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Charles Maurras à Haverrerque en 1939 |
C’est par un clin d’œil à Pierre Boutang
que Stéphane Giocanti commençait la présentation
de son dernier livre « Maurras Le chaos et
l’ordre ».
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Un grand « Mercredi de la NAR »…
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Mercredi 18 octobre 2006, il y avait grand monde dans les locaux
de nos amis de la NAR.
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Le regard de Bertrand Renouvin pétillait de malice et
Gérard Leclerc ne tenait plus en place…
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Nous attendions tous Stéphane Giocanti et son « Maurras » !
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En deux temps et trois mouvements, nous prenions
tous place sur nos chaises. Et Stéphane Giocanti nous faisait
face. Bertrand Renouvin se faisait un plaisir de nous présenter
le conférencier… connu de tous !
« Maurras malgré
lui », ainsi le directeur de La Nouvelle Action
Royaliste présentait-il la soirée…
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Et Stéphane Giocanti de faire un clin d’œil
à Pierre Boutang en nous lançant : « De
quoi je me mêle ! »
Il y a un « Maurras » de
Pierre Boutang, un « Maurras » de Victor Nguyen
et il faudra compter avec le « Maurras » de Stéphane
Giocanti… Ainsi l’a souhaité Flammarion et nous ne
pouvons que nous en féliciter !
L’intention de l’auteur ?
« Apporter
une vision complète, tenter d’éclairer toutes les
facettes sans pouvoir être exhaustif. » Sa clef
interprétative ? « Le
chaos et l’ordre »
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« Maurras, c’est un
continent ! »
Au premier abord, ce qui étonne
l’auteur, c’est l’ordre : « Homme
rigide, austère, implacable, ces images étaient-elles
justifiées ? »
Comment aborder le chaos et l’ordre
de sa vie, de sa pensée ?
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Une piste dans les carnets de Gustave Thibon :
« Le chaos relève à
l’âme. »
Relire la préface de « la Musique
intérieure ». Petite enfance bercée par la
Provence, les parents aimants, Sophie… toute cette sensibilité
aux rythmes et aux couleurs de la musique.
Et le chaos qui pénètre le corps
de l’adolescent : la surdité. L’âme qui
souffre : la perte de la Foi. Pascal n’est pas le seul responsable…
L’évasion dans une philosophie sérieusement
naturaliste et plus qu’un brin païenne…
Relire « Les contes du chemin de Paradis » (1895).
A juste titre, Stéphane Giocanti insiste.
Tout avait été joie, musique, chants
et amour. Et « le destin jusque-là
son complice le trahit »
La crise spirituelle que traverse le jeune Maurras
est très forte. Son émotivité est exacerbée.
Les colères « blanches » s’entrechoquent
avec les colères « noires ». Pourquoi le
cacher ?
Maurras s’arc-boute sur son enfance. Son
enfance, « c’est aussi
la guerre de 1870, la carte des opérations, les Lorrains, le
pain noir du siège… » Souvenirs reconstruits ?
Nous reconstruisons tous des souvenirs de notre
enfance.
Se battre, canaliser cette énergie dévorante.
Un guide, bienveillant, se dresse avec compréhension : L’abbé
Penon. Introduction à la métaphysique de l’ordre
dans le catholicisme. Maurras lit. Il lit beaucoup : Hésiode,
Lucrèce, Shakespeare, le discours d’Ulysse…
Le ciel sombre s’éclaire-t-il d’une
lueur d’espérance ? Toute sa vie, Charles Maurras
questionnera le ciel et grande est sa relation à la nuit. « La
terrasse de Pau », « La
nuit du Tholonet », « Une
nuit parisienne »…
L’ordre ? L’ordre n’est
qu’un moyen : sens politique. Mais dans son sens fondamental,
c’est la juste articulation entre des réalités différentes.
Et il faut toujours batailler…
Charles Maurras se réfugie dans le travail
et par-dessus tout, a soif d’intelligibilité.
Maurras « grandit ». Auguste Comte et Léon
de Montesquiou lui feront accepter « le
fait religieux. Eloge de l’Eglise catholique, non pas au service
de l’Etat, mais de l’Homme »
Relire : « je
suis romain… je suis humain… »
Et Charles Maurras lecteur de Proudhon, « …applaudira
des quatre mains à la critique de l’Etat, de l’emprise
de l’Etat sur la société. »
Tout cela, Stéphane Giocanti nous le rappelle et c’est
bonne nourriture ! Nous rappeler aussi que la genèse
de la pensée politique de Maurras, s’inscrit dans
le niveau local, celui qui établit véritablement
le lien politique. 1892 : La déclaration des Jeunes
Félibres.
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Le cœur du Provençal battra toujours
à l’unisson avec le cœur des « gens de
l’Est ».
Marqué par les lorrains d’Aix, Maurras
rencontrera et sentira toujours le patriotisme de ces hommes des « Marches »,
tel Lyautey, le général Mercier, Barrès, le commandant
Biot et même Poincaré.
Maurras jacobin ? Balivernes ! Le jeune
félibre veut une France forte mais animée par des provinces
vivantes et libres. L’autonomie régionaliste ne lui fait
pas peur. Maurras est alors bien en avance sur son temps…La décentralisation ?
Elle est indispensable, elle est l’épine dorsale au corps
de la France, afin que ce corps puisse disposer d’une tête
forte. Et si l’Action française applique à l’Alsace
sa doctrine de la décentralisation, c’est peut-être
dans l’Algérie que Maurras voit le « modèle
parfait » : « L’Algérie
est la mieux organisée de nos provinces, elle fait penser aux
anciens Etats du Languedoc par son administration spécifique.
La solution à ses problèmes se trouvera sur place. »
Maurras et Lyautey porte un même regard sur
l’autre côté de la Méditerranée :
« Est-il sage de vouloir substituer
notre civilisation à des états sociaux aussi avancés
ou si l’on veut aussi déterminés que ceux de l’Extrême-Orient
ou de l’Afrique du Nord ? Nous nous garderons d’une
aussi folle entreprise ; notre seul but : faire aimer la France. »
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Faire aimer la France… Plus d’actualité
que jamais !
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Portemont, toujours le crayon à la
main,
et Gérard Leclerc
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Maurras écrit et martèle ses accusations
contre le gouvernement républicain. Les institutions corrompent
les hommes. La France qui est sortie exsangue de la guerre de 1914-1918
ne voit pas venir les menaces. « Dès
1920, l’Allemagne manque aux conditions prévues par le
traité de Versailles. » Maurras dénonce.
Et il n’est pas seul : Daudet et Bainville, chacun avec son
talent propre fustige Aristide Briand…
Tout se dessine dans ces années 1920-1925.
L’ « Enquête sur la monarchie » est un
réel succès. Les combats politiques n’entament pas
la veine poétique de Charles Maurras. En douterait-on ?
Lire Daniel Halévy : « Quelle
belle page et que de belles pages. La poésie est liée
à ce qu’il y a de plus émouvant dans votre vie. »
Relire « Le Colloque des morts », « La
bataille de la Marne »…
Et que dire du succès de « La
Musique intérieure » ?
Mais ce quart de siècle est violent, annonçant
des violences plus grande encore…
La rue est un champ de bataille. Quatre membres
des Jeunesses patriotes sont tués par des communistes en avril
1925 rue Damrémont à Paris.
Maurras excellera dans une violence verbale difficilement
imaginable de nos jours, où les langues et les esprits sont tenus
en laisse. Les royalistes paient un lourd tribut, mais Maurras n’appelle
pas en représailles à l’assassinat politique…
Relire l’ « Affaire Schrameck »…
Tout cela est rappelé avec mesure.
Et que dire de Maurras « poète-archéologue
de l’esprit humain » qui ouvre des voies nouvelles
à Dumézil ou Lacan ?
Mais l’orage s’annonce, précédant
des orages et des tempêtes plus grands encore.
Celui là même qui avait reçu
de Maurras « L’Etang de Berre » et qui qualifiait
alors l’ouvrage de « monument de piété tendre
» se fait l’exécuteur des basses œuvres :
Le cardinal Andrieu attaque l’Action française et la pensée
de Maurras… Attaques médiocres, outrancières. Pie
XI et la condamnation de L’Action française…
Et relire Bernanos… et les « terribles »
écrits de Maritain. Tenter d’ « épouser »,
de ressentir la non moins terrible détresse des catholiques restés
fidèles à la pensée de Maurras et à leur
cher journal… Quelle plus belle phrase que celle du cardinal Billot
: « Hora et potestas tenebrum »
( heure de la puissance des ténèbres) ?
Et alors que les enjeux dépassent l’entendement,
Charles Maurras ne ment pas, ne mentira pas, ne mentira jamais !
Lui qui a conduit tant d’intelligences à devenir des serviteurs
de Dieu, ne triche pas : Il campe au bord de la conversion.
Tout cela est rappelé avec tact et sans
détour.
Le « Maurras intime » n’est
pas oublié. Maurras le Méridional, le Maurras gourmand
des soles frites, l’œil qui brille devant des rougets grillés.
Le Maurras de la bouillabaisse, des perdreaux de Provence et de leurs
« lèches » de pain. Et la poutargue ! Oui, Maurras,
l’Altissime est d’une hospitalité fastueuse donnant
au beau nom de « Maître de Martigues » tous
les parfums, toutes les saveurs de sa Provence. Et il ne fait jamais
soif dans sa maison…
C’est un Charles Maurras bien vivant qui
se dresse devant nous, charmeur avec les « dames »,
fidèle en amitié, toujours blessé par la mort d’un
ami. Et toujours poète…
C’est une pause nécessaire, une belle lecture qui nous
permet de reprendre des forces en compagnie des Muses. Mais ne pas oublier
la maxime : « Ce qui m’étonne,
c’est l’ordre » !
Et le Chaos n’est jamais bien loin…
Oui, l’exercice n’est pas aisé :
« Apporter une vision complète,
tenter d’éclairer toutes les facettes sans pouvoir être
exhaustif. » Stéphane Giocanti s’y attache
tout au long de son ouvrage. Maurras et les Princes, Maurras et les
crises, maladie récurrente de l’Action française….
Et la montée des périls en provenance de l’Allemagne.
Le temps s’est écoulé. Pour
quelques mois encore, Charles Maurras est aux yeux de tous les Français,
amis ou adversaires, le « Chevalier blanc » du
patriotisme. Mais l’Action française de juin 1940 n’est
plus l’Action française des années 20. Maurras peut
encore écrire : « Nous
avons devant nous une horde bestiale et, menant cette horde, l’individu
qui en est la plus exacte et la plus complète expression. Nous
avons affaire à ce que l’Allemagne a de plus sauvagement
barbare, c’est-à-dire une cupidité sans mesure et
des ambitions que rien ne peut modérer(…) Nul avenir ne
nous est permis que dans le bonheur des armes. »
Lire et relire cette dernière phrase. Tenter
de comprendre la suite…et son cortège de malheurs.
« Hora
et potestas tenebrum » (heure de la puissance des
ténèbres) La phrase du cardinal Billot résonne
encore. L’heure durera longtemps. L’horloge semble s’être
arrêtée… mais toujours un petit tic-tac se fait entendre
et le temps reprend son cours malgré les déchirements.
Et Maurras garde ses secrets les plus intimes,
ses fidèles, ses admirateurs…
Son œuvre littéraire et politique nous a été
léguée. Elle appartient à tout lecteur qui veut
bien se donner la peine de l’appréhender.
En conclusion, Stéphane Giocanti met l’accent
sur l’essentiel, sur ce qui peut être fécond :
« L’approche de la société
et de la politique par Maurras est par définition dépendante
de la période historique où elle s’est définie,
et ne peut, sans caricature, être répétée
dans un monde si différent du sien. Elle n’en propose pas
moins une grammaire relativement séparable des circonstances
historiques, qui peut enrichir la compréhension du phénomène
politique. Tout ne se réduit pas, en effet, à des entêtements
et à des fulminations forcenées. Comme on a pu le vérifier
ici, « la pensée de Maurras est plus souple, plus
incisive qu’il n’apparaît sous l’armure politique. »
Sa critique de l’idée de progrès et de l’utopie,
sa lucidité sur le nazisme et toutes les formes d’étatisme,
son goût des continuités et des transmissions, son amour
de la langue intéressent quiconque se préoccupe du sens
à donner aux mots « civilisation » et « politique ».
Et c’est là un bel hommage, un très
bel hommage.
Puisse ce « Maurras » donner
le goût aux jeunes générations de découvrir
la richesse d’une pensée hors du commun.
Gérard Leclerc,avait ouvert
la voie avec son essai « Un autre Maurras »,
en 1974, « Ce
Maurras que j’ai voulu fidèle à sa pensée
la plus essentielle celle qui nous est la plus nécessaire
fidèle aussi à un secret et à un destin… »
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Oui, « Maurras,
c’est un continent ! »
Nous aurions pu ainsi rester des heures et des
heures… L’horloge avançait à grandes enjambées
d’aiguilles. Débât ? Quelques passes d’arme
amicales et le talent du « provocateur » de service,
le grand Pascal… « Pourquoi écrire un livre
sur pensée qui ne laisse rien… ? »
L’auteur, calme, précisait que personne
n’était obligé de lire son livre. Et Gérard
Leclerc de bondir en paroles ! Il faut avoir entendu au moins une
fois dans sa vie le « Comment ? » d’indignation
de notre ami Gérard ! Il en appelait à Bainville,
Daudet, Bernanos et toutes l’armée de plumes et d’esprit
qui se sont « enrichis » et qui ont « servi »
la pensée du Martégal…
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Enfin, Yvan pouvait soupirer d’aise. Il n’y aurait
pas de reste dans sa grande marmite…
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Il fallut se serrer, dresser des tables de fortunes. Mais cette
belle soirée, toute de bonnes nourritures, méritait
de « s’esquicher » un peu…
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Portemont, le 9 novembre 2006
Et
sur le chemin du retour réciter tout bas :
« Seigneur,
endormez-moi dans votre paix certaine
Entre les bras de l’Espérance et de l’Amour.
Ce vieux cœur de soldat n’a point connu la haine
Et pour vos seuls vrais biens a battu sans retour.
Le combat qu’il soutint fut pour une Patrie,
Pour un Roi, les plus beaux qu’on ait vus sous le ciel,
La France des Bourbons, de Mesdames Marie,
Jeanne d’Arc et Thérèse et Monsieur Saint-Michel.
Notre Paris jamais ne rompit avec Rome.
Rome d’Athènes en fleur a récolté le
fruit,
Beauté, raison, vertu, tous les honneurs de l’homme,
Les visages divins qui sortent de ma nuit :
Car, Seigneur, je ne sais qui vous êtes. J’ignore
Quel est cet artisan du vivre et du mourir,
Au cœur appelé mien quelles ondes sonores
Ont dit ou contredit son éternel désir.
Et je ne comprends rien à l’être de mon être,
Tant de Dieux ennemis se le sont disputé !
Mes os vont soulever la dalle des ancêtres,
Je cherche en y tombant la même vérité.
Écoutez ce besoin de comprendre pour croire !
Est-il un sens aux mots que je profère ? Est-il,
Outre leur labyrinthe, une porte de gloire ?
Ariane me manque et je n’ai pas son fil.
Comment croire, Seigneur, pour une âme qui traîne
Son obscur appétit des lumières du jour ?
Seigneur, endormez-la dans votre paix certaine
Entre les bras de l’Espérance et de l’Amour.
»
C.M.
Clairvaux, juin 1950
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