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Politique
magazine
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7, rue Constance,75018 Paris.
Téléphone/télécopie: 01 42 57 43 22.
Site internet : www.politiquemagazine.fr |
Numéro après numéro,
le mensuel « Politique magazine » ausculte le mal institutionnel
français et les soubresauts de notre société.
Panorama des derniers numéros…
Remontons haut dans le temps. Nombre
de réflexions et d’analyses exprimées nous permettent
de mieux comprendre nos temps présents et les mois qui vont suivre…
En première relecture « Octobre
– Novembre- Décembre 2005 ! »
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Octobre 2005 !
Presque un an me direz-vous.
Une première de couverture
qui anticipe et prend de l’avance. « Quelle France
après Chirac ? » « Portrait
qui révèle un visage perdu, un regard absent ».
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Rarement un président de la République
aura moissonné autant d’humiliations.
Hilaire de Crémiers ne tire pas sur pas l’ambulance. « Après
Jacques Chirac… »
Peu importe la personne, ses défauts ?
Ses qualités ? Ses faiblesses ?
« La République, c’est d’abord un système »
Et de tous les chapeaux- claque, « Languien » «
Montebourgien » ou « UMPiste » tous les lapins
du monde peuvent bien faire une danse du ventre pour nous vanter la prochaine
République… Belle et bonne république à venir ?
« Mais pour quand et comment ?
» s’interroge l’éditorialiste de « Politique
magazine »
Et d’enchaîner sans laisser
le temps de souffler aux esthéticiens de la république :
« L’idée républicaine
a vieilli dans la saleté et le désordre et, aujourd’hui,
la république n’est plus qu’un tas de loques. Tout
le monde le sait. »
Hilaire de Crémiers, pour un
peu, remplacerait Léon Daudet…
Mais toujours raison garder et de le
rappeler à tous les portes plume hypocrites, frappées de
cécité : « Pour
eux point de doute, le bilan catastrophique de la Ve République,
c’est la faute à Chirac ! » De Denis Jeambar
de l’Express à Laurent Mauduit du Monde, un seul coupable :
« Accusé Chirac, levez-vous » ou « Jacques
le Petit »…
Hilaire de Crémiers reste de
marbre et pour lui la Bête n’est pas l’homme.
« Eh bien, l’un et l’autre
de nos auteurs se trompent sur le point essentiel. Ils pensent, ils s’imaginent,
ils feignent de croire pour les besoins de leur démonstration que
Chirac est le pervertisseur du système. Ils en viennent à
soutenir qu’il l’a créé. Ils le font dépendre
de lui pour lui en imputer la responsabilité. Or, pas du tout.
C’est le système qui a créé Chirac. »
Et ce n’est pas d’hier
que ce système perverti même parfois les meilleurs…
« Non, tous les constituants depuis
1789, avec la même candeur naïve et la même sotte fatuité,
n’ont jamais songé que leur théorie du pouvoir équilibré
finirait toujours par quelque tyrannie déclarée ou cachée,
par des coups d’Etat au service de clans, de gangs, de bandes de
partisans. C’est qu’ils faisaient leur plan et posaient leur
système sans tenir compte du principe majeur qui définit
la souveraineté et la justice en France : une autorité régalienne,
arbitrale et indépendante de tous partis, attachée au seul
intérêt national. »
Démonstration imparable que
notre histoire ne peut pas contredire : « …
des Robespierre, des Bonaparte successivement au grand et au petit pied…
puis des De Gaulle, des Mitterrand… comme des Chirac. »
Et de conclure, enfonçant sa
plume comme un fer rouge :
« Non, ni Chirac, ni ses prédécesseurs
ne se sont laissés entraîner par ce qu’il est trop
facile d’appeler des « dérives monarchiques ».
Mauvaise analyse et accusations dérisoires. Le bonapartisme qui,
après Chirac peut se relever demain facilement dans un Villepin
ou un Sarkozy, voire un Fabius ou une de ces grandes dames de la Sociale,
n’est rien d’autre que la réponse naturelle qu’apporte
le système républicain à sa difficulté existentielle
fondamentale. Tous en ont d’ailleurs une vague conscience quand
ils occupent la place qu’ils ne devraient pas occuper ; car la République
en France n’a jamais été que l’Absence du Roi
»
Octobre 2005 ?
Pas une ride, pas un cerne ! Plus que jamais la démonstration
fait mouche…
Dans ce numéro dont nous tenons
à ne retenir que « l’intemporel » ou
plus précisément que le « pérenne »,
l’article d’Yvan Blot « Tocqueville –
A propos du bicentenaire » vient en point d’orgue.
Il nous propose une relecture « politiquement incorrecte »
de Tocqueville et est aidé en cela par quelques ouvrages de qualité :
« Tocqueville » de Jacques Rollet (Ed. Montchrestien),
« Tocqueville et la nature de la démocratie »
de Pierre Manent(Fayard),
« Comprendre Tocqueville » de Jean-Louis Benoit (Armand Colin)
et « Tocqueville aujourd’hui » de Raymond
Bourdon (Odile Jacob).
Tout est dit et puissions-nous faire
partager au plus grand nombre quelques vérités essentielles :
« Comme la Révolution française
a semblé vouloir renouveler le genre humain plus que réformer
la France, elle a allumé une passion que jusque là les révolutions
politiques les plus violentes n’avaient jamais pu produire. Elle
a inspiré le prosélytisme et fait naître la propagande.
Par là enfin, elle a pu prendre cet air de révolution religieuse
qui a tant épouvanté les contemporains ; ou plutôt
elle est devenue elle-même une sorte de religion nouvelle, religion
imparfaite, il est vrai, sans Dieu, sans culte et sans autre vie, mais
qui, néanmoins comme l’islamisme, a inondé toute la
terre de ses soldats, de ses apôtres et de ses martyrs. »
Y a-t-il un texte plus d’actualité ?
A méditer sans tarder !
Ou encore :
« Il semble que si le despotisme
venait à s’établir dans les nations démocratiques
de nos jours, il aurait d’autres caractères : il serait plus
étendu et plus doux et il dégraderait les hommes sans les
tourmenter(…) ce pouvoir ne tyrannise point, il gêne, il comprime,
il énerve, il éteint, il hébète et il réduit
enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau
d’animaux timides et industrieux dont le gouvernement est le berger. »
Auriez-vous encore quelques doutes ?
« Je
pense donc que l’espèce d’oppression dont les peuples
démocratiques sont menacés, ne ressemblera à rien
de ce qui l’ a précédé dans le monde (…)
Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux
qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits
et vulgaires plaisirs dont-ils emplissent leur âme. Chacun retiré
à l’écart est comme étranger à la destinée
de tous les autres : ses enfants, ses amis particuliers forment pour lui
toute l’espèce humaine ; il est à côté
de ses concitoyens mais ne les voit pas ; il ne les touche et ne les sent
point, et s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins
qu’il n’ a plus de patrie. Au-dessus de ceux là s’élève
un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d’assurer
leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé,
régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la
puissance paternelle si comme elle, il avait pour objet de préparer
les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche au contraire
qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance.
»
Octobre 2005 ? Nous sommes au
cœur du vrai débat… Débat qui sera passé
à la trappe !
Et pour conclure, ne jamais manquer « Les Minutes de Jacques
Trémolet de Villers »…
Ce numéro 34, d’octobre
2005, un numéro de référence pour les enjeux de 2007 !
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Novembre 2005 !
Une première de couverture
en chemin de ronde. Un militaire bien campé…
« Flux migratoires… Des barbelés ? »
Des barbelés serpentent
pareils à la muraille de Chine…
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Hilaire de Crémiers s’attaque
au sujet, sans tabou :
« L’immigration : un problème d’Etat
– Quand « le droit du sol » devient « le
droit au sol »
L’été et l’automne
avaient apporté leur moisson de morts qui de leur vivant rêvaient
au paradis « européen »… Ceuta et Mellila
étaient pointées du doigt sur toutes les cartes compassionnelles.
Ces deux enclaves espagnoles en terre marocaine étaient devenues
capitales de la honte. Le directeur de Politique magazine de rappeler :
« Tous les jours, des immigrés
venus de tous les horizons périssent dans des camions, dans des
déserts, au fond des mers. D’ailleurs, ces drames sont loin
d’être finis. D’autres suivront aux mêmes endroits. »
Des morts par balles, les morts de
l’Europe de Schengen… Et se souvient-on qu’alors pour
faire le « sale travail », la Commission européenne
était prête à offrir 40 millions d’euros au
Maroc pour contrôler sa frontière ?
Hilaire de Crémiers, pas plus
que toute personne sensée, ne disposait d’une boule de cristal.
Les chiffres sont là :
Depuis le début de 2006, 26 000 clandestins africains sont entrés
aux Iles Canaries par mer, dixit les autorités régionales.
Et l’on ne compte plus les morts…
Il fallait que quelqu’un ose
poser « …une question plus
directement politique, celle-là : la France, quant à elle,
peut-elle se laisser envahir par une immigration non maîtrisée
au beau prétexte d’une citoyenneté fondée sur
le droit du sol ? »
Et Hilaire de Crémiers de rendre
hommage à François Baroin, ministre de l’Outre-Mer.
La question était posée… désignant la France
« lointaine » que beaucoup de politiciens feignent
d’ignorer : Mayotte, la Guyane…
« Mais le Premier ministre a fait
savoir que la question posée par son ministre de l’Outre-mer
n’était pas à l’ordre du jour. Pas question
de revenir sur le droit du sol. »
La mesure de la rigidité du
dogme pouvait être prise… Dans l’esprit du Premier ministre
Villepin, « Nation et République
ne font qu’un. Ce sont des concepts généraux, universels,
qui sont censés englober toute la réalité. Ils définissent
la France et sa politique. Il est interdit d’en sortir. Il n’y
a plus d’histoire. Il n’y a ni avant ni après. Il n’y
a qu’un mythe et qu’il faut maintenir, surtout si on en fait
un modèle et une épopée. »
Peu importe que le mythe ne soit plus
adapté aux situations créées…
Et Hilaire de Crémiers de dénoncer
le détournement du « droit du sol » en « droit
au sol » en précisant sans mettre de gant : « C’est
trop facile. C’est abusif. C’est destructeur. La nation française
ne s’y retrouve pas, les étrangers non plus, et encore moins
ceux qui parmi les immigrés veulent ou voudraient précisément
devenir Français. »
Et la pirouette génère
son lot d’avantages…
Toujours recoller aux fondamentaux.
Qu’est ce que la nationalité ?
« La
nationalité, comme son nom l’indique, définit une
origine. Et, sinon une origine, au moins une allégeance, qui peut
à sa manière devenir origine. Le mot « nation »
et le mot « naître » sont de même étymologie.
Ils ont une signification profonde. Il faut se garder de les dénaturer.
Non point pour être exclusif. Mais pour définir. De peur
de tout perdre. Et, d’ailleurs, il a toujours été
admis qu’il est des manières de naître spirituelles
autant que charnelles. Mais à tout confondre, on risque de tout
détruire. La république ne connaît que l’individu,
fort peu les familles, encore moins les provinces, et point du tout la
civilisation. Elle ne traite qu’avec un individu interchangeable,
universel, abstrait, sans origine et sans destinée. »
Ce n’est pas là un appel
à tout rejet ; c’est avant tout un constat et une mise
en garde. A tout détruire qu’aurions nous à offrir
et à partager ?
Et de conclure en entrebaîllant une petite fenêtre :
« … la partie est pour le
moment perdue. L’immigration sauvage continuera de plus belle en
dépit de toutes les politiques. Il faudrait aller au fond des choses
et personne ne le veut. Les causes profondes de cette instabilité
ne sont jamais dites ; cela supposerait des repentances. Et, en particulier,
de la part de la République française. Il faudrait reconnaître
que la décolonisation, telle qu’elle a été
faîte, a été un échec. Et que le traitement
de l’Afrique qui a suivi, a été encore pire… »
Nous ne sommes plus à une repentance
près ! Simplement nous ne faisons jamais tout à fait les
bonnes, une fois ne serait pas coutume…
Tout dire. « La
République n’intègre pas. « Le pacte républicain
» n’est qu’une formule pour politiciens : il ne contient
aucune force d’amour civilisationnel capable d’attirer, de
conquérir les esprits et les cœurs. Il y aurait, pourtant,
bien des décisions à, prendre qui justifieraient tout autant
et aussi d’immenses largesses que de nécessaires rigueurs.
L’immigration est une affaire d’Etat. Le problème est
que nous n’avons plus d’Etat. »
Requiem pour la république…
Novembre 2005 ?
Tout, au « fond », demeure en l’état…
Le 18 octobre 2005 nous prenions discrètement
la mesure des signes avant-coureurs… (voir l'article
: Certains y verront les signes
avant-coureurs du « Camp des saints »…)
Et toujours de bons articles :
Jean de la Faverie avec « Jeune droite, Vieille droite –
Une lutte républicaine » ou « Guerres picrocholines »
Bataille ouverte entre Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers…
Gilles Varange « Un axe Moscou- Téhéran- Pékin
face à Washington »
Contre-feux contre le « Grand Moyen-Orient »…
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Décembre 2005
!
un numéro qui nous à
fait chaud au cœur !
En première de couverture : « Les
cendres de la haine » et « Les
feux de la charité »
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Ruines fumantes d’une politique
de perpétuels apprentis sorciers et portrait d’un homme jusqu’
« au boutiste » : Le Bienheureux Charles de Foucauld
Nous titrions le 23 novembre : « Les
écouteurs dans les oreilles qu’écoutent-ils comme
petite musique de nuit ? » et « Un
homme voyait clair en 1916, aujourd’hui il est bienheureux »
(cliquer sur les liens...)
La « haine » couvait
depuis bien longtemps attisée par de réelles injustices
mais aussi par d’irresponsables faiblesses et des décennies
d’errements.
L’éditorial tirait juste
en mise en bouche : « Mais
à vouloir apaiser la haine en disant que la France est haïssable
et en inscrivant ce dégoût de soi dans l’enseignement,
on se dirige nécessairement vers le pire… ».
Un goût qui ne peut être qu’amer.
Et l’analyse d’Hilaire de Crémiers dans le numéro
de Novembre rebondissait sur les cendres chaudes :
« La République n’intègre pas. «
Le pacte républicain » n’est qu’une formule
pour politiciens : il ne contient aucune force d’amour civilisationnel
capable d’attirer, de conquérir les esprits et les cœurs.
Il y aurait, pourtant, bien des décisions à, prendre qui
justifieraient tout autant et aussi d’immenses largesses que de
nécessaires rigueurs. »
Le directeur de Politique magazine
n’en demandait pas tant. Tout lui était apporté sur
un plateau fumant et sans jeter de l’huile sur feu, il ne pouvait
que marteler encore une fois :
« Il n’y a plus de France
et de Français, plus d’histoire de France, plus aucune vision
d’avenir. La citoyenneté ne se rattache plus à un
pays, à une histoire, à un destin, donc à des mœurs
et à une civilisation ; il n’est plus rien demandé
à des gens qui vivent en France et de la France et qui sont de
nationalité française sur le papier. Il ne reste plus qu’un
« pacte républicain» qui repose sur une contradiction
majeure et qui explose de toutes parts. »
Tristesse et amertume. Hilaire de Crémiers
ne répond pas à la « haine » par une
autre forme de « haine ». Il pèse le gâchis.
Et subodore des gâchis encore plus grands à venir…
Pourtant. Le désespoir est en
politique la pire des sottises…
Toujours chercher la voie possible.
« En fait, il conviendrait d’entreprendre
une audacieuse politique africaine » Traiter les problèmes
à leur source…
« Enfin,
à l’intérieur, il faut restaurer l’amour de
la France. Le premier des crimes nationaux, c’est que les Français
ne s’aiment pas eux-mêmes. On leur fait idolâtrer des
ectoplasmes qui tiennent lieu de religion républicaine. Notre éducation
n’a rien de nationale, ni notre politique, ni d’une manière
générale, les concepts qui habitent les esprits de ceux
qui nous dirigent. »
Grand plaidoyer pour l’amour
de la nation, cet amour qui a fortement lié entre eux des hommes
pourtant si différents.
Et d’asséner in fine :
« Comment de jeunes immigrés
voudraient-ils, dans un pareil cadre, se sentir Français ?…
C’est là que gît le problème. S’il n’est
pas résolu, rien ne servira à rien. Le seul espoir sera
la fin du régime. »
Décembre 2005 ? La haine
reste intacte…
Et dans ce numéro des plumes « Premier couteau » !
Pour Jean-François Mattéi,
la barbarie n’a pas de secret : souvenons nous de son excellent
« Allegro Barbaro » dans Le Figaro…
que nous reprenons intégralement en fin de dossier.
« Du renoncement
de l’Etat à la régression barbare ».
Tocqueville est encore une fois au rendez-vous. Est-il besoin de rappeler
qu’il pressentait cette barbarie douce ?
Et ne pas oublier Bernanos !
Que nous martèle Jean-François Mattéi ?
« On
est en droit de parler de « barbarie » quand les
actes et les paroles des acteurs sociaux régressent vers la force
brute, l’insensibilité, et finalement l’indifférence,
ôtant ainsi tout sens à la vie en commun. La responsabilité
en incombe à l’Etat bien plus qu’au « modèle
républicain » dont les discours officiels agitent l’oripeau
faute de vouloir l’enseigner et de pouvoir l’imposer. »…
« C’est
ce qu’avaient pressenti aussi bien Albert Camus et Hannah Arendt
qu’Alexandre Soljenitsyne quand ils considéraient le déclin
du courage comme le trait politique majeur des sociétés
contemporaines. »
Mettre les points sur les « i »…
Jean-François Mattéi excelle dans cet art…
Christian Julienne apporte sa pierre
dans un article à couteaux tirés : « Pour
une autre politique de la ville et de l’habitat »
Il convient aussi de ne pas passer
sous silence la participation de « Nelaton » avec
« Emeutes en banlieue- Vers une nouvelle nation autour
de la Nation ? »
Un peu « air du temps »… La misère
et le désoeuvrement ne font pas une nation…
Mais nous acquiessons à :
« On meurt pou son Roi, pour sa religion,
ou sa patrie : cela s’est toujours vu dans l’histoire.
On ne meurt pas pour sa carte d’assuré social ou pour la
déclaration des droits de l’homme ! »
Décembre 2005 ? Plus que jamais
d’actualité !
Portemont. – A suivre-, d’urgence
!,
le 4 octobre 2006
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Allegro Barbaro
Les émeutes
de Clichy-sous-Bois, depuis le 27 octobre, bientôt étendues
à d’autres villes du département, et l’assassinat
d’Épinay-sur-Seine, le même jour, sur le fond
des violents conflits qui paralysent Marseille depuis plus d’un
mois, mettent en lumière quatre traits accusés de
notre société. Dans leur exaspération mutuelle,
ils nous incitent à nous interroger sur l’état
présent du modèle français qui dérive
– allègrement – vers la barbarie, c’est-à-dire
la régression intellectuelle et sociale. Sa spécificité
tient à la conjonction de la banalisation de la violence,
de la trahison de la langue, du renoncement de l’État
et de la démission des élites responsables.
1. la banalisation
de la violence : Incivilités quotidiennes, violences sur
les personnes et les biens, agressions physiques et sonores, trafics
de stupéfiants, cocktails Molotov sur les forces de l’ordre,
cailloutages des policiers et des pompiers, incendies volontaires,
règlements de compte et assassinats crapuleux : la litanie
de la violence s’amplifie à un point tel, dans certains
quartiers réputés « difficiles », que
l’on ne doit plus parler de guérilla, mais bien de
barbarie urbaine. Sa banalisation, confortée par une constante
médiatisation, dissimule son caractère pathologique
qui, de métastases en métastases, risque d’infecter
la société tout entière. Il n’est plus
possible de la considérer comme l’exception qui confirmerait
la règle de la démocratie, c’est-à-dire
la primauté du droit, mais comme la règle, et même
la loi, qui gouverne les banlieues, à savoir la loi du plus
fort.
Personne n’ose réfuter les statistiques officielles
dont nul n’ignore qu’elles sont sous-évaluées.
D’après l’Institut des Hautes Études de
la Sécurité, 31% des violences physiques seulement
font l’objet de dépôts de plainte. Quant aux
violences sur les biens, leur étiage est toujours aussi élevé
même si la police se félicite du fait que, dans l’agglomération
lyonnaise, 800 voitures seulement ont été incendiées
de janvier à septembre, ce qui représente une baisse
de 8% par rapport à la même période de l’année
précédente. Dans la Seine-Saint-Denis, vingt à
quarante véhicules sont incendiés chaque nuit, et
l’on nous annonce que 9000 voitures de police ont été
caillassées depuis le début de l’année.
Dans la région de Strasbourg, certains ont pris l’habitude
de fêter Noël, non plus autour de l’âtre,
mais autour des carcasses de voitures calcinées. On ne compte
plus, enfin, les écoles vandalisées, souvent dès
la maternelle, ou les Maisons associatives pillées.
Le plus étrange, devant ces déchaînements de
violence dont personne ne s’accorde sur les causes exactes,
et encore moins sur les remèdes, est la placidité
avec laquelle les responsables politiques et les acteurs médiatiques
prennent la mesure, ou la démesure, de ces événements.
On semble assimiler ces explosions sociales à des catastrophes
naturelles, à ce titre inévitables, comme si notre
vie commune restait indifférente au spectacle dramatique
qu’elle se donne à elle-même. Rien ne devrait
pourtant être indifférent à une démocratie
dont le premier commandement est celui de la sécurité
des personnes et des biens. Les habitants des beaux quartiers, ceux
que protègent leur richesse, peuvent regarder d’un
œil distant ou apitoyé les malheurs des quartiers pauvres,
ravagés par l’inquiétude, la violence et l’abandon.
Ils ne sauraient oublier que ceux qui y vivent ont un autre regard
sur leurs voitures brûlées ou sur leurs immeubles vandalisés.
Certains seraient bien avisés d’aller croiser un tel
regard.
2. la trahison
de la langue : Quand on n’ose plus regarder les choses en
face, on prend la parole pour mieux les occulter. C’est dire
qu’en politique l’euphémisme est un hommage du
vice à la vertu : à force d’euphémiser
la langue, pour son confort intellectuel, on en vient à la
trahir. La manipulation sémantique n’est pas nouvelle,
Thucydide le constatait déjà à l’occasion
des guerres civiles en Grèce : « les hommes en vinrent,
pour qualifier les actes, à modifier arbitrairement le sens
habituel des mots ». Tout ce qui relève de la «
guerre civile » - comment qualifier autrement ce qui se passe
dans les banlieues quand les représentants de l’État
sont considérés comme des ennemis ? – est bien,
selon l’historien grec, « une école de violence
». Elle tend à transformer la mentalité des
gens par un déni de la réalité qu’ils
vivent et par un déni parallèle de la langue qui l’exprime
en une sorte d’insurrection verbale. C’est ainsi, lisons-nous,
que l’audace insensée passa pour du courage, l’attentisme
prudent pour de la frayeur et la modération pour le masque
de la lâcheté (La Guerre du Péloponèse,
III, 82).
Appliquons ces modifications du sens habituel des mots aux violences
que nous connaissons dans les banlieues urbanisées et en
d’autres lieux. On ne parlera plus en France d’«
émeutes », mais d’« actions de harcèlement
»; de « délinquants », mais de «
jeunes » ; de « policiers », mais de « provocateurs
» ; de « trafic de stupéfiants », mais
d’« économie parallèle » ;
d’« acte de piraterie », mais de « détournement
de navire » ou de « récupération de bien
national » ; de « zones de non-droit », mais de
« quartiers sensibles » ; d’« atteinte
au droit du travail », mais de « mouvement de revendication
légitime », etc.
Par peur d’affronter les difficultés de notre société,
on n’ose plus appeler un chat un chat et Rollet un fripon,
en oubliant que, selon Boileau, on ne peut rien nommer « si
ce n’est par son nom ». Les beaux esprits s’offusquent
lorsque le ministre de l’Intérieur parle de «
racaille » et de « tolérance zéro »,
ou bien se scandalisent de son discours « ultra-répressif
» et de sa tonalité « volontariste » et
« martiale ». Faut-il alors ne pas « réprimer
» les actes racistes et les exactions antisémites ?
Faut-il abandonner dans les domaines du chomage, de la maladie et
de la pauvreté, toute « volonté » politique
au profit d’une aboulie sociale ? Ou devons-nous plutôt
respecter, avec la rectitude des mots la justesse des choses ? M.
Montebourg s’étonne que M. Sarkozy utilise des termes
dégradants pour ceux à qui ils s’adressent.
Mais il ne se demande pas si ces termes conviennent ou non à
des trafiquants, des incendiaires et des criminels. Le mot de «
racaille » signifie, pour le député socialiste
qui a consulté son dictionnaire, « populace méprisable
». Mais qui est le plus à blâmer : celui qui
est indigne de considération pour ses paroles ou celui qui
est digne de mépris pour ses actes ?
3. le renoncement
de l’État : Ce qui est en tout cas en cause, dans cette
escalade de violences, c’est l’existence d’un
espace public que tous les citoyens d’une même république
pourraient partager et respecter. Il est de la responsabilité
de l’État d’instaurer un tel espace, par son
action législatrice, ou de le restaurer, par son action éducatrice,
tout en assurant la sécurité des personnes et des
biens, par une double action préventive et répressive.
Or, depuis plusieurs décennies, les différents gouvernements
ont renoncé à maîtriser ces violences qui sont
autant dirigées contre les particuliers que contre la puissance
publique elle-même.
En abandonnant à des bandes organisées ou volatiles
le monopole de la violence physique légitime, pour reprendre
la définition de Max Weber, l’État renonce à
exercer sa fonction régalienne comme à assurer la
sécurité de ses citoyens. Tous les théoriciens
de l’État moderne, depuis Machiavel, Bodin ou Hobbes,
l’ont identifié à une « puissance absolue
et perpétuelle », ce qui est la définition même
de la res publica pour Bodin, laquelle se distingue radicalement
des autres ensembles communautaires dont on dénonce parfois
les « replis » : clans, tribus, races, sectes religieuses,
bandes etc. L’État est donc, par essence, le dépositaire
et le maître des forces armées et des forces de polices.
Non qu’il soit un État de police, comme certains le
lui reprochent en songeant aux époques où l’arbitraire
du prince régnait sans limites ; il est un État de
droit lorsqu’il se comporte envers ses propres citoyens comme
envers des sujets de droit pour sauvegarder leur liberté
et leur égalité devant la loi.
On peut douter que l’État, la démocratie et
l’espace public demeurent indemnes devant les violences endémiques
qui ravagent la société. Lorsque, par calcul, par
faiblesse ou par impuissance, on laisse proliférer les zones
de non-droit ; lorsque la police ou les CRS qui représentent
l’État sont interdits d’entrée dans certains
quartiers ou sont dénoncés comme des provocateurs
; lorsque, enfin les pompiers eux-mêmes, parfois les médecins,
sont menacés et agressés dans leur fonction d’assistance,
il faut bien conclure à une sorte de dépérissement
de l’État. Son autorité n’est plus ici
défiée ou bafouée, mais bien détruite.
L’État de droit se soumet insensiblement à l’état
de fait lorsque ceux qui en ont la charge n’ont plus le courage
de dire ce qui doit être dit et de faire ce qui doit être
fait. C’est ce qu’avaient pressenti aussi bien Hannah
Arendt qu’Alexandre Soljenitsyne quand ils considéraient
« le déclin du courage » comme le trait politique
majeur des sociétés contemporaines.
4. la démission des responsables : La trahison de la langue
et la perte du courage conduisent invinciblement les hommes qui
assurent de hautes responsabilités, en d’autres termes
les élites proclamées, à se démettre
de leur vocation première : celle d’être appelés
à répondre de leurs paroles et de leurs actes. En
premier lieu, devant les plus faibles et les plus démunis.
Or, il est irresponsable de continuer à qualifier de «
jeunes » ceux qui sont des délinquants, en jetant ainsi
l’opprobre, d’une part sur toute une classe d’âge,
d’autre part sur tous les jeunes gens qui habitent les quartiers
pauvres. Lorsque M. Julien Dray déclare que « des centaines
de jeunes » sont victimes de discrimination, et que «
ce ne sont ni des voyous ni des racailles », il fait preuve
de la même irresponsabilité que SOS Racisme qui dénonce
« l’amalgame fait entre jeunes des quartiers et délinquants
». Car c’est en fait l’utilisation générale
et systématique du terme de « jeune » qui favorise
l’assimilation des habitants des cités avec ceux qui,
jeunes ou moins jeunes, sont effectivement, et non pas nominalement,
des délinquants. Personne n’a jamais eu l’idée
de culpabiliser l’ensemble des habitants des banlieues violentées.
Ce sont précisément les habitants de ces banlieues
qui sont les victimes quotidiennes de toutes ces exactions.
4. Il est
tout aussi irresponsable de minimiser les violences de Clichy-sous-Bois
et d’autres cités, en en faisant porter le poids sur
un ministre de la République, et non sur leurs auteurs, comme
l’a fait un ancien Premier ministre de la République
en accusant M. Sarkozy d’instaurer « un climat terrible
» dans les banlieues. Il est encore plus irresponsable, et
indigne, d’instrumentaliser la mort de deux jeunes gens affolés
et réfugiés dans un transformateur de l’EDF
pour mettre en cause la police, le gouvernement et l’État,
alors qu’il s’agit d’un accident malheureux. Il
est enfin, non seulement irresponsable, mais injuste, et pour tout
dire, scandaleux, de faire deux poids et deux mesures lorsqu’on
prétend parler au nom de la compassion et de la justice.
Une marche
de 500 personnes, en mémoire des deux jeunes gens électrocutés,
à la suite d’un accident, a eu lieu à Clichy-sous-Bois
en présence du maire de la commune. On ne sache pas qu’une
même émotion ait conduit les habitants d’Épinay-sur-Seine
et, plus généralement, les médias, à
accorder le même hommage au père de famille de 56 ans
qui est mort massacré en 90 secondes, sous les yeux de sa
femme et de son enfant, à la suite d’un assassinat.
Lui non plus n’avait rien à se reprocher, hormis le
fait de prendre une photo d’un lampadaire avec un appareil
numérique. Il sera mort pour rien, sans susciter de réactions
de ces responsables patentés qui ne se sentent, et ne se
sentiront jamais, ni responsables ni coupables.
Jean-François
Mattéi
Institut Universitaire de France
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