vendredi 12 mars 2010

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Que de rendez-vous manqués !

Au travers de son livre « Les enfants de Louis-Philippe et la France », Arnaud Teyssier nous a invité, le 9 octobre 2006, à une profonde réflexion sur notre pays, ses institutions et ses mœurs politiques…
Une très grande conférence, au cours de laquelle l’histoire d’une famille nous conduisait au temps présent. Grande rentrée de l’ « Unité capétienne »...

Arnaud Teyssier, ancien élève de l’Ecole normale supérieure et de l’Ecole nationale d’administration, haut fonctionnaire, a fait bien plus qu’œuvre d’historien…

Nous attendions, dans un salon comble, sans trop nous douter de la suite… heureux de retrouver tous nos amis.

 

Et, d’une voix calme et posée, l’auteur se faisait peintre, fin psychologue, et historien sans faille.

Traçant le portrait d’un roi, écrasé par le poids des héritages, le conférencier décodait d’emblée et avec talent, l’ombre du « doute quant au principe » qui a toujours pesé sur les épaules, tant de Louis-Philippe que celles de ses fils.
Et de rappeler l’analyse aigue de Charles Maurras dans « L’avenir de l’intelligence » :
« …beaucoup nommaient leur droit un préjugé ; ils doutaient sérieusement de la justice de leur cause et de la légitimité de cette œuvre de direction et de gouvernement qu’ils avaient en charge publique. »

Les crises et les soubresauts d’une France qui se cherchaient encore ont prouvé que cette réflexion s’appliquait « singulièrement » aux enfants de Louis-Philippe.

Et pourtant que de dons, que de talents !

S’en tenant toujours à l’essentiel, Arnaud Teyssier nous livre un attachant portrait de l’éternel exilé que fut Louis-Philippe. De la Suisse aux Etats-Unis d’Amérique en passant par l’Europe du Nord et même la Laponie, puis l’Angleterre, le duc d’Orléans s’est souvent senti bien seul… Toutes ses épreuves mais aussi ses ouvertures au monde ont développé chez lui « une aptitude remarquable à comprendre son temps – trop, peut-être, au point qu’il tend, par tempérament, à suivre l’événement plus qu’il ne le commande. »

Et le retour en France, sous la France des Bourbons… Le duc d’Orléans se fera jardinier, décorateur !

Mais « le contexte entier plaide pour que le duc d’Orléans joue un rôle politique… C’est une fonction à laquelle il s’est préparé dans sa jeunesse, autant par réalisme politique que par pure et simple ambition. »

Et il entend que ses enfants y soient préparés… quitte à s’opposer à la conception de Louis XVIII ! Le duc d’Orléans se fait fort de rappeler que Henri IV a fréquenté les écoles publiques du Béarn…

Et donc le duc de Chartres fera son entrée dans le monde au collège royal Henri IV !

Et les échanges sur ce sujet seront vifs entre le roi et le duc…

Le duc est plein de bonnes intentions : « L’enfance doit être à l’image de la vie… Il faut apprendre pendant que l’on est petit à se conduire dans le monde des petits pour savoir se conduire ensuite dans celui des grands. » Et de rajouter :
« que c’est cette ignorance de l’art de se conduire qui tient les princes dans u n état d’infériorité mentale envers ceux qui les entourent, qui les met dans leur dépendance… »

L’enjeu est de taille !

Et la correspondance, toute d’amitié, entre Louis-Philippe et son cher Atthalin, le colonel Louis Jean-Baptiste Atthalin, jeune colonel de trente ans entré au service du duc d’Orléans, attestera toujours de la fierté du duc face à la réussite de ses enfants…

Des dons, des talents…

Des jeunes princes et des princesses de caractère !

La crise éclate. Le canon gronde. « Le 30 juillet, la chambre des députés s’apprête à confier la lieutenance générale du royaume au duc d’Orléans. » Le prince hésite, tarde à donner sa réponse. Comploteur ? Rien n’est plus faux !

Louis-Philipppe, et il en sera ainsi toute sa vie, est obsédé par la légalité. Il transmettra cette obsession à ses enfants… Arnaud Teyssier excelle à démêler l’écheveau du fil d’Ariane…

« La France a trop souffert des conséquences des désordres révolutionnaires. La Charte, véritable compromis entre la tradition politique de la monarchie française et les transformations sociales des années 1789-1815, doit, dans son esprit, être à tout prix renforcée. » Et il écrit à son cher Atthalin son souci de voir Charles X maintenir la Charte « coûte que coûte », cette Charte, « hors de laquelle je ne voyais qu’abîme et perdition ».

Et Louis-Philippe prendra tous les risques… Et se dressera devant les Français « Le rêve de Victor Hugo », « Chartres » !

La France méritait-elle un si beau duc ? Dès l’avènement du nouveau « régime », Louis-Philippe reconnaîtra le rôle politique de son aîné…

Sans œillère, Arnaud Teyssier nous relate ces temps où « … rien n’est encore vraiment rentré dans l’ordre… »

Et de nous faire défiler dans le climat d’une France qui déjà à mal à la France, les portraits des princes et des princesses de la Maison de France…

Un ouvrage remarquable à plus d’un titre !

Et s’inscrivent dans notre mémoire les portraits de Nemours, Montpensier, Louise, Marie la Mélancolique, Joinville le Marin, Clémentine le Roc de la famille, Aumale l’Erudit ! Et Chartres, le rêve brisé… Des princes de trente ans caracolant victorieux…

Princes patriotes, marqués peut-être par un trop fort sentiment de culpabilité reçu de leur père ?

Voulant obstinément être des Français comme les autres ? Brillants soldats mais répugnant à l’emploi de la force face à des crises d’ « avocaillons »…

Obsédés plus encore par l’unité du royaume, de la nation, les princes de France ont cherché en vain le nouvel alliage qui aurait pu permettre à la France de panser ses blessures jamais refermées…

Pris dans une relative résignation, faisant preuve de faiblesses pour de nobles raisons, les princes de France n’ont-ils pas oublié que parfois, « pour sauver le droit, il faut faire violence au droit » ? « Il y a un principe au-dessus de la légalité, c’est l’intérêt général, le bien commun de la Nation »

Reconstruire l’unité nationale et son unité morale…

Arnaud Teyssier nous invite à méditer sur tout cela. Cette nostalgie de l’unité ne nous a pas quitté…

Oui, « Les enfants de Louis-Philippe et la France » est bien plus qu’un livre d’histoire !

Et Jacques-Henri Auclair ne pouvait pas si bien nous faire commencer cette nouvelle saison de l’ « Unité Capétienne ».


Que la princesse Béatrice de Bourbon-Siciles et lui-même en soient chaleureusement remercié !
Et que le livre d’Arnaud Teyssier trouve vite une place de roi dans vos bibliothèques…

Il vous rappellera les conclusions du philosophe Alain et de Fiévée : « …le pouvoir est par essence monarchique » et « Toute la monarchie en France est dans l’histoire et dans les mœurs de la nation »

A lire et relire :
Arnaud Teyssier
« Les enfants de Louis-Philippe et la France »
Chez Pygmalion.

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Portemont, le 10 octobre 2006

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