rayonnait :
« Je crois que le dialogue n’est pas un instrument de conversion… Tout le monde pensait la même chose sans le savoir. Le temps des antiquités théologiques est passé. » Pour ou contre la mondialisation ? « Il s’agit d’être contre la globalisation des esprits. Les années 70 ? Globalité mentale ! C’est une fantaisie de « l’homme blanc ». Accepter les différences, là, le dialogue est plus difficile. Le dialogue de la différence. Ratisbonne. Loin de l’utopie d’une certaine lecture du Concile. »

Et une grande autorité prenait la parole :

Père Michel Lelong :
« Depuis le jour de la Pentecôte, l’unité et la diversité se font face… Saint Pierre et Saint Paul… Le débat à l’intérieur de l’Eglise ne date pas d’hier. L’Eglise a besoin de nous tous ! » Et toujours la belle ligne tracée par Benoît XVI : « Rendez compte de l’Espérance avec douceur et sérénité, fraternellement. Il faut être serein dans notre foi. »

La valeur n’attend pas le nombre des années, démonstration éclatante nous était faîte par l’abbé Sébastien Leclère de la Fraternité Saint Pierre.

Abbé Sébastien Leclère : « Le concile a été enseigné pendant 40 ans. Privilégier un concile au détriment des autres ? Herméneutique de la réforme dans une fidélité dynamique. Rendre intelligible la révélation». Mais « on ne peut pas douter ou supposer de la catholicité d’un concile »… Pourquoi Vatican II est un concile très important ? « Il a posé le problème de la modernité. » Mais pas de traitement particulier à l’égard de ce concile.

 

Père Michel Lelong :
« Vatican II a été interprété malheureusement comme tellement nouveau qu’évêques et fidèles ont fini par croire qu’il n’y avait rien avant… »

Passe pour les fidèles… Mais les évêques ?

« Ré-interpréter Vatican II à la lumière de la Tradition. Aidons Benoît XVI et répondons à son appel. Il faut absolument que les évêques soient accueillants à la Tradition. »

Il y eut bien encore quelques échanges et belles réflexions des abbés de Tanoüarn et Leclère, mais mes doigts n’en pouvaient mais… Il fallait s’économiser pour le tonnerre d’applaudissements…

Le mot de la fin ?
« Merci Saint Père ! »

Portemont, le 26 novembre 2006

Quelques liens relatant cette belle soirée :
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=239098
http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2006/11/la_liturgie_noe.html

 

EN EXCLUSIVITE !
Extrait d'un article à paraître de Gérard Leclerc dans l'hebdomadaire FRANCE CATHOLIQUE n°3049 daté du 1er décembre.

"JE VOUDRAIS LIVRER QUELQUES IMPRESSIONS"
ou
"MA PETITE PIERRE A UN DEBAT QU'UNE PROVOCATION COMME CELLE DE L'ABBE BARTHE DEVRAIT RELANCER..."
(titre des Manants du Roi...)

Lundi 20 novembre, à l’invitation de l’abbé Guillaume de Tanoüarn, fondateur entre autres de la revue Certitudes, j'ai participé à une soirée plutôt exceptionnelle. Toute la presse s’est fait l’écho des perspectives de réconciliation de Rome et de l’épiscopat français avec les traditionalistes, ainsi que des débats à propos d’un plus large accueil au rite liturgique dit de saint Pie V. Les responsables du nouvel institut du Bon Pasteur ont voulu montrer qu’ils n’étaient pas étrangers à la culture du débat dont leur intransigeance est censée les tenir éloignés. J’ai donné mon accord pour une franche explication. Mais je n’ai pas été le seul. Jean-Pierre Denis, directeur de l’hebdomadaire La Vie qui, pourtant, n’a pas ménagé les abbés de cet institut, a eu la magnanimité de venir lui aussi. Nous participerons à la même table ronde (il y en aura trois au cours de la soirée).

Je ne peux faire un compte-rendu détaillé. Pourtant cela en vaudrait la peine. Toutes les interventions ont eu leur intérêt. Mais les interlocuteurs étaient trop nombreux et plus de trois heures de discussion ne se résument pas aisément. Je voudrais livrer quelques impressions. D’abord sur le climat. La polémique n’était pas absente. Mais elle n’a jamais été discourtoise ou gratuite. Dominait, de la part d’un public acquis à la cause de “la Tradition”, une évidente satisfaction, voire une joie, de rentrer dans une pleine communion avec l’Eglise, grâce à un pape unanimement estimé. Par ailleurs, l’accueil fait à Jean-Pierre Denis m’a plus qu’impressionné. J’ai été littéralement transpercé par la vague d’applaudissements qui a salué sa venue. Décidément, quelque chose se passait. On avait des désaccords graves, mais ce soir ils ne rebondissaient pas contre un mur d’incompréhensions, ni n’amenaient à des invectives. Les dossiers étaient ouverts pour qu’on s’ex plique le plus largement possible.

Autre impression : la grande variété des positions traditionalistes malgré une sensibilité commune, un attachement unanime à la liturgie d’avant la réforme. Les jugements portés sur Vatican II sont extrêmement contrastés et il arrive même que certains orateurs émettent successivement des avis presque contradictoires. Je ne dis pas cela pour prendre quiconque en défaut. C’est simplement le reflet de la complexité du grand œuvre de Vatican II qui a ouvert tant de chantiers et esquissé des intuitions programmatiques à propos desquelles il est tout à fait légitime de s’interroger. Je suis quant à moi persuadé que les lignes de forces principales du Concile, constituent une ressaisie de la grande Tradition ecclésiale au sens de Newman. Il était impérieux que cette réflexion fût menée dans la perspective historique des années 60, mais nous sommes loin d’avoir été au bout de ce que le corpus conciliaire peut nous inspirer pour l’expansion moderne de l’Evangile.

Je prolonge mon compte-rendu de la Mutualité du 20 novembre pour aller plus loin dans les conclusions possibles. J’ai distingué, en effet, l’intervention de l’abbé Claude Barthe - animateur avec Bernard Dumont de la revue Catholica -, et dont on sait qu’il aime à se dire parfois joliment “en apesanteur canonique”. Intervention passionnante, bien structurée et qui, à certains égards, rompait le climat consensuel de la soirée, sans que cela puisse être considéré comme un casus belli. En deux mots, l’abbé Barthe ne renonce pas à son analyse péjorative de la Réforme. Celle-ci aurait engagé l’Eglise - je traduis avec mes mots - dans un rapprochement avec la modernité et un acquiescement au mouvement intellectuel, politique et social surgi des Lumières. Or c’est le projet contraire qu’il persiste à soutenir, en somme un projet que je définis comme intégralement contre-révolutionnaire. Jean XXIII, conservateur modéré, s’est trouvé initiateur, sans trop le vouloir, d’un Concile révolutionnaire qui a chamboulé l’Eglise. Benoît XVI n’est pas exactement un contre-révolutionnaire, mais il pourrait être - du moins est-ce l’ardent souhait de l’abbé Barthe - l’agent providentiel d’un vaste mouvement contraire.

Voilà qui évoque bien des choses. Joseph de Maistre : “La contre-révolution n’est pas une révolution contraire, mais le contraire de la révolution” [dans les Considérations sur la France, qui viennent d’être heureusement rééditées et commentées par Pierre Manent, aux éditions Complexe]. Nous sommes aussi ramenés à ce qu’Emile Poulat appelle l’intransigeantisme catholique du XIXe siècle, avec cette nuance considérable, rappelée par l’historien, qu’il y a une double intransigeance : une de droite et une de gauche dans ce catholicisme d’après la Révolution. Laissons l’Histoire provisoirement pour questionner librement le projet de Claude Barthe. Faut-il s’indigner du présupposé politique qui soutient l’idée d’une contre-Réforme à la suite de la Réforme ? Peut-être et même sans doute. Mais dans ce cas, l’abbé Barthe est fondé à reprocher à ses contradicteurs qu’eux-mêmes sont liés à une conception politique du monde dont ils sont d’ailleurs souvent bien en peine de définir ou de démêler les contradictions. Ainsi, se mettre à la remorque de l’individualisme des Lumières, n’est-ce pas épouser jusqu’à un certain point la logique nihiliste ? De même, sacraliser la démocratie, n’est-ce pas donner son blanc-seing au relativisme sans cesse dénoncé par un Joseph Ratzinger ?

Par ailleurs, la contre-révolution n’est-elle pas une chimère, une utopie, comme elle l’était déjà au XIXe siècle ? Il est vain de vouloir fixer l’Histoire et de s’opposer à ses créations ou développements imprévisibles. C’est en ce sens que je comprends mal l’abbé Barthe et ne suis pas persuadé qu’il se comprenne complètement lui-même. J’émettrai une seule hypothèse. Il y a eu, certes, dans les années soixante, tentation d’imaginer le cours de l’histoire sous l’emprise du seul paradigme progressiste. L’Eglise n’avait qu’à se rallier au mouvement d’émancipation des Lumières, en lui révélant simplement qu’il était un prolongement du christianisme s’ignorant comme tel, un peu sous le mode des chrétiens anonymes de Karl Rahner. [Le Père Laurent Sentis avait développé, lors du Congrès de Résurrection de samedi, une thèse complexe à propos des rapports incestueux entre Loi naturelle (ou “loi adamique”) et Droits de l’Homme, dont l’abbé Barthe qui était présent n’avait visiblement pas perdu une miette, et qui avait d’ailleurs suscité des remarques passionnées de Rémi Brague et de Roland Hureau.] Le problème ne serait-il pas qu’au cœur de l’histoire cahotante qui se fait, le christianisme doit conserver intacte sa force d’inspiration, sa liberté souveraine, afin de poursuivre, selon des modalités toujours à revoir, l’œuvre de la grâce, qui corrige, guérit, mais surtout garde la possibilité de toujours faire ressurgir la nouveauté inépuisable du Christ dans des formes contingentes et évolutives ? Je ne prétends rien régler mais voudrais simplement apporter ma petite pierre à un débat qu’une provocation comme celle de l’abbé Barthe devrait relancer plutôt que gâcher, avec un retour redoutable aux batailles de tranchées et aux clivages inexpiables.

Gérard Leclerc

 

Les acteurs de la soirée :

Vous tous !

 

L'Institut du Bon Pasteur
Monsieur l'abbé Aulagnier
Monsieur l'abbé Laguérie
Monsieur l'abbé de Tanoüarn
Monsieur l'abbé Hérie

 

De la grande Famille de la Tradition
Monsieur l'abbé Jayr de l'Institut du Christ Roi
Les Dominicains de la Fraternité Saint-Vincent Ferrier
Monsieur l'abbé Leclère de la Fraternité Saint-Pierre

 

Haut dessus de la mêlée
Le Père Michel Lelong
Monsieur l'abbé Barthe

 

Des "ratzingeriens" de choc...
Monsieur l'abbé Guy Pagès
Gérard Leclerc

 

Les mousquetaires de la plume...
Jeanne Smits
Olivier Pichon
Philippe Maxence
Bruno Larebière
Daniel Hamiche

 

La génération qui monte
Guillaume de Thieulloy

 

Un grand fidèle
S.A.R. le prince Sixte-Henri de Bourbon-Parme

 

Les "petites mains" des Manants...
Anne-Dominique du Sable
Portemont
Alienor qui est toujours de l'autre côté de l'appareil photo !

 

Quelques amis...
Monique Lainé
Philippe Prévost
Pierre Hillard

 

Vous tous, en attendant la prochaine fois...

 

Et celui que nous n'avons pas laissé dehors...
Jean-Pierre Denis !
Retrouvez, à ce sujet l'article : Quand mépris et rage transpirent…
http://www.lesmanantsduroi.com/articles/article71210.php

 

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