vendredi 12 mars 2010

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Que de glace ! Que de glace ! Et pourtant nous avions chaud au cœur…

Appréhender le temps qu’il faisait il y 400 000 ans, bientôt 800 000 ans… Et tenter de percer le temps que nous réserve notre futur proche… Comprendre les enjeux de nos temps si difficiles.

Grâce aux Professeurs Claude Lorius et Jean Malaurie, nos regards se portaient vers les pôles.

Et Son Altesse Royale le Prince Jean de France, duc de Vendôme était de la partie…

Le Muséum National d’Histoire Naturelle, la Société de Géographie, la Société des Explorateurs Français et l’Association Gens de France nous avaient invités aux conférences-débats « Regards vers les pôles ».

Le Grand Amphithéâtre du Muséum était le lieu le mieux indiqué pour une telle rencontre.

L'amphithéatre Verniquet

Nous pouvions apprécier la qualité de la restauration de ce prestigieux bâtiment construit par Edmé Verniquet en 1788 et qui depuis 2005 renoue avec sa tradition de cours publics ouverts à tous.

Vous pouvez consulter le dossier photographique des travaux de restauration en cliquant sur le lien : http://www.emoc.fr/operations/Amphiteatre%20verniquet.htm

Et un tel lieu ne pouvait pas avoir de meilleur hôte que le Professeur Henry de Lumley.
Ancien directeur du Muséum d'Histoire Naturelle et du Musée de l'Homme, Henry de Lumley était chez lui dans le bel amphithéâtre.

Avec simplicité et non sans émotion, le Professeur de Lumley nous présentait les trois intervenants : S.A.R. le Prince Jean de France, duc de Vendôme, le Professeur Claude Lorius, Membre de l’Académie des Sciences, Directeur de recherche émérite au CNRS et du Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement, et le Professeur Jean Malaurie, Directeur du Centre d’Etudes Arctiques, Président-Fondateur de l’Académie polaire d’Etat – Saint-Pétersbourg…

Le Professeur de Lumley ne manquait pas l’occasion de rappeler qu’à un jet de pierre, dans la grande galerie de l’évolution, étaient exposés les legs du duc d’Orléans. Bon sang ne saurait mentir… Tout autant passionné par les sciences, les fouilles ou les découvertes que son arrière-grand- oncle, le Prince Jean devait prendre la parole…

« En Arctique, sur les traces de Philippe VIII d’Orléans »

Le duc de Vendôme nous invitait à refaire avec lui un brin du voyage qu’il avait fait du 4 au 18 septembre 2005. Prière de s’emmitoufler…


Honoré d’être invité à prendre la parole dans un tel lieu et devant de tels spécialistes, le prince Jean nous avouait son anxiété. Mais le prince n’avait pas à rivaliser avec les sommités présentes. Il était avant tout un témoin, nous rappelant la vie du duc d’Orléans, qui, par quatre fois s’était lancé dans des expéditions arctiques, s’attachant tout particulièrement au voyage de 1905 à bord de la Belgica. Et le prince Jean de nous faire prendre la mesure des difficultés à faire en deux semaines ce que son arrière-grand-oncle avait fait en quatre mois…

Nous partagions son émotion, la découverte de la flore, les rencontres avec la faune et le subtil diaporama que nous projetait le duc de Vendôme valait tous les commentaires. Ours blanc, bœuf musqué, lièvre arctique, tous étaient au rendez-vous. Les noms se gravaient dans notre mémoire : le glacier Monaco, le cap Philippe qui ne sera pas atteint, l’île de France, les terres de France… Le Groenland et le fjord du roi Oscar… Les cartes s’étalaient devant nos yeux telles des cartes au Trésor…

Et nous avons trinqué en pensée avec le prince Jean lors de son passage du 80e parallèle…

Dans cet univers de glace où les « iceberg » sont des Titans, les hommes deviennent minuscules, et S.A.R. le prince Jean de France ne manquait pas de nous le rappeler…

Voyage d’aventure, quête pour mieux comprendre un sujet qui est sur les devants de l’actualité et qui passionne le duc de Vendôme, ce voyage était aussi un voyage de fidélité. En ce temps-là, entre 1895 et 1910, nombreux étaient les Princes navigateurs qui voyageaient pour la renommée de leurs pays. Et le duc d’Orléans était de ceux-là, même si la République le boudait… La Grande Galerie de l’Evolution peut encore en témoigner !

Mais Dame Providence n’ignore pas ce Grand Nord et sa nature inhospitalière : un fjord inconnu était découvert par cette expédition commémorative, un fjord ouvert sur deux côtes, véritable chenal délimitant une île qui ne demande plus qu’à recevoir un nom… Vendôme ! ?

Un grand merci, Monseigneur, pour ce beau récit de votre voyage, 100 ans après celui du duc d’Orléans.

Retrouvez le journal de bord de S.A.R. le prince Jean de France sur le site :
http://www.gensdefrance.com/

Si le récit de ce beau voyage nous avait réchauffé les cœurs, le Professeur Claude Lorius se tenait en embuscade. Est-il besoin de présenter un des grands maîtres « es glaçon » ?

La destinée des grands hommes tient parfois à une simple annonce :
« On recherche jeunes chercheurs pour participer aux campagnes organisées pour l’Année géophysique internationale » Placardée sur les murs de la faculté de Besançon, le jeune chercheur Lorius se lance dans l’aventure. Nous sommes en 1955…

Deux ans plus tard, fraîchement "initié", au Groenland, à "une science récente", la glaciologie, le voilà tel une marmotte, hivernant avec deux compagnons à la Station Charcot, une base lilliputienne plantée à 2 400 mètres au-dessus de l’inlandsis antarctique. La mission a trois buts: réaliser un bilan radiatif de la surface, échantillonner les couches d’été et d’hiver et déterminer l’accumulation de la neige et la température in situ. Un programme chargé, mais l’occasion rêvée d’approcher, pour la première fois, un désert d’un froid indicible, d’une compacité extrême, et d’être conquis par cette immensité "impitoyablement hostile". Et pour être conquis, Claude Lorius le sera au-delà de toute espérance…

Après plusieurs campagnes d’été, Claude Lorius dirige en 1965 l’hivernage à la base côtière de Terre Adélie et pratique des carottages d’une centaine de mètres dans la glace venue de 1000 kilomètres et marquée par une moraine. Tout en commençant à s’intéresser aux bulles d’air contenues dans la glace…

"C’est en les regardant éclater lorsqu’un glaçon fond dans un verre de whisky que j’ai eu l’intuition qu’elles conservaient des indications sur l’altitude de la formation de la glace et, surtout, qu’elles représentaient des témoins fiables et uniques de la composition de l’air, ce que nous prouverons au fil des ans", se souvient-il.

Fin 1974, Claude Lorius part respirer l’air sec et tranchant du Dôme Concorde, dans les régions centrales de l’Antarctique, qu’il retrouve en 1977. La glace qu’il exhume de 900 mètres de profondeur affiche 35 000 ans d’âge et permet à la communauté scientifique d’approfondir ses connaissances sur la culmination du dernier âge glaciaire (- 20 000 ans), la déglaciation et la période chaude actuelle qui dure depuis 10 000 ans.

Les conclusions rendues par les chercheurs suisses et français sont détonantes : il y a 20 000 ans, les teneurs de l’atmosphère en gaz à effet de serre (dioxyde de carbone et méthane) étaient sensiblement plus faibles que celles de la période chaude ! Pour conforter cette "trouvaille", encore faut-il remonter plus avant dans le temps, traverser toute la période glaciaire et atteindre l’interglaciaire précédent qui a pris place voilà plus de 100 000 ans.

Les forages profonds effectués à Camp Century, au Groenland, et à Byrd, en Antarctique par les Américains, les Danois et les Suisses, "donnent des résultats prometteurs sur des échelles de temps couvrant plusieurs dizaines de milliers d’années", mais posent, au-delà, des problèmes d’interprétation.

Carotte glaciaire

Une autre série d’échantillons, heureusement, existe à la station Vostok, le pôle le plus froid sur la Terre (- 70° C, en moyenne, l’hiver, avec des pointes à - 89° C; - 40°C, l’été), le plus éloigné des côtes (1 400 km), le plus inaccessible. Bref, le point mythique pour tout polaire où une poignée de techniciens des Expéditions antarctiques soviétiques forent l’inlandsis depuis la fin des années 1950 et ont atteint une profondeur de 2 200 m. Grâce au soutien de l’Institut arctique et antarctique de Léningrad, de l’Institut de géographie de Moscou et de la National Science Foundation (américaine), Claude Lorius, avec deux compagnons, pose le pied sur ce bout de planète gelé fin 1984, en pleine guerre froide. "Les conditions de travail étaient rustiques et il fallait ménager son cœur ", se rappelle-t-il, mais la moisson glanée par le carottier comble ses espérances : "Pour la première fois, nous disposions d’une série non perturbée par l’écoulement de la glace couvrant 150 000 ans, soit l’ensemble du dernier des cycles climatiques qui caractérisent le Quaternaire".

Le site de Vostok, en Antarctique,
où le forage de la calotte de glace a atteint 3623 m de profondeur.
http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosclim/rechfran/4theme/paleo/vostok.html

De retour en France, le butin (2 000 échantillons représentant 3 tonnes de carottes), sur lequel s’affaire une escouade d’experts, livre ses secrets. Autant de "premières" qui barreront la Une du magazine Nature en 1987 et confirmeront la versatilité multi-millénaire du climat terrestre : "Une longue période glaciaire a pris place entre l’interglaciaire actuel et celui qui existait il y a environ 120 000 ans. La mesure d’un nouveau paramètre (l’oxygène 18 dans les bulles) nous a également permis de corréler les variations de la température avec celles obtenues à partir des sédiments marins : périodes glaciaires et interglaciaires ont entraîné des variations périodiques du niveau des mers de 120 mètres".

Autre "scoop" de poids : à ces coups de chaud et froid, imputables aux (faibles) variations périodiques de l’énergie reçue par la Terre en fonction de sa position par rapport au Soleil, correspondent d’intenses fluctuations de la composition de l’atmosphère en gaz à effet de serre. "S’agissant du dioxyde de carbone (CO2), explique Claude Lorius, les concentrations ont augmenté de 40 % durant la dernière déglaciation. Quant à celles de méthane (CH4), elles ont doublé". Impossible, naturellement, d’attribuer cet effet yoyo à l’activité humaine : "Les fluctuations du CO2 sont régulées par les océans, à travers des processus physiques, chimiques mais aussi biologiques, le monde vivant participant ainsi à l’évolution du climat. Depuis des centaines de milliers d’années, températures et concentrations en aérosols et en gaz à effet de serre varient entre des maxima et des minima relativement constants. Le climat terrestre s’auto-contrôle naturellement pour évoluer entre deux états stables bien définis".

Mais force est de constater que "les teneurs actuelles en gaz à effet de serre n’ont pas d’équivalent au cours des dernières centaines de milliers d’années et sont directement liées à l’impact anthropique sur la composition de l’atmosphère".

Une prise de conscience forgée "à travers le regard des glaces" qui ont enregistré d’autres impacts des activités humaines et qui a conduit Claude Lorius à répondre, au fil des ans, aux besoins des médias (livres, conférences, émissions radio et télévisées), tout en s’impliquant "dans une réflexion des académies françaises autour des thèmes climat, énergie et société". Un "vaste sujet", plaide-t-il, "où le savoir devra fonder une action arbitrant des approches écologiques, économiques, sociales et internationales divergentes. Le signal d’alarme que nous avons tiré a été entendu, et pour certains problèmes, ozone par exemple ou plomb des essences, des choses se sont arrangées. Mais dans de nombreux autres cas, le climat par exemple, on en est resté aux déclarations d’intention. Il faut maintenir la pression pour que soient développées de nouvelles technologies et que changent les mentalités – grâce aux médias ? – ce qui est plus facile à dire qu’à faire."

Le regard éternellement tourné vers les hautes latitudes qui lui sont à jamais "entrées dans le cœur", vers le royaume des glaces, du pétrel des neiges et du manchot empereur, Claude Lorius avoue avoir été guidé, tout au long de sa carrière, par "le goût de campagnes polaires différentes. J’ai hiverné, fait des raids, dirigé une base, entrepris une série de forages…

"Aujourd’hui, ce parcours me paraît scientifiquement cohérent, mais je n’arrive pas tellement à comprendre pourquoi ". D’autres s’en chargeront, sans peine…

Ultime aveu de ce "nomade" dans l’âme : "Mon dernier voyage en Antarctique remonte à 1998. Je n’y retournerai plus. J’y ai fait tant de choses que je ne veux pas avoir des regrets. Mais je suis convaincu que les archives glaciaires n’ont pas encore livré tous leurs secrets et que les progrès technologiques, couplés à l’imagination des chercheurs, ne vont cesser d’ouvrir de nouvelles voies de recherche…".

Le Professeur Claude Lorius ? Vingt-deux campagnes d’été et d’hiver sur les calottes polaires… Lire ses ouvrages : « Glaces de l’Antarctique » : une mémoire, des passions, aux éditions Odile Jacob (1991), et « L’Antarctique » (avec R. Gendrin, aux éditions Flammarion (Collection Dominos, 1997).
Mais accompagnons Claude Lorius, le Grand Carottier…

Le Professeur, attentif à tout, fait peaufiner l’éclairage de l’Amphithéâtre, prêt à nous transporter vers – 89 °… au cœur de l’Antarctique.
« Glaces et climat : du passé vers le futur »
Trahison ! L’informatique fait des siennes. Le chargement des photographies pose problème. Le Professeur tourne en rond pareil à un ours courroucé sur la banquise…
Le parquet crisse délicatement sous ses pas. En fermant les yeux nous pouvons déjà imaginer le Professeur avançant sur la glace…
Le mal est réparé. Le festival peut commencer ! A nous l’Antarctique ! A nous Vostok , le point mythique!

« Un territoire grand comme l’Europe. Parlons un peu des glace si nécessaire à l’évolution du climat. Comment trouver les causes de ses variations ? Que risque-t-il de se produire ? Les glaces ont de la mémoire, beaucoup de mémoire… »

Nous écoutons et comme toujours avec un tel professeur, nous nous sentons savant.

« La glace est un témoin, c’est aussi un acteur. La banquise réfléchit 90% de l’énergie que nous recevons du soleil. La glace amplifie le réchauffement ou le refroidissement de la planète. » Et la glace peut nous livrer ses secrets. Claude Lorius l’apprivoise et s’entretient avec elle. Il lui parle comme le capitaine Haddock parle parfois à son whisky. Mais ce sont les glaçons qui livrent les secrets…

Alors que tout le monde lève le nez au ciel cherchant le trou d’ozone et devise sur l’effet de serre maudissant méthane et gaz carbonique, Claude Lorius creuse la glace, « carotte » dans les profondeurs des pôles. Tout est dans la « carotte », petit cylindre de glace de 10 cm de diamètre… Et la « carotte » livre ses secrets dévoilant l’air d’antan, les températures et de précieuses poussières. A 3260 mètres sous la glace, nous serons 800 000 ans en arrière…

ARCTIQUE

Image satellite du 21/09/2005. Recul des glaces depuis 1979
Une nouvelle route maritime entre l'atlantique et le pacifique ?

La planète se réchauffe-t-elle ? Oui ! « 90% des glaces terrestres reculent. »

« Les conclusions tirées des archives glaciaires conduisent… à penser que la planète devrait sensiblement se réchauffer au cours du XXIe siècle, au risque d’affecter les ressources en eau, l’agriculture, la santé, la biodiversité et d’une façon générale, les conditions de vie des humains… » Oui, nos temps s’annoncent difficiles. Notre Quaternaire n’a pas fini de nous surprendre.

Qui sont les responsables ? La modification du climat résulte de phénomènes naturels : variations de l’énergie solaire, éruptions volcaniques… Mais nous avons notre part de responsabilité. « Méthane et gaz carboniques expliquent 40% de l’amplitude des variations de température ».

De l’an 1800 à nos jours, la population a été multipliée par 4 et pour la même période notre consommation d’énergie a été multipliée par 40. « On est sorti de l’échelle à l’intérieur de laquelle la terre pouvait récupérer… »

Les solutions ? Il n’y a pas de solution-miracle… Le problème est politique et le Politique retrouve tout son sens… Les déclarations de bonne volonté ne manquent pas,mais la volonté se heurte aux réalités politiciennes. Le temps est toujours trop court entre deux élections… et les promesses électorales ne sauraient prendre les électeurs à rebrousse-poil !

Le Professeur Lorius ne baisse pas les bras,mais la note finale est pessimiste :
« Cela bougera quand nous serons confrontés aux catastrophes… »

Un moment fort, le condensé d’une vie de passion. Les nombreuses distinctions – Prix Humboldt, Belgica, Italias, Tyler…- témoignent de la reconnaissance du monde scientifique.

Des regrets Professeur ? Un seul : En 1985, lors d’une expédition avec une équipée « soviétique » vers Vostok, le bateau est pris par les glaces. Il faudra l’intervention d’un brise-glace soviétique venu de l’autre bout du monde pour libérer le bateau. Notre Professeur n’a pu attendre et il quitta ses compagnons à contrecœur… Peu de temps après, tous les membres de l’expédition seront déclarés : « Héros de l’Union Soviétique »…

Soyez rassuré, Cher Professeur, vous resterez pour nous « le Héros des Glaces » et les glaçons dans notre whisky seront toujours là pour nous le rappeler !

Pour en savoir plus :
http://www.cnrs.fr/cw/fr/pres/compress/medailleOr2002/Page02.html

La place, encore toute chaude, était cédée au Professeur Jean Malaurie.
Il y a les glaces et il y a des hommes :
« Les Inuit de Nunavut : un bouclier de la Confédération du Canada »
Le professeur Malaurie, pour les « amoureux » du Grand Nord, c’est l’homme de Thulé. Que dis-je le Chevalier…

Et comme tout chevalier Jean Malaurie a un Maître. Un Maître ? Non, trois !
Emmanuel de Martonne, Fernand Braudel, mais aussi Gaston Bachelard qui s’est interrogé sur le pouvoir de l’imaginaire avec les forces de la nature.

Anthropogéographe, géomorphologue ? Jean Malaurie bouscule les idées reçues. Il analyse les rapports dialectiques de l’homme avec la nature. Et pas n’importe quel homme : l’homme du Nord du Groenland, de l’Arctique central canadien, du détroit de Béring, des côtes alaskiennes et du Tchoukotka…

En deux mots, l’homme du Grand Froid. Et notre Professeur entre dans l’intimité des Inuit… Pas moins de 31 missions solitaires consacrées à l’étude de ces populations du Groenland à la Sibérie ! Et ne pas oublier qu’il est le premier Français et le deuxième homme au monde à avoir atteint le Pôle géomagnétique Nord…

Et dans la tête de Jean Malaurie résonnent les mots du Dernier roi de Thulé :
« Quallunaaq Suunaana ? Un Blanc ici, qu'est-ce que cela signifie ? Ainsi s'exprimait le Dernier roi de Thulé ! »

Mais écoutons le Professeur Jean Malaurie.
Homme de tradition, il remercie tout naturellement ses grands ancêtres, « les noms des chercheurs français gravés dans ces lieux, notre gloire… » Le duc d’Orléans aussi, toujours vénéré par les Danois, le Pofesseur Lorius qui lui avait fait parvenir des galets de Thulé, il y a déjà longtemps, et le prince Jean de France…
« …Fidèle à la vocation de votre grand ancêtre, votre expédition touche beaucoup ceux qui sont attachés à la vie polaire… Votre présence ici est très importante et montre la vocation des princes. Nous sommes, nous, chercheurs, très seuls… La grande vocation des Princes est d’être des mécènes, d’être des Médicis, plus que des Médicis, être à nos côtés ! Je m’en suis entretenu avec le prince Albert II et aussi avec Henrik de Danemark… »

Le Chevalier de Thulé ne peut pas ne pas évoquer son combat contre la base américaine de Thulé :
« Cette mauvaise action a été luciférienne ! » Le Professeur Jean Malaurie n’a pas peur des mots… Il est du parti de l’Homme le plus au Nord du monde.
Il prend à témoin dans ce lieu magique, Buffon, Cuvier, « l’irascible, le génial anatomiste », Geoffroy Saint Hilaire, le père de la génétique, Becquerel, et ne manque pas de rendre hommage au grand Braudel. L’enjeu ? Réconcilier les sciences historiques, sociales et les sciences dures !

Ballistic Missile Early Warning System I
Thule Air Base, Greenland

A-t-on besoin de vous traduire ?

Le Professeur en appelle à l’obstination, obstination qui nous manque tant…
Et les Inuit, « Ce peuple légendaire, héroïque dans le danger, qui a traversé les climats et les a dominé… aujourd’hui, ils sont une force politique. Les trois pôles sont sur leurs territoires. »

« Une autre histoire pourrait alors commencer… » Le Groenland ne fait pas partie de l’Europe…
« Ces peuples sont des veilleurs de l’écologie. Aujourd’hui ils découvrent des pollutions graves. Les mères Inuit ne peuvent plus allaiter. Elles paient le prix des folies qui nous animent. Les peuples Inuit sont justement inquiets. Ces peuples ne sont pas des fossiles de l’Histoire ! Ils ont une intelligence subtile et souvent « sentent », avant de penser, l’imaginaire de la matière».
Jean Malaurie nous introduit dans la fluidité du monde…

Mais les enjeux sont présents à son esprit :

« A qui appartiennent les océans ? » Les Inuit doivent-ils faire les frais de nos folies ?

Inuit sur la banquise



Le Nunavut connaît le plus fort taux de suicide au monde chez les jeunes gens…
Le Nord est en passe d’être « conquis ».

Le Professeur Jean Malaurie rappelle de sa voix grave les vérités les plus simples :
« L’avenir de l’humanité est entre nos mains, et la terreur nucléaire … aurait des effets désastreux sur le plan climatique… » Pas d’angélisme, mais un regard lucide…

Rattrapés par le temps, il fallait nous séparer, la tête encore pleine des défis à relever.
Des défis princiers, comme l’a si bien rappelé le Professeur Jean Malaurie…
Monseigneur, Messieurs les Professeurs, un grand merci à tous !

Pour en savoir plus :
http://www.transpolair.com/sciences/cea/j_malaurie.htm

Portemont, le 1er juillet 2006


Liens avec quelques articles abordant les sujets évoqués sur le site des Manants du Roi :
http://www.lesmanantsduroi.com/articles/article1133.php
http://www.lesmanantsduroi.com/articles/article363.php

Liens vers Thulé :

http://www.icrainternational.org/actualites/index.php?id=13

http://www.astrosurf.com/lombry/accidents-nucleaires-militaires2.htm

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