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La Lorraine Royaliste

 

Bi-mensuel
22 rue Victor Hugo - 54000 Nancy
Abonnement pour un an : 20 bismarcks, soit 131 livres et 4 sols
Prix au numéro : 2 bismarcks 50, soit 15 livres et 14 sols

Dans son numéro 232, de la Lorraine Royaliste daté de Décembre 2004 nous donne, dans le cahier central, deux bons articles argumentés sur l'affaire Buttiglione. Qu'on en retienne la leçon essentielle : en privant de parole quelqu'un qui ose s'affirmer catholique, en lui déniant le droit d'occuper la fonction de commissaire à Bruxelles en raison de ses convictions, l'Assemblée de Strasbourg n'a pas fait œuvre d'intolérance ou de sectarisme, n'a pas insulté la démocratie ; bien au contraire, elle s'est appliquée à montrer sous son vrai jour la nature intrinsèque de la démocratie, qui est de priver de droit à l'expression quiconque ne participe pas à sa substance.

La volonté générale (issue des urnes ou non, c'est secondaire) étant la seule source possible de définition des normes et des valeurs, quiconque se réfère à une transcendance préexistante se met de lui-même hors de la légitimité démocratique. Que celui-ci s'exprime, et ce n'est pas une opinion à l'égale des autres qui sera entendue, mais la mise en accusation du droit de tous à se faire, au gré des majorités, les thaumaturges, les précepteurs et les gardiens de la Voix qui dit le bien et le mal. En d'autres termes, "pas de liberté pour les ennemis de la liberté", ou encore, de notre constitution si souvent remodelée, "la forme républicaine du gouvernement ne peut être discutée".

Dans notre parlement national repu, embourgeoisé, en quelque sorte civilisé par de multiples contraintes et contrepouvoirs, où les élus sont tirés à hue et à dia entre leurs obligations locales, la vie de leur parti, les travaux en commission et les sollicitations permanentes de la vie parisienne, de telles manifestations de retour aux sources sont rarissimes.

Mais à Strasbourg (où ils sont qu'une semaine sur quatre, les travaux se déroulant le reste du temps à Bruxelles…) les députés surpayés et oisifs n'attendaient que cette occasion pour se livrer à un défoulement montagnard digne de la Convention. C'était un rite, un sacrifice propitiatoire, par lequel cette Assemblée a tenté de se prouver à elle-même qu'elle pouvait exister et, à défaut de servir à quelque chose, au moins d'être capable de nuire. Buttiglione a payé le prix de sa sincérité (de sa naïveté ?) et celui d'avoir été désigné par Berlusconi.

Cela suffira-t-il à convaincre ce qui reste des ouailles démocrates-chrétiennes à comprendre
qu'en continuant à soutenir l'Europe, simplement parce que c'est l'Europe, parce que ses douze étoiles seraient celles de la Vierge (ils sont les seuls à le croire encore !), parce que les pères fondateurs étaient de bons pratiquants, elles soutiennent ce qui se fait de plus archaïquement laïcard et anti-chrétien dans ce bas monde où pourtant la chose est fort répandue ? Sans doute non, cocus ils sont, cocus ils sont faits pour rester, jusqu'à leur dernier soupir.

On suivra moins, en revanche, l'éditorial de Philippe Schneider. Certes, celui-ci a parfaitement raison en analysant la réaction de Chirac donnant l'ordre de détruire l'aviation ivoirienne : notre Chichi n'a agi ainsi que pour plaire à l'opinion et se donner à bon compte une image de fermeté. Mais ceci ne doit pas nous conduire à la moindre mansuétude pour l'équipe du dément Gbagbo, cet "intellectuel" socialiste qui ne rêve que de "terminer la décolonisation" et qui a trouvé, pour sévir après Nkrumah, Sékou Touré, Idi Amine Dada et quelques autres, l'un des rares pays où il restait encore quelques richesses à détruire, quelque espoir à préserver.

Pendant trop longtemps, l'obsession du statu quo et un soutien pathétique à la "légitimité démocratique" ont conduit les autorités françaises à laisser le pouvoir d'Abidjan s'enfermer dans l'impasse suicidaire de "l'ivoirité", notamment en interdisant à Alassane Ouattara, l'homme du Nord, le droit d'être candidat en raison des origines sahéliennes de sa famille.
Et comme celui-ci avait occupé d'importantes fonctions au FMI, on voyait volontiers en lui "l'homme des Américains", ce qui justifiait en filigrane une position opposée "française".

Aujourd'hui, c'est au Sud que l'on ne jure que par les Américains, alors que le Nord a été protégé par l'armée française de massacres à la ruandaise. A Paris, surtout dans les milieux de droite ou d'extrême droite, certains en viennent par esprit de croisade anti-musulmane à dénoncer l'irrédentisme présumé du Nord et du coup, à justifier Gbagbo !

Or les oppositions entre chrétiens et musulmans, entre intérêts américains et intérêts français, ne sont qu'une partie tronquée d'une réalité bien plus complexe. L'explosion cathartique (on pourrait parler de pogrom) qui a conduit les foules déchaînées de "patriotes" la plupart ivres ou drogués pour la circonstance à l'assaut de tout ce qui pouvait appartenir aux Blancs était inscrite dans les faits et dans les têtes depuis longtemps ; si ce n'avait pas été ce prétexte-là, il y en aurait eu un autre. Il ne sert à rien d'y revenir ; la France a eu raison de montrer sa force, là où tout attentisme aurait été interprété comme une reculade encourageant de nouvelles provocations.

Et nous attendons toujours que nos amis de la Lorraine Royaliste se dotent d'une adresse courriel digne de ce nom ; le papier imprimé de nos jours ne se suffit plus à lui-même ! Nombreux sont les Lorrains, et les amis royalistes de la Lorraine, qui nous ont déjà fait part de leurs attentes en ce sens.

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