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Les Provinciales

Mensuel. Abonnement 36 euros pour 12 numéros.
Les provinciales, 38510 Saint- Victor- de- Mor.
Tél/télécopie: 04 74 80 56 37
Courriel : lesprovinciales@free.fr

Numéro de juin 2004 pour 3 euros
Lire et relire. Huit pages et deux signatures. Avec le temps le lecteur prend goût à l’austérité de cette revue. Il nous faut lire et relire.
Olivier Véron nous attache au récit de Judith. La belle veuve :
« Cette veuve aussi archétypale que la vierge Antigone fit parler la raison politique. »
Le géant aux pieds d’argile a décidé la destruction totale de tout le pays des Hébreux.
Olopherne, son général en chef, est aux portes de la Judée. Encerclés et privés de toutes ressources par les Assyriens, les Hébreux sont près de défaillir. Ozias, leur chef, ne compte plus que sur la pitié du Ciel et s’abandonne à la « providence », prêt à se rendre.
Et Judith apparaît :
« Qui donc êtes vous pour mettre Dieu à l’épreuve » !
Judith, «la Juive », oblige les chefs des Hébreux à reconsidérer leur position. « En fait elle prononce un vibrant appel au courage politique. Les troupes encerclées représentent l’avant poste d’Israël, elles n’ont pas d’autre issue que de tenir leur position – donc d’attaquer car céder exposerait le pays tout entier à la furie destructrice des armées d’Olopherne… »
Abandonnant ses vêtements de deuil, la belle veuve dévoile sa beauté et se présente au camp ennemi comme transfuge. Tout à la fois faible et forte, Judith accède au cœur du dispositif assyrien. Olopherne est séduit entrevoyant une « conquête facile ». Substituons l’image au récit. Nous connaissons tous la représentation de Judith brandissant à bout de bras la tête d’Olopherne, un cimeterre ensanglanté à ses pieds ou à la main…
Judith est l’Eve de toutes les femmes qui se porteront volontaires pour les missions les plus périlleuses et les plus osées, transformant boudoirs et alcôves en champs de batailles.
« Elle prend sur elle, décide et exécute, et c’est l’énergie de ce geste qui met en branle ses compatriotes. »
Vous lirez attentivement la suite. Olivier Véron nous promet la parution à l’automne du livre de R.L Rubenstein « After Auschwitz » traduit en français par Ghislaine Chaufour.
Après une pause il faut bien prendre l’élection à bras le corps.
Fabrice Hadjadj attendait que retombe la polémique, essence de la société du spectacle :
« On s’insurge contre une prétendue « pensée unique » unique, mais cette critique de la pensée unique lui appartient bien. Elle fait son beurre de toute bataille et de tout battage. Pourvu qu’il n’y ait ni profondeur, ni secret, ni réserve, mais que tout puisse s’étaler à l’écran. »
Vous avez tous deviné que le débat dont parle Fabrice Hadjadj est celui qui tourna autour du film La Passion.
Fabrice insiste et précise : « qui tourna autour ».
« Le film fut oublié et ce fut le refoulé d’un drame supérieur qui occupa le devant de la scène et y agita ses ombres. »
« Je ne parlerai pas ici du film au plan esthétique, encore qu’il y ait beaucoup à réfléchir sur ses faiblesses en ce domaine comme à une sorte de kénose dans l’hollywoodien. Je ne débattrai pas davantage de sa plus ou moins grande conformité à la lettre des Evangiles, puisque, contrairement à ce que crurent certains attaquants ou défenseurs, l’essentiel n’est pas là. Je n’évoquerai pas non plus les intuitions théologiques qui le sous-tendent, notamment la vulnérabilité radicale comme signe de la divinité, laquelle mériterait une étude approfondie.
Je n’aborderai ici que l’accusation d’antisémitisme. Et je commencerai par dire qu’elle est heureuse. Mieux : une grande œuvre aujourd’hui qui ne prêterait pas le flanc à cette accusation passerait à côté d’une certaine profondeur, d’un certain sens du mystère. »

Vous n’avez pas d’autre choix que celui de vous procurer cet « extra-ordinaire » numéro des provinciales. Fabrice Hadjadj nous impose une lecture sur le fil de la lame. Pareil à Judith quand elle provoque son peuple à la résistance, ou quand elle tranche la tête d’Holopherne, Fabrice nous provoque et nous impose d’ouvrir les yeux.
Il n’est pas nécessaire de tout partager et d’acquiescer benoîtement… Mais nous devons nous interroger.
Pensant l’Etat d’Israël et le peuple juif, il nous « provoque » :
« Comment ne pas voir qu’ils jouent la fonction de révélateur, et qu’ils déjouent les projets du monde ? Ils acculeront l’Islam à révéler sa vraie nature. Ils pousseront l’Europe à se souvenir des patries. Ils exciteront les patries à retrouver leur tradition dans l’invention de la modernité. Bien sûr, comme toute élection est là pour le meilleur et le pire, l’Etat d’Israël est en proie lui-même aux extrêmes du laïcisme militant et du fanatisme sombre, qui s’entretiennent l’un l’autre…La fille aînée de l’Eglise, depuis longtemps prostituée, ferait bien de se tourner vers lui pour retrouver un peu sa virginité de cœur, et pour lui montrer en retour le visage de celle qui sut allier l’emploi des armes charnelles et la charité pour l’ennemi, je veux parler de Jeanne d’Arc, la plus juive des saintes de France . »
Toute la réflexion de Fabrice est de la même veine.
Nous pêcherions, vous pêcheriez, d’ignorer volontairement ses réflexions.

Portemont

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